FRANCOIS-MARIE LUZEL
BREIZ-IZELL
DIS-MOI, connais-tu le pays — où sur le rocher s'élève le chêne; — où le barde chante sur le seuil de sa porte, — où sur le rivage bruit la mer?
— Oui, ce pays-là c'est Breiz-Izell. — Sur le monde quand je jette un regard, — nulle part je n'en vois un autre, — qui réclame une aussi grande louange.
— Dis-moi, connais-tu le pays, — où l'on trouve encore ensemble — la parole de Dieu et la foi en vigueur, — et la loyauté et la droiture dans le cœur de l'homme?
— Oui, ce pays-là, c'est Breiz-lzell. — Je voudrais, comme Fépervier, — avoir deux ailes, pour m'envoler, — vers la mère qui, là, me mit au monde.
— Làr d'in, anaout a rez ar vrô Lec'h na grèn dèn rag- ar màrô ; Lec'h vewer en doùjanz Doue, Ha doùjanz lezen ar roue?
— la, ar vrô-ze eo Breiz-Izell ; Evid-oùn beza diout-hi pell,
D'al lec'h m'eo chou met ma c'halon Ma spered 'nij 'vel eur gudon.
— Làr d"in, anaout a rez ar vrô Lec'h, evel bleùn Ijarz ar parcô, A weler ar merc'hed iaoùanc, Er pardôniou, zeder ha koant?
— la, ar vrô-ze eo Breiz-Izell, Kùdon a nij a denn-askel War-zu ma brô, lavar, koulmic, Deiz-mad da Vôna, ma dousic.
— L(ir d'iu, anaout a rez ar vrô, A gar lie giziou kôz atô,
Lec'h peder c'hoaz en ilizou, Hag er véred, war ar beziou?
— la, ar vrô-ze eo Breiz-Izell.
Kouabren kasset gant ann awel, Eùn tamm d'ann douar diskennet.
Ha bete ma brô ma douget.
— Làr d'in, anaout a rez ar vrô, Lec'h kàner gwerzio ha zônio.
En tàl ar fornigal, bep-nôz.
En koùn olieriou ar rc gôz?
FRANÇOIS-MARIE LTZEL. 169
— Dis-moi, connais-tu le pays, — où nul ne tremble devant la mort, — où l'on vit dans le respect de son Dieu, — et aussi de la loi de son pays?
— Oui, ce pays-là c'est Breiz-Izell ; — et pour loin que j'en sois aujourd'hui, — aux lieux où est resté mon cœur, — mon esprit s'envole, comme la colombe.
— Dis-moi , connais-tu le pays , — où , comme les fleurs dans les champs, — on voit les jeunes filles, — aux Pardons, joyeuses et belles?
Oui, ce pays-là c'est Breiz-Izell. — Ramier bleu, qui voles — à tire-dailes du côté de mon pays, souhaite, ô ramier, — le bonjour à ma douce Môna.
— Dis-moi, connais-tu le pays, — où l'on aime toujours les anciennes coutumes, — où l'on prie encore dans les églises, — et dans les cimetières, sur les tombes?
Oui, ce pays-là c'est Breiz-Izell. — 0 nuage, poussé par le vent, — descendez un peu jusqu'à terre, — et emportez-moi jusqu'à mon pays !
— Dis-moi, connais-tu le pays, — où l'on chante de vieux gioerz et des sônes, — le soir, au coin du foyer, — en souvenir des exploits des ancêtres?
LE PARNASSF^ BRKTON CONTEMPORAIN.
— la, ar vrô-ze eo Breiz-Izell, Lec'h ma fell d'in mont da verwel, lia bezaii eùu deiz doùaret,
Gant ma broïz, en ho béred.
— Ann hiuin a zavaz ar zôn, 'Zo eur zoudard, trist he galon, Ilag a varwo gant keùn d'he vrô, Med prest da Yreiz e ve distro.