LE LOGEUR DU BON DIEU
TRANQUILLE monument, portail, tour de dentelle, Clocher à jour où chante un carillon joyeux, marbre qu'ont usé les genoux des aïeux ; Quel effrayant esprit, cathédrale immortelle. Où la pensée humaine au ciel profond s'unit, Donna Taile à la pierre et le souffle au granit ?
Ce fut un homme obscur. ïtans nos bourgs de Bretagne, Il passait en chantant un cantique pieux ; Quand on lui parlait d'art il regardait les cieux. Comme l'Hébreu pensif, descendant la montagne : Alors le feu sacré brillait dans son œil bleu; Lui-même s'appelait le logeur du bon Dieu.
tlO LE PARNASSE BRETON CONTEMPORAIN.
D'où venait-il? — Au bord des mers occidentales, Sa vagabonde enfance et ses jeunes désirs S'é veillèrent : il eut de sévères plaisirs.
11 aimait la fureur des tempêtes natales.
Le vent qui répondit à ses premiers sianglots Lai laissa Tamertume et Tinfini des flots.
Il aimait à rêver sur les landieTs stériles,
Où, dans le sol de fer peuplé de souvenirs,
Veillaient de grands tombeaux et de sombres menhirs.
(Juarul le soleil couchant incendiait les lies,
L'immensité des eaux haletantes toujours,
Ses regards inspirés voyaient les anciens jours :
Les féroces chasseurs au seuil de la caverne. Fils aines de la terre et cachés dans ses flancs, Partageant leur butin avec leurs doigts sanglants. Racr que le désir de Tinfini gouverne !
Ils se sont élancés, dompteurs des océans, Dans de hardis vaisseaux sur les gouffres béants.
Pour temples ils ont pris les forêts frémissantes, Peuplant de dieux géants leur blême profondeur. Sans la chercher jamais, ils trouvaient la grandeur. Et lui, robuste enfant de ces races puissantes, Sur ce sol âpre et dur, devant les mers sans fin, C'est encore et toujours d'infini qu'il a faim.
Vn jour, il s'éloigna de la pauvre chaumière Oii soQ père séchait ses filets de pêcheur :
ti Li\"bas, à rOrient, je vois une blancheur. Dit Tcnfant, et je veux marcher vers la lumière. »
lUDOVIC JÀN. 111
Italie ! Italie ! — Et las de voyager,
Le jeune horame s'arrête au pied d'un oranger.
Voici Rome et Florence et Venise ! Les maîtres Ont empourpré les cieux de leurs divins reflets : Ils ont sculpté des tours, des dômes, des palais. Qu'ils sont loin les manoirs rustiques des ancêtres 1 Voici Fart magnifique ! Et sous le clair soleil Le voyageur comprend qu'il sort d'un long sonimeil.
Surprendra-t-il bientôt le secret du génie?
Oui, c'est ainsi qu'il faut , sous le marteau divin,
Exprimer l'idéal qui le torture en vain.
vous, qui possédez le don de l'harmonie,
Poètes qui pleurez en lisant de beaux vers.
Tous ces tourments féconds, vous les avez soufferts !
C'est pourquoi, revenu du saint pèlerinage, Quand, traversant les bourgs de son pays aimé, Il sculpta du granit le bloc inanimé.
Esprit cherchant toujours l'infini sans rivage. Il crut qu'il n'était pas assez haut arrivé.
Qu'il n'avait pas écrit le poème rêvé.
Les ducs sont endormis sous les pierres tombaleg ;
Aux Carmes, Montauban dort à l'ombre des croix,
Clisson à Josselin, à Ploërmel Jean Trois.
Mais, sous le porche obscur des hautes cathédrales.
Après avoir prié, longtemps prié ton Dieu,
Tu souhaitas revoir le pays du ciel bleu.
A\ kh- du soleil qui brûlait ta paupière, Tu baisas humblement les marches de Tautel, Kt lu partis, laissant ton chef-d'œuvre immortel, (^ penseur inconnu des poèmes de pierre, Sans réserver un coin du monument vermeil, 1*1 Mir y graver ton nom et dormir ton sommeil.