‹ Le parfait secrtaire des grands hommes; ou, Les lettres de Sapho, Platon, Vercingtorix, Clopatre, Marie-Madeleine, Charlemagne, Jeanne d'Arc et autres personnages illustres, mises au jourChapitre 45 sur 47 · JACQUES II OI · texte numérisé non relu

JACQUES II OI

qui circulent contre vous, non seulement parmy les sçavans français, mais aussi à la cour, au sujet du mépris que vous avez cherché à jetter sur Pascal, qui est un sçavant fort estimé en France. Je vous engageois d’atténuer, s’il vous estoit possible, ces bruits qui sonnent mal à mes oreilles et me font grand desplaisir, non seulement à cause de moy, mais aussy de l'intérêt que je vous ay toujours tesmoigné.

On est outré contre vous, et on ne peut s’expliquer pourquoy vous avez cherché à denier vos relations avec M. Pascal, qui estoient, dit-on, si amicables, ainsy qu’on en a retrouvé les preuves parmy les papiers de cet autheur mis en ordre par sa sœur, Madame Perrier, et qui sont aujourd’hui entre les mains de M. l’abbé Perrier. Icy je rectifie une erreur qui m'est échappée dans ma précédente lettre. Je vous disois que ces preuves estoient encore entre les mains de Madame Perrier. C’est entre les mains de M. l’abbé Perrier que j’ay voulu dire. Quoy qu'il en soit, je vous le repette, Monsieur, on est très irrité contre vous du mépris que vous avez voulu jeter sur cet autheur. T'achez donc d’atténuer cela, s’il se peut. Car, je vous le repette, les propos sonnent mal à mes oreilles. Je vous prie de me répondre le plutost possible.

JACQUES KR.

IIT

[A Desmaizeaux.]

Mardy soir.

Monsieur et cher Desmaizeaux,

J'ay réfléchy et me suis enfin décidé à escrire au Roy de France pour m’excuser des expressions dont je me suis servy dans ma lettre à M. Huygens, il y a quelques années, et qu’il a eu la maladresse de communiquer. Du reste, vous le sçavez vous mesme, je ne pensois pas injurier si gravement Descartes et Pascal en cette lettre, et j'estois loin de croire que le corps sçavant françois en pouvoit estre offensé, et encore bien moins le Roy Louis XIV. Quoi qu’il en soit, je tiens à m’excuser auprès de cette majesté et j’ay pour cela préparé un projet de lettre que je viens vous soumettre, pour que vous disiez à moy si elle est dans les convenances. Car j'ignore les usages françois.

Je vous communique aussy une douzaine de Notes touchant le système du Monde, que j’ay translaté en françois pour les envoyer au Roi Jacques qui m’a tesmoigné le desir de les avoir en cette langue pour en faire part, m'a-t-il dit, à M. de Colbert qui se pique:

RE

d’estre un sçavant, à ce qu’on assure 1. Je vous prieray de m'en dire vostre advis. Il n’est pas nécessaire que Je vous envoye mon texte original. Vous avez sans doute encore la copie que je vous en remis autrefois. Lorsque vous aurez examiné tout cela, venez me l’apporter vous-mesme, je prie vous, parce que je desir m'entretenir avec vous. Tous ces bruits, ces propos m'inquiètent. J’avois penséque la mort de Mrs Rohault, Clerselier, Mariotte auroit mis du calme dans les esprits en France sur cette affaire. Il n’en est rien. Je ne suis pas esloigné de croire que M. Flamsteed est pour quelque chose en tout cela. Avez-vous reçu des nouvelles du père Malebranche ? Je vous prieray m'en faire part.

En attendant le plaisir de vous voir, je suis comme toujours, Monsieur, vostre bien affectionné,

NEWTON

A Sa Majesté le Roy de France.

Sire,

Il est vray que dans une lettre adressée par moy

1, Il s’agit sans doute ici de l’abbé de Colbert (1654-1707), frère du ministre, archevêque de Rouen, membre de l’Académie française et de celle des Inscriptions.

(Note de M. Chasles)

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à M. Huygens, il y a quelques années, en luy parlant de Descartes et de Pascal, je me suis servy de certaines expressions qui ont pu déplaire aux sçavans de France et que Vostre Majesté en a aussy esté offensée, ainsy que le Roy Jacques me l’a tesmoigné en une de ses lettres. Aussy je m’empresse de rétracter ces expressions que je ne sçavois estre aussy blessantes, ignorant la valeur de certains mots françois ; et j'espère que Vostre Majesté voudra bien m’excuser en faveur de cette ignorance et de mon sincère repentir. Car je veux bien l'avouer à Vostre Majesté, je ne dois que des louanges à Pascal et je m’estime très-heureux d’avoir eu, alors que j’estois jeune encore, quelques relations avec luy et dont aujourd’huy je n’ay qu’à me féliciter.

Sire, sur ce, je prie Dieu vous donner en santé bonne et longue vie, et prie Vostre Majesté estre bien assurée que je suis, d’elle, le très-humble et trèsobéissant serviteur.

Isaac NEWTON.

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