‹ Le parfum de Rome; (volume 2)Chapitre 71 sur 92 · PALAIS PAMPHILI · texte numérisé non relu

PALAIS PAMPHILI

dépositaires, et ne donnaient leurs soins qu'à ce qu'ils devaient transmettre. Ils faisaient de bons murs qui pussent durer. Là-dedans, un lit quelconque, une table quelconque, des sièges quelconques leur paraissaient assez bons. Le palais Pamphili contient ce quelconque. C'était l'ancien usage de Rome, encore gardé chez le Pape: beaucoup à la magnificence, rien au luxe. Le mobilier du Vatican semblerait intolérable à un souspréfet. A présent le luxe arrive, la magnificence s'en va. Il s'élève dans Rome des maisons à l'usage des étrangers, qui semblent avoir été apportées toutes faites et toutes meublées de Batignolles ou de Clignancourt. Dans la via Frattina, rue alignée, et, chose merveilleuse, sans église, Coquelet a trouvé une de ces maisons. Il a des meubles d'acajou, une armoire à glace, des portières en damas de laine, des fenêtres illustrées de lambrequins en calicot; il a, au bas de son escalier, un lion de plâtre et un portier dans un antre affreux. Il avoue là-dessus que Rome est en progrès: — « Je le disais bien, que le Romain, s'il était gouverné, marcherait comme tout autre peuple! »

Au palais antédiluvien de la place Navone, je reçois l'hospitalité non seulement la plus douce pour mon cœur, mais la plus agréable pour mon esprit et même pour mes yeux. Si c'est comme grand seigneur ou comme paysan que ces vigoureuses et dédaigneuses splendeurs me plaisent, je l'ignore; il est certain que j'en jouis. Ici l'on cause, l'on admire et l'on rit comme dans l'ancienne

France. M. de Brézé a fait ses études à Rome, et c'est un Romain qui ne le cède à personne pour le grand et intelligent amour de la mère patrie. Chez lui, ainsi que chez nos autres Gallo-Romains, l'amour de la mère n'ajoute pas peu à l'amour de la fille aînée. Certainement aucun lieu en France n'est plus français que le domicile à Rome de cet évêque peu gallican. Sans cesse nous nous surprenons à former des projets qui étonneraient bien l'ambassadeur impérial. Nous arriverions à faire de Rome une terre toute française. , . . Hélas! il n'y a pas de danger! Voici l'idée du jour: A l'extérieur de Saint-Pierre, autour de l'abside, des niches vides attendent des statues. — « Si j'étais Empereur, dit quelqu'un, je supplierais le Pape de me donner une douzaine de ces niches: je provoquerais un concours de tous les statuaires du monde; je ferais faire douze belles statues des saints de France, saint Louis, sainte Clotilde, sainte Radegonde, saint Bernard, saint Vincent de Paul, sainte Jeanne-Françoise de Chantai, sainte Geneviève, la bienheureuse Germaine Cousin, le bienheureux Joseph Labre, Jeanne d'Arc et deux de nos missionnaires martyrs, dont je solliciterais la béatification: je les placerais là comme des sentinelles de Saint-Pierre et de la France, et j'attendrais les destinées. » Voilà un de nos petits projets. Nous en avons de plus grands, qui n'ont pas plus de chances. Mais la joie de rêver est une maîtresse joie; et puis enfin, c'est ici le pays où tout arrive, et nulle part on ne sent si bien que Dieu seul est le possesseur du temps.

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