‹ Le parfum de Rome; (volume 2)Chapitre 10 sur 92 · MARDI GRAS · texte numérisé non relu

MARDI GRAS

Le carnaval de Rome était célèbre par sa décadence et par sa gaieté. Il n'y en a plus. Les révolutionnaires ont décrété que le peuple romain, en deuil de la liberté et de la gloire, ne s'amuserait pas cette année.

Sous la Restauration, un fanatique remuait la France avec une pétition pour des villageois que leur curé, disait-il, empêchait de danser. D'honnêtes Gaulois, qui trouvent que le curé devrait ouvrir la danse, se scandalisent à Rome, parce que le carnaval est ouvert par un prélat.

Le carnaval, renfermé dans le Corso, se produisait en déguisements joyeux. Riches et pauvres se divertissaient également. De la rue et des

fenêtres on se jetait des fleurs et des confetti. Les prêtres se mêlaient dans cette foule honnêtement amusée. Au signal de la retraite, tout s'écoulait en un instant.

J'ai rencontré une bande de jeunes filles qui n'avaient pas craint de désobéir au décret des libérateurs. Elles étaient voilées. L'une d'elles, un tambour de basque à la main, conduisait la danse. C'était la danse populaire, vive et robuste. Aucun mauvais propos ne leur était adressé; et quand un voile s'écartait, on apercevait de fraîches couleurs et des yeux innocents.

Les Libérateurs aussi s'amusent. Au lieu de bouquets, ils jettent des pierres ou même des bombes.

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