‹ Le parfait secrtaire des grands hommes; ou, Les lettres de Sapho, Platon, Vercingtorix, Clopatre, Marie-Madeleine, Charlemagne, Jeanne d'Arc et autres personnages illustres, mises au jourChapitre 33 sur 47 · AGNÈS SOREL · texte numérisé non relu

AGNÈS SOREL

A MT acqg. Cuer, trésorier.

Monsieur le Trésorier, .

Je reprens le récit que me fis Jehane d’Arc de son séjour à Poictiers et de son interogation par les docteurs : « le lendemain de mon premier interrogatoire, me dit-elle, le carme et le frere prescheur revi[n]rent me voir, et ce fust le frere prescheur qui alors m'interrogea à peu près sur les mesmes questions et me reprit en me disant : « Pourquoy appelez vous Dauphin, le Roy nostre Sire ? » — « Je luy répondit, dit-elle, je le nomeray Roy que quand il aura esté sacré et couronné. »

— « Jehanne, repris le carme, vous demandez des gens d’armez et nous dictes que la volonté de Dieu est que les Angloyz soyent chassés de ce royaulme ; mais si ce que vous dictes est vray, sa volonté ne peut elle donc pas suffir ? Qu’avez vous besoing de gens d’armes ? »

— « Les gens d’armes combattront, répondit-elle, et Dieu leur donnera la victoire sur les enemys. »

Voilà, monsieur le Trésorier, le récit que me fiz Jehane d’Arc de son séjour à Poictiers. Je vous marqueray doresnavant ce qui se passa devant Orléans.

Adieu.

Ce x juing 1431. AGNES.

CHRISTOPHE COLOMB

CHRISTOPHE COLOMB

À M. Rabelais.

Ce xx novembre.

Mon jeune amy,

Je reprens le récit de mes adventure que désirez tant connoistre. Vous disois doncques que j’estois de retour en Espagne et que ji fus repçeu à la cour, où le Roy, la Royne et tout chascun furent esmerveillés des nouvelletés que j’apportay.

On loua fort les perroquets pour estre de plusieurs belles couleurs, aulcuns d’ung verd luisant et autre d’ung vif rouge outre-meslé de diverses naïfves couleurs et qui resembloient peu à ceux qu’on connoissoient jà, venant d’autres contrées.

Les connils que j’apportay estoient petits, ayant les oreilles et la queux comme ung rat et la couleur grise. On loua aussy grandement les coqs que j’apportay qui sont meilheures que les paons et on fust esmerveillés surtout de voir ces hommes que j’amenay avec nous, lesquels portoient petites boucles en or aux oreilles et aux narines percées à ces fins et qui n’estoyent ny blanc ny noirs, mais come de couleur olives ou de coins cuits. ,

Le Roy estoit fort attentif au récit que je luy faisois, s’esmerveillans de ce que ces peuples n’avoyent habits,

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lestres, ne monnoye, ne fer, ne bled, ne vin, ne animal aulcun qui fust plus grand qu’ung chien, ne grand navire, et ne peut avoyr patience quant il ouyt dire qu’ils se mangeoient l’ung l’autre et que tous estoyent idolastres et me dit que, si Dieu le faisoit vivre et luy prestoit santé, il osteroit cette abominable inhumanité et déracineroit l’idolastrie de ces terres qui viendroyent à sa domination et puissance. Enfin il me reçu fort galamment.

Sur ce, je vous salue.

XPO CoLoMs.

AMÉRIC VESPUCE

À maistre Fr. Rabelars.

Mon jeune cadet,

Vous me mandez qu’avez escript à Monseigneur de Lorrayne au subjet de ce que le nouveau monde devoit s’appeller plustost Colombie du nom du premier navigateur qui l’avoit découvert que America. Il m'en à escript aussitost, me disant ne rien changer à son escript, et il a deu vous faire la réponse que ce qui estoit escript estoit bien escript, mais, come le voyez, je ne suys pour rien en icelle dénomination.

Vous me mandez aussy en une seconde missive qu'avez cogneu le très illustre Christophe Colomb

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AMÉRIC VESPUCE 6

alors qu’estiez prisonnier de guerre en Espagne quelques années avant le trespassement d’iceluy, qu’il vous avoit fait le récit de ses découvertes et que mesme il vous en donnast la relation par escript ; sur ce vous ajoustez qu’une de mes relacions est toute la mesme chose qu’une des siennes. Cela ne doibt vous estonner en rien.

D'abord vous diray que le très illustre Colomb estoyt myen bon amy, que c’est à son exemple que j’ay entreprins mes voyages et que l’ung d’eux se fist mesmes soubz ses ordres, m’estant embarqué avecq luy come astronosme et géographe : il n’est doncq pas estonnant se nos relacions se rapportent et se resemblent.

Vous me mandez aussy, mon Jeune cadet, se je veux bien vous instruyre sur la manière dont je pense

que le nouveau monde à esté habité. Je vous le diray en une autre missive,

car je voys qu’avez l'esprit diligent et qu’aymez estre renseigné sur toutes choses, ce doncq je vous félicite.

Sur ce, mon jeune cadet, je vous souhaite le bonjour. Ce xx mars 1508.

AMERIC VESPUCE

PP

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