‹ Le parfum de Rome;Chapitre 65 sur 96 · FORBANS ET CUISTRES · texte numérisé non relu

FORBANS ET CUISTRES

Les Gibbons n'ont jamais manqué dans Rome. En ce moment ils abondent. Ils viennent de partout; Rome elle-même en fournit. Ils demandent qu'on ôte le Pape et qu'on ramène l'Empereur; qu'on leur rende le lustre antique sous les traits du roi turinois ou du dictateur niçard.

Parmi ces païens, il y a beaucoup de forbans, beaucoup de cuistres. Les forbans, maîtres de Rome, brusqueraient de grasses affaires avec les amateurs de curiosités; les cuistres pensent qu'ils diraient de belles choses dans le Sénat. D'ailleurs, Dieu et tout ordre et toute beauté sont toujours haïs des forbans et des cuistres.

Ils aiment la force brutale, par la raison qu'avec la force morale ils ne peuvent rien, et que sans la force brutale ils ne sont rien. La force morale ne procure aucun lucre au forban, aucun lustre au cuistre. Quand la force morale règne, le cuistre doit garder son taudis, le forban doit vivre de privations; le cuistre est professeur de rhétorique, journaliste tout au plus; le forban, petit employé.

Le cuistre et le forban se sont coalisés; ils ont si bien ourdi que les voilà sur le point de prendre Rome. S'ils y parviennent, ces nouveaux Césars dureront peu! Quelque barbare ne tardera pas

d'accourir; et l'histoire triomphale du cuistre et du forban sera dans la postérité, comme le livre de Gibbon, un argument pour l'Église.

Page 1