‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 97 sur 217 · EN MAI · texte numérisé non relu

EN MAI

DES cloches ont tinté dans le calme du soir... 0 mon pays, pays d'Arvor, si doux à voir, Terre en qui Ton sent vivre une âme presque humaine, Quel est ce souvenir qui vers toi me ramène? On dirait qu'un ami me conduit par la main, Et je vais!... Des ajoncs verdissent le chemin; L'air s'emplit de l'odeur des aubépines blanches; Les larmes de la nuit tremblent au bout des branches ; C'est signe que Ton pense à moi, des pleurs aux yeux, Et d'être ainsi pleuré mon exil est joyeux...

Chez nous, le mois de mai c'est le mois de Marie.

La cloche tinte!... On aime, ailleurs; chez nous, on prie.

Les autels sont parés : à erenoux, paysans!

Et, dans l'ég-lise en fleurs monte un parfum d'encens.

Des papillons d'été volent autour des cierges.

Comme les chants sont beaux sur la lèvre des vierges!

Elles disent : « Salut, Etoile de la Mer! »

Et les pêcheurs, tannés par l'àpre vent d'hiver,

Tout iiissoimaiits eiicor des longues nuits dislande,

S'inclinent à côté des pâtres de la lande,

Qui, le rosaire aux doigts et le front sur l'épieu,

Dans leur silence grave ont l'air d'écouter Dieu.

0 laboureurs de flots, ô laboureurs de terre,

Ce Dieu qui parle en vous, c'est l'âme héréditaire.

Dont le souffle tenace et le frisson vainqueur

Du cœur des Celtes morts vous passe dans le cœur.

Et, tandis qu'en son vol le virginal cantique

Emporte vos Ave vers la Stella mystique,

Une autre étoile en vous scintille, et sa clarté

Fait de votre âme douce un firmament d'été :

Lampe de l'Idéal, pâle et triste lumière,

Que notre vieille race alluma la première,

Qu'elle abrita, tremblante encore, de sa main.

Et suspendit dans Tombre au fond du cœur humain !

Pauvre étoile ! On prétend qu'en ces jours où nous sommes

Elle va s 'éteignant chez la plupart des hommes.

Lne bouche mauvaise a sur elle soufflé.

La lampe d'or n'est plus qu'un vieux vase fêlé.

D'où l'huile sainte filtre et fuit et s'épand toute !

Ah! vous, du moins, gardez qu'il n'en tombe une g"Outte,

Entretenez la flamme avec un soin jaloux;

L'heure est proche où la terre aura besoin de vous.

Veillez que toujours brille et jamais ne se voile

L'astre aimé des aïeux, la triste et pâle étoile!

Afin qu'au jour venu, quand ils auront compris

Qu'un monde sans chimère est un monde sans prix,

Ceux qui, pour rebâtir plus robuste et meilleure

La Vie, en ont chassé le Rêve comme un leurre,

Viennent, désabusés, rallumer à tâtons

Le divin flambeau d'âme au foyer des Bretons!

Page 1