‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 48 sur 198 · AU LION DE BELFORT · texte numérisé non relu

AU LION DE BELFORT

(vers écrits a la nouvelle de l*échec de lano-son)

A. M. Augu:itâ Bai'thaldi*

QUAND le soleil d'avril, luisant sur le grès rose, Dessine en plein relief tes musculeux contours ; Quand le sol qu'en flânant la Savoureuse aiTose, Au souffle du printemps rajeunit ses atours ; Loin de prendre plaisir à ces apprêts de fête, Ton front parait plus sombré et ton corps plus raidi. Et tout semble rigide, ô lion, sur le faite Où dans l'âpre rocher t'a rivé Bartholdi.

Mais, si les bruits du jour montaient â ton oreille,

Tu frémirais soudain de rage et de douleur,

Et ta voix, dans la nuit, retentirait, pareille

Au sinistre sanglot d'un oiseau de malheur :

— « Hélas ! gémirais-tu, se peut-il qu'on oublie ?

« Revanche est un vain mot, Quand même un faux dicton !

« Chez ce peuple léger la haine est affaiblie,

« Et rien ne vibre plus au cri du vieux Galon \

m LK PARNASSE BRKTON CONTEMPORAIN.

ï* Delenda Carthago I C'est Berlin qifil faut prendre !

« A quoi bon disperser vos forces au Tonkin ?

« L'Allemand qui vous guette est fatigué d'attendre :

u II regarde Paris quand vous fixez Pékin.

« Delenda Carthago! Contemplez cette engeance

« Accroupie aux genoux du chancelier de fer !

\i Avez-vous, dans le sang, éteint votre vengeance ?

« Ou, damnés de la honte, aimez- vous votre enfer ? »

— Arrête : c'en est trop, ta fureur esf injuste. Reste, dans le repos, comme un sphinx, allongé. Quand un canonnier pointe ou qu'un tireur ajuste, Ln pièce est en état, le fusil est chargé...

Non! nous n'oublions rien ! C'est toujours pour la France Qu'on vainquit à Tunis, qu'on tombe en Orient, Qu'on luttera partout, avec cette espérance Que Strasbourg et que Metz attendent en priant.

Nous ne l'acceptons point, ton farouche anathème; Le sang qui coule au loin n'est pas un sang perdu. Qu'importe le Jourdain si, du rouge baptême Le flot, qui rend la force, est sur nous répandu ? Laisse tes lionceaux sortii* de leur tanière ; Us reviendront, grisés par Fhorreur du sabbat. Et te diront : — « Lion, hérisse ta crinière ! Debout! rugis à Taise, et marchons au combat !

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