LE PÈRE CHARLES
au bas de l'escalier du Vatican. Combien j 'y aurais voulu voir Agnès et Luce! J'allai me placer de ce côté. Je m'attends toujours à retrouver parmi ces frais visages des traits que je ne re verrai plus sur la terre. Dans l'église, il y avait beaucoup de peuple.
Le Pape passa. On recevait à genoux la bénédiction qui tombait de son cœur, et on le suivait en silence. A la Confession, je le vis bien en face. C'est la douceur et la majesté d'un ange, mais d'un ange qui est sur la terre et qui en subit les fardeaux.
Tout le temps que le Saint-Père resta dans l'église, la foule y resta. En se retirant, il la vit prosternée. Il passa et bénit. Pas un cri, mais des larmes.
Je me sentais triste. Dans cette foule attendrie, il y avait aussi des visages ironiques et un plus grand nombre de fronts soucieux. La manifestation devait inspirer aux uns peu d'effroi, aux autres peu de confiance:
Voilà donc quels vengeurs s'arment pour ta querelle. Des femmes, des enfants! . . .
Je rencontrai le père Charles, Polonais, vaillant insurgé de 1830, vaillant prêtre aujourd'hui, joyeux toujours. — « Nous sommes malades, me dit-il. Mais qu'est-ce que c'est qu'une maladie pour notre bon Médecin?
« Une maladie est une occasion, une excellente occasion de sonder le mal, de nous bien résoudre à commencer une nouvelle vie. Notre bon Médecin nous guérira ou nous ressuscitera. Il connaît
tous les remèdes; la mort elle-même est remède en ses mains. Il se sert de la mort pour refaire la vie.
« Quand le père Jérôme et moi, nous nous sommes vus couchés sur le champ de bataille, sanglants, vaincus, ça n'allait pas bien. Bah! le bon Médecin envoya ses aides. Quels aides? Les Cosaques qui venaient de nous fouler aux pieds de leurs chevaux:
« Allons, allons Cosaques, relevez-moi ces garçons-là; j'en veux faire quelque chose! » Les Cosaques nous relevèrent, nous pansèrent. Us m'ont recousu; ils ont remis l'œil du père Jérôme, qui pendait sur la joue; et voilà que nous sommes prêtres, — et ça va bien ! »