CARLE MARTEL
[A Alcuin].
Maistre Alcuin, mon très amé,
Il m’es doux vous pouvoir féliciter du chant moult gentil qu’avés imaginé en l’oneur du brave et valeureux Roland, mon neveu, que Diex absolve. J’ay grand désir que m'en faissiez maintes copies pour miens amis.
Je vous envoye divers escripts de moy touchant l’hérézie d’Urget que j’entens combatre ains qu'icele d’Helipond ; mais il me fauldra vostre haute science car, sans ce secours, j'y faillirois.
J'entens aussy qu’il soit escript une grammaire pour la meilleure manière d’ortografer et d’escrire ; jà vous en ay parlé en nos entretiens, vous le sçavés et vous prie ne point laissier ce fait en l’oubly.
Ma fille Théodrade et ma seur Ysele on deu vous escrire. Car toute deux sont trés apte à suivre vos doctes leçons et proufiter de vos conseils. Ma seur surtout est fortement inclinée à l'instruction, come le sçavez, et s'occupe moult d’aprofondir ce que luy
avez enseigné. Aussy vous ont-elles en grand estime et veneracion.
Sur ce, mon très amé, escrivés moy et prins Dieu vous avoyr en ses graces.
Ce X juing VIICLXXIX. CARLELEMAGNE, rex.
[A Alcuin].
Très docte et très amé Alcuin,
Au nombre des escrits que m’avés envoyés, jà vous ay dit qu'il en estoient aulcuns qui me tesmoignaient du séjour de Hercules dans les Gaules et qu’il y avoit epousé Galatée, fille du roy Celtus, quelle raison pourroit-on avoir pour ne pas croire à cette alliance et que je croirois plustot à cele d’Alexandre avec Roxane.
Après tout, pourquoy devons-nous avoir moins d’égards pour les Gaulois nos ancestres que pour les nations qui nous sont estrangères. D’où vient croirai-je qu'un Ninus et une Sémiramis régnèrent à Babylone et que je refuserois de croire qu’il y eut aussy dès lors des rois dans les Gaules, et pour quelles raisons des mêmes autorités qui m'attestent ces deux faits en croiroit une et ne croiroit pas l’autre ?
Ce ne peut être que l’effet d’une éducation vicieuse de ce que en nostre enfance on nous fais apprendre des hystoires estrangères, qu’on nous y entretient
et qu’on néglige de nous instruire de celle de nostre pays. C’est là un [mal] auquel j’entens qu'il faut remédier dans l’éducacion des enfans ; ains après avoir meurement réfléchy sur ce fait, je désir et entens qu’il soit fait un ouvrage d’histoire dans la meilleure forme, basé sur les authorités que nous avons, pour estre enseignée aux enfans et c’est vous, mon très amé, à qui je done ce soin. Adieu.
Ce 20 aoust 802.
CARLELEMAGNE, rex.
[A Alcuin].
Très docte et très amé Alcuin,
Je suis d’avis, ains que me l’avés dit jà maintes fois, la langue celtique, qui semble être la mère de toutes les langues, estoit plus cognue chez tous les peuples de la terre et que Pythagore, Platon, Aristote, etc., non seulement la savoit mais l’enseignoit, ce qui ressort des divers documents que m’avés envoyés et que je vous retourne.
Ces documents sont les lettres d’iceux Pythagore, Platon, Aristote et aussy du roy Alexandre de Macédoine et des doctes voyageurs, géographes et historiens et aussy mathématiciens, qui ont l’un et l’autre parcourut les deux extrémités du monde, l’un au nor
et l’autre au sud. Je vous engage à conserver ces écrits comme objets précieux et à m’en faire des copies fidèles.
ALCUIN [À Charlemagne].
Sire,
Selon le désir que m’a tesmoigné Vostre Majesté, que l’on enseigna par toutes les escholes de vostre royaume le système d’Abacus et que simultanément aussy on fit congnoistre aux escholiers les nouveaulx chifres imaginé par Pythagoras et que Boëce nous a transmis en ses escriptz, me suis apliqué à reconstruire ce traicté d’Abacus selon Boèce et j’ai dessein, puisque le permettez, en envoyer diverses copies dans les monastères enseignant afin de le ,propager et j’aurois dessein d’envoyer aussi en diverses universités aulcuns de mes disciples jà initié à ces sortes d’estudes pour les expliquer.
C’est pourquoy, Sire, je fais à Vostre Majesté icelle letre afin de l’en informer et la prierai me faire response si elle est d’avis contraire.