NUIT D'ORAGE
L'homme s'est endormi, l'ombre sent le mystère ; Les voiles de la nuit, où percent des points d'or. Semblent des crêpes nou^s suspendus sur la terre. D'éclairs éblouissants la lueur éphémère Enflamme l'horizon : fantastique décor !
SYLVANE. 277
Sans un souffle dans l'air le feuillage frissonne Et toute la nature inquiète pressent L'orage qui^ palpite en ce ciel menaçant ; Déjà, clans les vallons ou sur la mer il tonne : Un terrible équinoxe enfantera l'automne ! Des roulements puissants se heurtent dans la nuit Et, de sillons croisés se traçant une voie, Le feu du ciel rayonne, illumine, foudroie!...
Que pense l'homme ainsi tiré de son repos?...
Ces bouleversements dans la nuit flamboyante ,
Ces fracas d'éléments : les vents, le feu, les flots.
Ne remplissent-ils pas son âme d'épouvante ?
Là, verra-t-il toujours les efl'ets du hasard ;
Ou terrassé, confus, tremble-t-il à l'écart !
Oui, ses yeux dessillés retrouvent la lumière
Qui jusqu'à lui ramène un souvenir béni;
Et sa lèvre pâlie essaie une prière
Quand son être éperdu plonge dans l'hifîni :
« Me voici devant vous comme la feuille morte
Que l'ouragan détache et vers l'abime emporte . . .
Mais il ne tombera pas uu de mes cheveux
Que — vous l'avez promis ! — vous n'ayez dit : Je veux. )>
La tourmente s'apaise ; une indécise aurore
Vient annoncer le jour et de rose colore.
Ainsi que l'espérance, au loin , les sommets clairs.
Sur l'azur languissant pend encore un nuage
Frangé de lambeaux gris lacérés avec rage ;
Des oiseaux rassurés s'appellent par les airs.
Sur les bois de sapins passe un parfum de sève ;
S'il est troublé là-bas, ici le ciel est ])leu ;
L'homme s'est rendormi, quand tout s'éveille... il révo
Qu'un moment, dans la foudre, il a vu passer Dieu !