L'ADIEU DE LA NOURRICE
(hallade)
yoici l'heure ! — Au seuil de ma porte S'arrête l'âne du meunier ; A ta mère, dans son panier, Pauvre ange, il faut qu'on te rapporte, Hélas I tes frères affligés, Autour de ton berceau rangés, Pleurent et ne peuvent comprendre Pourquoi celle qui m'a donné Son petit enfant nouveau-né.
Veut aujourd'hui me le reprendre.
Va, cependant, va, mon chéri, Puisque ta mère te réclame ; Va réjouir une autre femme Dont le sein ne t'a point nourri.
Devant le fagot de bruyère Où je réchauffais tes pieds nus.
Avec toi, je ne viendrai plus M'asseoir au foyer sur la pierre.
ïa mère prendra soin de toi ; Mais saura-t-elle comme moi D'eau bénite asperger tes langes, Et renouveler chaque soir Le petit morceau de pain noir Qui préserve des mauvais anges?
Va, cependant, va, mon chéri, Puisque ta mère te réclame ; Va réjouir une autre femme Dont le sein ne t'a point nourri.
1 9 Wu
PB Tiercelin, Louis
T5 temporain