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Le Parlement et la Ligue en Bourgogne

H. CHAMPION, librairie spéciale pour riiisloiie de la France et de ses anciennes provinces, 3, quai Malaquais.

A. KOOSSKAU, rue Soulllot, I'.

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NOTICE BlIiLIOGRAPIlIQUE

L'histoire da Parli-ment «le Bourgogne pendant la Ligue n'a jamais p-irticulièrement intéressé les historiens. Aussi n'avonsnoiis pas d'étude satisfaisante sur le Parlement bourguignon à la fin du XVI' siècle.

La Cuisine, dans son Histoire du Parlement de Bourgogne^ ne louche qu'à peine à certains points de l'histoire du Parlement pendant la Ligue : l'amplitude de son sujet même lui interdisait d'approfondir la question. Sans doute, des détails intéressants sont quelquefois à relever chez lui ; mais l'absence (le références, les confusions trop fréquentes et les inexactitudes de détail empêchent d'avoir confiance en cet ouvrage. Si nous possédons une histoire générale du Parlement de Bourgogne, il existe aussi, d'autre part, une étude sur les Parlements de France pendant la Ligue : mais le court travail de M. Desjardins, sur Les Parlements du Roi, n'est qu'un bon résumé d'ensemble sur la question.

En somme, les travaux généraux sont rares, et nous avons dû recourir presque exclusivement aux sources.

§ 1. ~ Sources narratives

Il est nécessaire, dès l'abord, de constater le peu de secours et le petit nombre de renseignements que nous pouvons trouver dans les chroniques générales de l'époque : pourtant, les Mémoires de la Ligue sont à consulter, ainsi que le Journal du Régne de Henri IV, de L'Estoile, et la Chronologie Novenaire, de Palma-Cayet.

Mais les sources proprement bourguignonnes sont pour nous

I. Pour l'indication bibliographique des ouvrages cilcs, voir ci-après notre Index des références, p. 7.

d'une importance autrement considérable, et, en particulier, le Journal de Breunot.

Breunot, conseiller au Parlement, était bien placé pour donner tous les détails intéressant l'histoire de la Cour et de ses membres : son récit est véritaljlement un « journal », écrit au jour le jour, et il est inutile de faire ressortir la supériorité, au point de vue de la documentation historique, de ces sortes de mémoires : tous les bruits sont ainsi enregistrés, au fur et à mesui'e qu'ils parviennent à Breunot, et, lorsque, peu après, il s'est rendu compte de leur fausseté, il l'mdique immédiatement à la suite de la première mention*. Si un fait, quelle que soit son importance, lui a échappé, il ne manque pas de préciser la date à laquelle il devait être noté 2. Ces constatations mêmes et l'abondance des détails de toute nature nous montrent avec quel soin Breunot transcrivait les renseignements puisés partout, et nous pouvons apprécier par là la valeur même de cette source.

Le Livre de Souvenance de Pépin, qu'il est utile de rattacher au Journal de Breunot, n'est pour nous qu'un complément, quelquefois très sec, très incomplet, toujours infiniment partial. Le fanatisme de Pépin ne doit pourtant pas nous faire totalement écarter son témoignage, sauf à le critiquer au besoin; et l'intérêt de son œuvre reste entier pour les périodes où le Journal est perdu.

Deux mémoires, l'un, d'un procureur au Parlement, l'autre, d'un avocat, viennent d'être récemment retrouvés : les Mémoires de Sullot, encore inédits, et le Livre de Raison de Dominique de Cuny, naguère publié. — Claude Sullot, procureur à la Cour, très ouvertement favorable à la cause royaliste, nous donne, parallèlement à Pépin et à Breunot, la relation — trop courte, à notre gré — des événements survenus depuis 1589, mêlant à son récit la citation in extenso de l'arrêt de la Cour royaliste contre Landriano, et s'étendant complaisamment sur la réduction de Dijon. La brièveté du récit, en ce qui concerne la Ligue même, ne donne pas à ces Mémoires toute l'importance qu'on était en droit d'en attendre. — L'avocat Cuny, au milieu de nombreux détails sur sa vie intime et sa famille, ne fournit des renseignements que sur deux épisodes, intéressants d'ailleurs, l'affaire La Gauche et l'affaire La Verne, et. là encore, Cuny ne fait gut're que confirmer les atTirmations de Breunot.

Les Mémoires de Saulx-Tavannes, bien que fort vagues sur

I. Pour exemple, voyez l. II, p. ■>.q el a4, etc. a. Pour exemple, voy<'/, t. I, p. ■3;0-3j7, etc.

tout ce qui n'est pas opérations militaires, nous renseignent quelquefois, pourtant, sur les rapports de Guillaume avec les magistrats royalistes.

Sur un point spécial de la question qui nous a occupé, l'afiaire de Chaloii-sui'-Saone, il a été publié, en 1879, un Discours de la trahison et entreprise des- hérétiques rebelles sur la citadelle et mile de Chalon-sur-Saône, Jaillie d'estre exécutée la nuict du samedi 15 Juin 1591.

On doit rattacher à ces sources narratives proprement dites les tiemonctrances faites à la rentrée du Parlement (S'-Martin) par le procureur général Picardet.

§ 2. — Documents d'archives

A). Documents publiés.

En premier lieu, nous devons signaler la valeur exceptionnelle de la Correspondance de la Mairie de Dijon, malgré les lacunes de la publication de Garnier. Quelques lettres omises ont été publiées dans la Correspondance dus S aulx- Tais ânes, de M. PiNGAUD, et c'est là, du reste, un appoint d'une très minime importance pour nous. Loutchitsky, dans ses Documents pour servir à l'histoire de la Réforme et de la Ligue, a publié les articles jurés par les Dijonnais en 1589.

B). Documents non publiés.

La Bibliothèque municipale de Dijon nous offre les Registres des Délibérations du Parlement. Il importe de dire ici quelques mots de cette source capitale.

Nous n'avons plus pour cette période les registres originaux, et certains registres ne nous sont pas parvenus, même en copie. En effet, pour le Parlement de Dijon, il manque totalement le registre 19, allant d'août 1594 au 20 juin 1595; de même, les délibérations de la Cour royaliste sont perdues d'avril 1589 à la Saint-Martin 1591 et d'août 1594 au 17 juin 1595. Quant aux parties des registres qui subsistent, elles ne nous sont parvenues que sous forme de copie. Or, il semble qu'il faille distinguer deux séries dans ces copies.

La première série comprend une copie faite au xvui° siècle. Ce manuscrit CFonds Saverot n" Ij contient en quatre volumes les délibérations depuis 1509 jusqu'en 1622 : le tome III, qui nous intéresse plus spécialement, fournit des éléments que l'on ne trouve nulle part ailleurs et comble notamment les lacunes

qui existent dans les manuscrits de la deuxième série. Il est donc nécessaire de penser que le manuscrit Sarserot no 1 dérive soit direcleraent des registres originaux, soit d'une copie différente de celle d'où découle notre deuxième série de manuscrits. Au surplus, nous ne savons à quelle époque les registres originaux furent perdus, et je serais disposé à croire que le manuscrit Saverot n" 1 en découle directement. De là l'importance exceptionnelle que prend ce manuscrit pour nous : s'il est impossible de contrôler mathématiquement l'exactitude rigoureuse de 1r copie qu'il nous apporte, son amplitude et l'autorité que nous sommes fondé à lui attriVjuer, nous l'ont pourtant fait préférer à toutes les autres sources du même genre. L'analogie des assertions de Breunot et des Délibérations vient à l'appui de notre confiance dans le manuscrit Saverot n' 1 .

La deuxième série se compose essentiellement d'un manuscrit, — coté Ancien Fonds n" 444. Ce manuscrit, datant de la seconde moitié du xvii' siècle, a pour liti'e : « Pièces sur la Ligue ou Mémoires contenant plusieurs choses arrivées en Bourgogne pendant la Ligue, de 1585 jusqu'en 1598 ». Ce volume de 622 pages contient en efï'et le résumé, en quelques pages, des événements de la Ligue ; mais il renferme de plus : 1° la copie des registres des Délibérations de la Cour de Dijon, allant du 31 décembre 1588 au 22 novembre 1593, ainsi que des Registres du Parlement royaliste ; 2° la copie du « Journal de M. Brenot, conseiller, depuis le premier janvier 1594 jusques au 2 juillet 1595, dans lequel on a inséré la suite des Extraits des Registres du Parlement de Dijon ci dessus commencé » ; 3° un journal de ce qui s'est passé à la réduction de la ville de Dijon et divers opuscules pour nous sans intérêt. Tout d'abord, il iaut constater la fausseté évidente d'une indication mise par l'auteur même du manuscrite la première page : nous y lisons, en effet, « Copie du msct de M. Brenot. cou" au Parlemt. » Or il est évident que ce bref résumé des événements n'est pas l'œuvre de Breunot lui-même : pourquoi aurait-il lui-même résumé son propre journal? Le seul passage auquel puisse se rapporter l'indication de l'auteur est la copie du Journal de Breunot qui fait suite aux Délibérations du Parlement, et l'exposé si court du début n'est que l'œuvre propre de l'auteur du manuscrit, œuvre composée vraisemblablement à l'aide de données empruntées au Journal de Breunot. De même, les Délibérations du Parlement n'ont été copiées ni sur un manuscrit de Breunot, ni sur les Registres originaux de la Cour. Des copies imparfaites et incomplètes ont seulement pu être à la disposition de l'auteur du manuscrit : s'il y a chez lui des lacunes,

ce n'est pas qu'un choix ail été fait i)ar lui : nous en voyons la preuve dans ce fait iiue les passages les plus intéressants et les plus importants peut-être sont absents (exemple : du jeudi 7 juin 1590 au 17 juillet) ; et d'autre part, rorlhograpbe souvent défectueuse des noms propres semble prouver la médiatisation de la copie. La supériorité du manuscrit Saverot n" 1 éclate ici au grand jour.

Au xvui' siècle, le manuscrit Ancien Fonds n' 414 fut recopié à nouveau, mais cette copie ne fut que partielle et ne toucha que les extraits des Délibérations du Parlement '. En 1763, Varenne publia avec un avertissement ce Journal du Palais sous ce titre : Registres du Parlement de Dijon, de tout ce qui s'est passé pendant la Ligue.

Enfin, le Fonds Baudot n" 139 est une compilation faite en grande partie sur les manuscrits du prieur Violet : il comprend des extraits des Registres de délibérations de la Cour royaliste, identiques à ceux du manuscrit 444. Le Fonds Baudot n" 42 est un résumé des délibérations du Parlement ligueur.

D'ailleurs, dans toutes ces copies des Registres des Délibérations subsistent les mêmes lacunes, d'avril 1589 à novembre 1591 et d'août 1594 à juin 1595, et il n'est possible de combler en partie ces lacunes qu'à l'aide d'un autre manuscrit, coté Fonds Saoerot n" 3. Le tome III de cette compilation, qui nous intéresse seul, est un recueil fait en 1767 d'arrêts civils et politiques des Cours de Dijon et d'Auxois, d'après certains registres que l'auteur du manuscrit prend la peine de toujours nous indiquer: «Registre des procès par écrit: Flavigny, 1589, 1590, 1591, 1592 ». ou « Registre des audiences du Parlement de Rourgogne séant à Flavigny et à Semur, depuis le 17 avril 1589 jusqu'au 30 juillet 1592 », ou bien « Registre de la Tournelle, intitulé Préparatoires criminels, depuis le 10 septembre 1587 jusqu'au 14 août 1593 », ou encore « Registre des audiences civiles », ou enfin « Registre des audiences du Parlement de Semur : Saint-Martin 1592-juin 1595 ». L'impoi-tance de celte source pour nous provient de ce fait que la plupart des arrêts recueillis par l'auteur du manuscrit se rapportent aux périodes dont les délibérations nous manquent. Mais, à ce point de vue, pour la période 1594-1595, le Journal de Breunot ne le cède en rien, bien au contraire, au manuscrit Saverot n' 3.

Les Archives municipales de Dijon ont enrichi d'une singulière façon notre masse documentaire : la source de premier

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