LES GALLO-ROMAINS
Nous baisâmes les marches de la Scala Santa^ qui est tout près de saint Jean de Latran, et nos genoux touchèrent le pavé de Sainte-Croix-en-Jérusalem, très-auguste basilique, bâtie par sainte Hélène pour recevoir les reliques de la passion du Sauveur. Nous gagnâmes ensuite Sainte-Marie- Majeure, par où nous voulions terminer. Mais le moyen de ne pas entrer encore à Sainte-Praxède et à Sainte-Pudentienne ?
Nous étions sans pitié pour notre guide. Deux choses le soutenaient, son amour pour Rome, sa tendresse pour nous. Notre enthousiasme ranimait le sien, qui d'ailleurs ne baisse guère. Tu ne connais pas notre ami Enrico. C'est une figure de France qu'on ne trouve qu'à Rome, une figure romaine qui ne peut être peinte que sur fond français.
Il est venu à Rome en curieux, le curieux s'est transformé en pèlerin ; un jour, le pèlerin a reconnu
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qu'il était à Rome dans sa vraie patrie, et ne l'a plus voulu quitter. Je ne conteste pas Tamour des Romains de naissance pour leur cité cent fois auguste^ mais je n'ai jamais rencontré l'amour de Rome si ardent qu'il Test au cœur de ces Romains de vocation, véritables Romains « par la grâce de Dieu. )) Ils constituent une de ces mystérieuses forces de Rome que Ton ne voit nulle part, et que Ton sent partout.
Ils savent Rome par cœur*, l'étudient sans cesse, la chérissent toujours plus. Conservant le caractère français, l'amour de Rome et le christianisme leur font dépouiller la morgue de supériorité que nous inspire volontiers la connaissance approfondie de nos mérites. Sans ignorer le côté faible des Romains , ils savent aussi ce qu'ils ont d'originalité , de grâce et de sérieux ; ils en prennent quelque chose, et le tout forme un de ces composés humains qui animent l'esprit et reposent le cœur.
Quelle aimable journée ! Après dîner, nous voulûmes faire encore une course. Nous revîmes le Forum et le Colisée. La nuit était sereine, le silence profond. Tout à coup, un vaillant chœur de voix italiennes s'éleva des ruines du temple de la Paix. Nous nous arrêtâmes sur la voie Sacrée, entre Parc de Titus et l'église de Sainte^
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Françoise- Romaine. Tout était doux et beau comme la douce et belle nuit.
Nulle autre ville ne peut être si belle. Ni le ciel, ni les monuments, ni les arts, fussent-ils les mêmes, ne sauraient ailleurs avoir le même accent. Cette terre a un arôme qui lui est propre. On y respire Thistoire telle que Dieu l'a écrite , avec ses conclusions applicables à chacun de nous. Il s'en élève des pensées qui ne sont que là.
Sa beauté n'est pas bourgeoise -, mais n'est-il de beauté que bourgeoise r Laissez-nous une ville dont les rues ne soient point tirées au cordeau -, laissez-nous des masures, des places irrégulières et des maisons qui se plantent à leur fantaisie. Dans les grandes rues larges et droites, point d'abri pour les madones, point de retraite pour les oiseaux.
Il n'y a point de façade de cent fenêtres aussi aimable à contempler que le palmier qui ombrage le mur lézardé du couvent des Maronites à San-Pietro in rincoU. Le boulevard de Sébastopol est très-admirable, mais dans les environs de ?^Ionte-Cavallo, sur les rues tortueuses et solitaires, pendent les fruits d'or de l'oranger.
Comment croire que le monde laisse quelqu'un prendre Rome et souffre qu'elle ne soit plus à