‹ Le Parlement de Paris de Philippe leBel à Charles VII (1314-1422)Chapitre 137 sur 336 · LE SONGE DU VERGER · texte numérisé non relu

LE SONGE DU VERGER

tion du roi lui-même, un ouvrage destiné à combattre les prétentions du pouvoir spirituel et appelé à une grande célébrité jusqu'au xvne siècle. Je veux parler du Songe du verger. Quel en est Fauteur? Des érudits l'attribuèrent à Raoul de Prestes1, d'autres à Charles de Louviers*; certains proposèrent encore d'autres noms. A notre époque la question a été résolue en faveur du chevalier Philippe de Maizières, un des plus ingénieux écrivains du quatorzième siècle, qui après avoir guerroyé en Lombardie, en Orient, visité Jérusalem en 1347, parcouru l'Europe pour organiser une croisade, vint en France où Charles V se l'attacha et où il mourut religieux chez les Célestins *. Cet ouvrage rédigé en forme de dialogue entre un clerc et un chevalier eut deux rédactions : la première en latin, terminée en 1376, avant le mois de septembre ; la seconde en français, terminée en 1377. L'auteur y aborde avec impartialité d'importantes questions de morale, de politique ; lorsqu'il agite celle des relations des pouvoirs temporel et spirituel, son avis est que les clercs contribuent aux charges de

1. Lancelot, Mémoires de l'Académie royale des insertions et belleslettres, t. XIII, p. 663. — Lebeuf, Notice des ouvrages de Philippe de Maizières, conseiller du roi Charles V et chancelier du royaume du royaume de Chypre ; (Histoire de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres, t, XVI, p. 219). — Le même, Mémoire sur la vie de Philippe de Maizières, Mémoires de la même académie, t. XVII, p. -491.

2. E. Laboulaye, Études sur l'ancien droit français : Le Songe du Verger, Revue de législation et de jurisprudence, 2e série, t. III, 1841 t. XIII de la collection, p. 1. Laboulaye suit l'opinion de Dupin.

3. Albert Froment, Contributions à la vie de Philippe de Maizières (1327-1405). Dans les positions des thèses soutenues à l'École des Chartes par les élèves de la promotion de 1887. — P. Paris, Nouvelles recherches sur le véritable auteur du Songe du Vergier (Mémoires de l'Institut royal de France. Académie des inscriptions, t. XV, p. 336 et suiv.). De Maizières fut lié avec Pétrarque. Il fit établir la fêle de la présentation de la Sainte-Vierge (v. V, Le Clerc, op. cit., t. I. pp. 80, 229, t. II pp. 85, 199).

l'Etat, et dans la seconde partie (du chapitre cvi au chapitre cclxix), il reprend contre la juridiction ecclésiastique tous les arguments de Pierre de Cugnières '. Le Songe du verger devint l'arsenal, le grand coutumier des libertés gallicanes. Il fut imité en Angleterre et, en 4516, le Parlement de Paris le fit imprimer d'office 2.

La partie qui nous intéresserait n'est que la reproduction des griefs de Pierre de Cugnières, elle ne nous arrêtera donc pas ; mais il bon de signaler que l'esprit de ce dernier semble lui avoir survécu et que le pouvoir temporel n'entendait pas désarmer3.

Sous le règne de Charles VI les querelles furent un peu détournées par les controverses du grand schisme, cependant le Parlement n'en continua pas moins à surveiller les juges d'église et à rendre contre eux d'importants arrêts.

§ VI. — Après ce rapide exposé des rapports et des conflits entre les deux juridictions laïques et ecclésiastiques, il faut étudier spécialement la jurisprudence du Parlement dans ces questions depuis la seconde moitié du quatorzième siècle, et les progrès réalisés au détriment de la juridiction ecclésiastique.

Le Parlement appliquait rigoureusement la théorie des cas privilégiés qui supprimait le privilège de clergie dans les cas très graves : crimes de lèse-majesté, de

1. P. Paris, loc. cit. et spécialement p. 393. — Durand de Maillane, op. cit., t. III, p. 504, dissertation de Brunel et p. 525, analyse de l'ouvrage. — Le Clerc, op. cit., t. I, p. 508. — Lenient, La satire en France au moyen-âge, 3e édition, p. 212 à 221. Hachette 1883. — L. Delisle, Mandements de Charles V, nos 1077, 1481.

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