‹ Le parfum de Rome; (volume 2)Chapitre 49 sur 92 · VILLA PAMPHILI · texte numérisé non relu

VILLA PAMPHILI

La villa Pamphili appartient aux Doria. Comme le beau musée du palais Doria, elle est la propriété du public autant que du prince qui en a la garde et l'entretien.

Les pins de la villa Pamphili sont célèbres dans le monde. Tous les voyageurs les ont admirés, tous les narrateurs les ont racontés. Ils s'étalent en triomphants panaches dans les descriptions outrées de Chateaubriand; outrées, et à cause de cela plus vraies que d'autres. Les beaux arbres! et que leur ombre est douce !

Le casino de la villa, très simple d'apparence, contient une rare collection d'antiques. Que veut cette vieille qui demande que Rome devienne « le musée de l'univers, » et qui nous donne ses radotages de pythonisse insufflée, pour des rêves d'enfant ? Rien d'un musée ne manque à Rome, et il y a du superflu.

Rome moderne n'a que trop de respect pour Rome antique! J'ose dire que plusieurs statues de la villa Pamphili seraient mieux placées dans le salon d'un banquier que dans celui du noble Doria. On est bien large à Rome pour ces choses, et la fréquentation des anciens est doublement funeste aux modernes : elle les gâte et les humilie.

Il y a des statues modernes, façon antique, qui sont à peu près ce que l'on peut voir de plus laid. Si le soulèvement païen triomphe, nul ne peut prévoir le degré d'ignoble où nous arriverons. On se précipitera dans l'infâme pour échapper à l'inepte.

Quant à la nature, elle est d'une beauté indestructible. Quels gazons semés de fleurs! quelles eaux joyeuses de refléter l'azur! quelles grandes herbes balancées par la gaieté sereine du vent! En janwer nous y avons cueilli des violettes. 0 parfum immortel! ô jours d'or que l'on s'étonne d'avoir vécu!

Et la voûte des chênes verts! Nous l'avons nommée la Galerie des candélabres. Ces vieux troncs étendent horizontalement la mêlée de leurs bras noueux et noirs, formant des candélabres de la plus merveilleuse fantaisie. Là-dessus se plantent les branches nouvelles, élancées et lisses comme des cierges. Le soleil allume cette verdure sombre et fait en plein jour une nuit étoilée.

Ici fut l'effort de la bataille qui termina le siège soutenu par les garibaldiens. Il y périt beaucoup d'hommes, grand nombre de soldats français y sont

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enterrés. La charité de Doria leur a fait un monument.

Tout près est l'église de Saint-Pancrace. Un gros de garibaldiens s'y étaient retranchés. Ils se firent une omelette d'hosties trouvées dans le tabernacle, ils violèrent et souillèrent la tombe du martyr. Les Français les prirent vivants; aucun ne fut épargné. Les reliques n'ont pas été retrouvées, mais il suffit que l'église reste. Que d'autres viennent et abattent l'église, le nom du martyr restera et suffira.

Nous longeons les murs réparés par Pie IX. Le travail de restauration est paisible et magnifique. Vrai travail de propriétaire. Il ne trahit pas la hâte de l'occupant passager, comme l'abbé Aulanier nous le faisait voir dans une autre partie, où la main de Bélisaire a bouché les brèches de Totila. Grande et curieuse histoire, celle de ces murs toujours croulants sous la force, toujours refaits par la faiblesse plus forte !

I PIZZICAROLI

La Bienheureuse Rita di Cascia, veuve et religieuse, morte au quinzième siècle, est patronne d'une petite église située au pied du Capitole. Le jour de la fête patronale, à la messe, communient les jeunes filles dotées par la corporation des pizzicaroli, charcutiers.

Les visiteurs reçoivent des boutons de roses

bénits, en souvenir d'une floraison de roses que Dieu accorda miraculeusement en hiver aux prières de la sainte.

Voilà de ces fleurs de Rome que ne rencontrent pas et ne voient pas les vieilles qui voudraient retrouver dans Rome leurs rêves d'enfant . . . et les neiges d'antan.

Je ne peux digérer le mauvais propos de cette vieille. Cette vieille qui insulte Dieu pour amuser les cabinets de lecture, est un objet impatientant!

Et les Charcutiers de Rome, dotant de jeunes filles et distribuant des boutons de roses bénits, me semblent avoir plus d'inspirations poétiques qu'il n'en éclora jamais sous le crâne chauve de la vieille.

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