BALLADE DES COQUILLAGES
JE sais, bien loin, caché comme un nid sous les branches, Un village bâti dans une anse d'Arvor.
L'œillet sauvage y vient fleurir les dunes blanches, Et, parmi les rochers, croissent les genêts d'or ; Puis, tout au bas, la mer redit à ses rivages, Oh! de longues chansons, qui m'ont un an bercé. Dans cette anse sans nom pleine de coquillages Laissés par le flot bleu sur le sable doré.
J'allais, chaque jeudi, sur les grèves désertes, Poursuivre avec des crocs ou de légers filets Les crevettes filant dessous les algues vertes Ou les crabes perdus au milieu des galets.
Le soir, en revenant, je feuilletais les pages D'un livre bien relu mais toujours préféré.
En faisant sous mes pas craquer les coquillages Laissés par le flot bleu sur le sable doré.
Puis, un beau jour d'avril, vous êtes arrivées, Madame A. L. et vous, dans mon petit désert.
Que le temps passait vite ! Oh ! les bonnes journées De printemps tout mouillé, qui riait de Thiver. Tout le matin, c'étaient de charmants babillages, Qui mettaient du soleil dans ce coin retiré ; La vesprée, on aUaii choisir des coquillages Laissés par le flot bleu sur le sable doré.
Coquillages nacrés, jaunes, et blancs, et roses. J'en ai plein mon tiroir, faits de toutes façons, Tous ramassés là-bas, et, dans les jours moroses, Ils me disent encor^la mer et ses chansons.
Les dunes près du bourg, et les jolis voyages Que nous fîmes ensemble au rivage ignoré De cette anse sans nom pleine de coquillages Laissés par le flot bleu sur le sable doré.