‹ Le Parlement et la Ligue en BourgogneChapitre 128 sur 144 · Brel'not. Il, préface, p. xxix · texte numérisé non relu

Brel'not. Il, préface, p. xxix

COlNCLUSION

La vie politique du Parlement de Bourgogne, pendant les six dernières années de la Ligue, est si active qu'elle occupe nécessairement partout le premier plan. Son rôle fut si considérable et le contre-coup de la politique sur sa vie intérieure si manifeste que l'importance de la vie politique bourguignonne à cette époque se mesure à l'importance de la vie politique parlementaire.

Un facteur essentiel domine cette histoire politique de la Cour bourguignonne pendant toute la durée de la crise : la psychologie même des Parlementaires. La Cour se composait d'un noyau central, formé d'hommes au caractère faible, hésitants et prudents ; ces timides faisaient la majorité de la Compagnie. Mais sur ce fond terne se détachaient quelques figures énergiques de magistrats capables de prendre position, les uns au nom de leur devoir, les auti'es par souci de leur intérêt. Cette constitution psychologique du Parlement explique l'attitude initiale du corps et tous les changements qui l'afiectèrent dans la suite. En présence des assassinats de Blois, la Cour, dont la majorité se tournait, en raison de sa pusillanimité même, vers le pouvoir le plus fort, sembla d'abord devoir rester fidèle à la royauté ; mais l'énergique olfensive de Mayenne et de son parti fori,a presque aussitôt la plupart des Parlementaires à se déclarer pour l'Union, tandis que quelques magistrats royalistes déci-

dés, par conviction ou par devoir, se détachaient, provoquant un schisme : ainsi se formait en Auxois une Cour rivale de celle de Dijon.

Les raisons qui expliquent le schisme expliquent aussi la destinée respective des deux Parlements par suite de la différence de caractère et d'esprit qui préexiste, dès le principe même, entre les magistrats des deux groupes opposés. La Cour d* Auxois, de volonté plus ferme et plus droite, va concentrer tous ses efforts, sans compromission ni défaillance, pour le service du roi et du royaume, en particulier pour le triomphe du parti royaliste bourguignon : fondateur et organisateur de ce parti, le Parlement royaliste, avec Fremyot à sa tète, dirige la lutte et seconde les combattants dans toutes les occasions et de toutes ses forces. La Cour de Dijon, au contraire, faible et toujours préoccupée de se réserver, ne manifeste pour l'Union qu'un zèle bien tiède, se ménageant, par sa froideur même, une issue pour le cas où le roi triompherait ; cependant, menée au combat par un petit groupe de ligueurs intéressés et énergiques, éti'oitement surveillée par les pouvoirs locaux de 1' « Union », qui ne lui ménagent pas les atteintes, elle reste comme attachée malgré elle à ce parti qui périclite autour d'elle et tombe de jour en jour plus bas en l'entraînant dans sa chute.

Cette agonie de la Ligue, corrélative d'un accroissement pai'allèle du parti royaliste, présageait le triomphe définitif de Henri IV. Dès lors, les circonstances mêmes allaient tourner la sympathie des magistrats où précisément leur intérêt véritable les appelait, et de plus en plus, c'est-à-dire vers la royauté : voyant la Ligue perdue, en butte à ses suspicions et à ses coups, ils devinrent royalistes, plus ou moins vite et plus ou moins ardemment. Il est vrai que l'échec du complot La Verne priva soudain la Cour de ses membres les moins timorés, et plusieurs mois furent néces.saires pour que, les mêmes causes agissant, le sentiment qui militait en faveur de l'action atteignît la même vigueur chez le reste des Parlementaires, pour

qu'enfin, les circonstances aidant, les magistrats devinssent ouvertement les prouioteurs de la reddition de Dijon. Du moins, les mêmes tendances dirigent jusqu'à son terme l'évolution politique de la Cour dijonnaise : la faiblesse et l'excessive prudence des magistrats furent les éléments internes, si je puis dire, qui dominèrent les événements. Ils les dominèrent assez pour en changer le cours, provoquant la création d'un parti royaliste et finalement le retour de la Bourgogne et de Dijon à l'obéissance. En définitive, le rétablissement de l'unité parlementaire et la pacification de la Bourgogne sont des faits étroitement liés, et peut-être n'est-il pas exagéré de penser que si l'action politique du Parlement, résultat de la psychologie de ses membres, avait été moindre, le parti ligueur eût suivi une toute autre fortune. Ainsi la politique du Parlement de Bourgogne pendant la Ligue n'a pas seulement un puissant intérêt au point de vue local, elle importe à l'histoire générale, puisqu'elle contribua au succès complet d'Henri IV.

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