BRETONS TÊTUS
Têtus!. ..Les fils cVArvor sont têtus: rien n'enchaîne Leur front que la brise âpre et vierge rembrunit, Dur ainsi que les flancs robustes du granit , Noueux comme Técorce intraitable du chêne.
Tiens bon! tiens bon, Breton têtu; peuple indompté , race forte , Ton vieux tronc n'est point abattu, Ta vieille souche n'est pas morte...
Dans les champs remués par de vagues frissons , Les Bretons éblouis par Taube qui s'allume Creusent le sol ouvert au germe des moissons Et poussent en chantant le bœuf pesant qui fume.
Creuse, creuse, Breton têtu;
Du sein de la terre féconde
S'élancera Tépi... Vois-tu
Frémir d'aise sa cime blonde?...
Mais le ciel s'assoupit dans le manteau du soir;
L'automne aux fruits dorés a visité la ferme ,
Et la pomme gémit sous l'effort du pressoir
Que les vaillants Bretons tourmentent d'un bras ferme.
îîfi LE PARNASSE BRETON CONTEMPORAIN.
Presse , presse , Breton têtu :
Verse à gros bouillons le sourire Du cidre frais dont la vertu Déborde en rustique délire...
Vive la mer au sein grondeur, au front mouvant, Et vive la rafale aux éclats de trompette!... Dans leur hune qui grince et que berce le vent , Le col nu, les Bretons insultent la tempête.
Gai matelot, Breton têtu!
Bois Tembrun à pleine narine :
De sel et d'écume vêtu,
Découvre ta fauve poitrine.
Les Bretons , souriant à Tappel du tambour.
Marchent , mêlant à son crépitement sonore Le pimpant souvenir d*un gai refrain d'amour, Sous la chaude clarté du drapeau tricolore.
Marche , marche , Breton têtu !
Dans un nuage de poussière
Fais rouler le casque pointu
Dont l'orgueil luit sur la frontière.
De l'aurore au coucher sinistre du soleil, Les Bretons lutteront, loin des roses bruyères, Parmi les fleurs de sang au calice vermeil , Le regard étoile du reflet des bannières.
Frappe , frappe , Breton têtu !
Frappe , rebelle à la soufirance :
Frappe!... L'on meurt, jamais battu.
Quand on bataille pour la France.
BERNARD D'ERM
UN SONNET
AMI , tu Tas voulu : je te fais un sonnet.
Rimer quatorze vers! Conçois-tu bien ma peine? Me voilà du travail au moins pour la semaine. En y songeant, déjà je me sens frissonner.
Du courage ! Cherchons ! Pourrai-je moissonner Quelques mots pas trop creux , quelque parole saine ? Je veux aller au bout... jNon! mon ardeur est vaine Et Pégase a tôt fait de me désarçonner.
La chute était prévue et n'a rien qui m'étonne : Rimer n'est pas mon fait; je rampe, je tâtonne,
Et pourtant je me mets la cervelle à l'envers.
Mais je ne puis finir, si les rimes fidèles N'accourent avec toi pour terminer mon vers.
Oh! viens à mon secours, muse des Asphodèles !
68 l,K PARNASSE BRETON CONTEMPORAIN.