LE TAILLEUR ET LES NAINS
(tiré du barzaz-breiz)
PASKOU, dont la langue frétille.
Pointue autant que son aiguille, Paskou le long et le tailleur,
N'a plus une culotte à faire :
Tous les hommes sont à la guerre :
Que fait-il ? Il fait le voleur.
A pas de loup, au clair de lune, Il est allé chercher fortune Un certain soir de vendredi.
Il a des Nains fouillé la grotte, Et revient, de Tor plein sa hotte ; Petit tailleur est bien hardi !
Et, dans un grenier sous la paille, Le tailleur, cachant sa trouvaille, S^étend dessus tout fier de lui.
Ifii LE PARNASSE BRETON CONTEMPORAIN.
Ah ! Paskoii, prends garde ! à ta porte Mets ta serrure la plus forte ; Voici les démons de la nuit.
Dans la cour s'assemble leur bande ; Elle danse une sarabande Et nasille une aigre chanson.
Petites mines renfrognées, Grimpant comme des araignées, Ils escaladent la maison.
Sur le vieux toit qu'ils courent vite I Ah! Paskou, cherche Teau bénite; Délivre-toi de ton trésor.
Disparais sous ta couverture Et, tapi dans ton encoignure, Tiens-toi tranquille comme un mort.
Car ils ont des yeux redoutables, Les petits dus, les petits diables !
Ils percent le toit du grenier.
Le premier allonge la face ; Il regarde et tourne et grimace ; Il descend le long du pilier.
Un — deux — trois ! — la troupe maudite Descend tout entière à sa suite ; Ils bondissent : Pauvre Paskou !
Pour se voir ailleurs, à la Vierge Il ferait cadeau d'un beau cierge !
Il sent comme une corde au cou :
FRANÇOIS LONGXTFXAND.
— As-tu Fair de dormir un somme, Cher tailleur, cher petit bonhomme ?
Montre-nous ton nez rubicond.
Debout ! Saute ! Le bal commence ; Les nains vont Rapprendre une danse, Une danse, petit fripon,
A faire éclater ta poitrine, A faire craquer ton échine , A mettre ton âme aux abois :
Mieux vaut coudre un fond de culottes Que chercher de For dans les grottes :
Argent de nains brûle les doigts.