SAINT'NAZAIRE
ASSISE sur le sable et sur le rocher dur, toi qu'on voit briller le long du promontoire Où r Océan reçoit les baisers de la Loire, Gomme une perle au bout d'un long ruban d'azur !
Dans un blason jaloux, toi qui dès ton enfance Mis fièrement la clef de ce fleuve enchanté : Maltresse de l'accès de son cours emporté Et du chemin qui mène aux Jardins de la France !
Dernier enfantement et dernières amours
Du vieux monde caduc et vingt fois centenaire.
Toi dont la puberté réchauffe et régénère
Ce qui reste d'an siècle au déclin de ses jours !
Toi, quand on souriait de ses ardeurs stériles, Qui vins planter tes murs devant les grandes Eaux, Comme pour attester les Continents nouveaux Qu'ils ne sont pas les seuls à concevoir des Yilles !
Piicelle saine et forte aux naissantes beautés, Toi qui f épanouis et qui grandis encore Quand Therbe pousse aux flancs des antiques cités, ma Ville ! je veux saluer ton aurore !
Au sommet de leur poupe, en grosses lettres d'or, Déjà les longs-courriers et les Transatlantiques Avaient porté ton nom sur les routes nautiques Du Levant au Couchant, du Midi jusqu'au Nord !
Partout où rOcéan fait aboutir son onde Et partout où se dresse un rivage habité, Des milliers de marins avaient déjà vanté Ton port tranquille et sûr et ta rade profonde.
Et les Français pourtant ne te connaissaient pas... ! Et le pays semblait, malgré ta renommée, Te traiter en fillette ingrate et sans appas, Certes belle déjà, mais à peine formée.
Or voilà que soudain ton prestige a forcé Tous les yeux : et chacun s'arrête et te regarde. Telle l'enfant à qui, sans qu'on y prenne garde, Du jour au lendemain la poitrine a poussé
Et voilà qu'à ton tour aujourd'hui tu tressailles Nubile : car tu viens, pour la première fois, De convier la France entière à des tournois.
Comme si tu voulais fêter tes Fiançailles... !
Eh bien ! à tous ces gens pressés au rendez- vous Qu'en tes murs trop étroits cette fête rassemble, A tous les habitants de l'Univers, à tous, ma ville, je veux que nous criions ensemble!