DIANE DE POITIERS
Pour mon Roy.
Mon souverain bien amé,
Vous ne pouvez doubter combien suys désolée, apprenant vostre départ prouchain pour les pays de Lorrayne et circonvoysin. J’en ay le cueur contrye et bien devez le penser ; et j’ay peyne à m'y resoudre, o mon bien amé. Les vers que m'avez fait remettre par vostre porteur m'ont fait grand plaisir ; mercy. Je veux demain vous voir avant l'aurore si cela se peulx. J’attendray vos ordres ce soyr ou, sy mieux voulez-vous venir, je vous attend de grand impatience.
Adieu, mon souverain bien amé.
Vostre bien affectionné,
DrANNES DE POYTIER.
CerniFeuvriertnsse.
ROTROU
ROTROU A Monseig* le C1 de Richelieu.
Monseigneur,
Je vous ay dit qu’au moyen-âge il se forma des sociétés ou académies pour juger du succès de celuy des sçavans qui avoit le mieux traicté ce qu’on appeloit alors le chant Royal.
Ce fust en 1324 que Clémence Isaure, de la maison des comtes de Toulouse, convoqua tous les poètes, et les trouverés du voisinage de Toulouse, et promist de donner une violette d’or à celuy qui feroit les plus beaux vers. Elle donna un fond dont le revenu devoit être employé à ce prix.
Après la mort de cette illustre dame, dont la mémoire est si célèbre, les magistrats de Toulouse ordonnèrent que tout ce qu’elle avoit institué seroit exactement observé à l’advenir. Ceux qui jugeoient des ouvrages estoient appelés les mainteneurs de la gaye science. Celuy qui remportoit le prix estoit reçu docteur en science gaye ; on demandoit le doctorat, on estoit reçu et les lettres estoient expédiées en vers. Celuy qui remportoit le premier prix estoit honoré du nom de Roy.
Telle est, Monseigneur, le commencement de ces sociétés ou académies. Ne vous semble-t-il pas qu'il
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seroit bien d’en establir de semblables, ou sinon une à Paris ? Je vous laisse y penser.
Je suis, Monseigneur, votre très humble serviteur,
ROTROU
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A Monseigneur le cardinal de Richelieu.
Ce 27 avril.
Monseigneur,
J'approuve l’idée que vous avez conçue d’establir à Paris une académie à l’instart de celle qu'’establit Clemence Isaure à Toulouse et ce sera un grand bien faire aux lettres. Et je ne doute pas que la postérité vous en sçaura beaucoup de gré. Je m’estime heureux que ma précédente lettre vous ay suggeré cette noble idée.
Vous me mandez si dans les recherches que j'ay faites au subjet de la fondation de ces sortes de sociétés ou académies, j’ay trouvé comment se pratiquoit les statuts ou plustost les réglements de ces sociétés et dans quelle condition se faisoit cet espèce de combat d’émulation. Selon ce que j’ay observé : on faisoit ordinairement un chant de trois ou quatre stances ; le dernier vers de la première devoit servir de refrain aux autres, et cet ouvrage estoit appelé chant Royal,
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ROTROU ns
parce qu’ordinairement on l’addressoit au Roy. On fit ensuite des balades qui estoient moins longues que le chant Royal. Ordinairement à la fin de ces poemes on mettoit en cinq vers un abbrégé du sujet qu’on appeloit envoy, parce qu’on l’addressoit au Roy pour se le rendre favorable.
Voilà, Monseigneur, ce que je sçay.
J’ay bien l’honneur d’estre votre très humble servi-
teur, ROTROU.
SAINT VINCENT DE PAUL Au Roy.
Sire,
J'ay eu ce matin mesme une lettre de Nostre Saint Père le pape qui me faict excessivement plaisir, pour ce que Sa Sainteté daigne exaucer ma prière et prendre sous sa protection l'établissement que je luy avois recommandé.
Je ne doute pas que l’empressement et la bonne volonté que Sa Sainteté a mise en ceste affaire n’émane de vostre recommandation. Aussy je m’empresse de faire ce mot à Vostre Majesté pour luy en tesmoigner toute ma joie et l’assurer que j’en garderay un éternel souvenir.