‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 60 sur 198 · BRETAGNE ET PROVENCE · texte numérisé non relu

BRETAGNE ET PROVENCE

Ames pieds, Tocéan qui mugit et qui gronde.

D'écume recouvrant les rocs amoncelés; Sur ma tète un ciel sombre, où courent affolés De grands nuages noirs... et le fracas de Tonde Mêlant au bruit des vents ses appels désolés...

La Torche de Penmarch' s'allongeait menaçante; Au loin j'apercevais VAiise des Trépassés; Et sur le bord des flots je croyais voir dressés, Leur long suaire au vent, la face grimaçante, Tous les morts d'autrefois, aujourd'hui délaissés!

Et pourtant je rêvais du soleil de Provence , Revêtant les fruits d'or de ses rayons de feu ; Je cueillais ses lilas, et j'aspirais d'avance Ses enivrants parfums, sous un ciel toujours bleu.

Et là-bas, la forèt agitait avec rage

Ses grands bras décharnés tordus par les autans;

Et, comme pour braver leurs efforts insultants,

Le chèné, plus altier, luttait avec Forage

Et semblait se grandir des injures du temps.

Parfois un rouge éclair embrasait tout l'espace , Éclairant des forêts les mornes profondeurs; Et je croyais encore, à ses vives lueurs, Apercevoir dans l'ombre un druide qui passe, Pour oflrir au dolmen du sang avec des pleurs.

Et pourtant je rêvais du soleil de Provence, nev*:'tant les fruits d'or de ses rayons de feu; .le eue il lais ses lilas, et j'aspirais d'avance Ses enivrants parfums, sous un ciel toujours bleu.

Sur la lande déserte, au bruit de la rafale.

Accouraient à Fënvi, portés par l'ouragan :

Le nain, le poulpiquet, le sombre Korrigan ; Et tous, s'entrelaçant dans la ronde infernale, «Tintaient ces crjs aigus dont rugit l'océan.

Partout autour de moi, quelle étrange harmonie! Tout a pris une voix : le vent, les rocs, les flots . . . Tout vibre. Tout se tord. Ce sont de longs sanglots; Des gémissements sourds; une plainte infinie... On dirait que tout va rentrer dans le chaos.

VA pourlant, moi, je rêve au soleil de Provence, Revèt-nU les fruits d'or de ses rayons de feu; Je cueille ses lilas, et j'aspire d'avance Ses enivrants parfums, sous un ciel toujours bleu!

OLIVIER DE GOURCUFF

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