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Le Parnasse burlesque

J'irais au-delà de ma pensée si je disais que j'éprouve pour le Parnasse burlesque ce sentiment d'admiration que tout éditeur finit par se donner pour l'œuvre qu'il publie, à force d'y chercher des beautés, hélas! trop souvent absentes. Le principal mérite, sinon le seul, que l'on puisse reconnaître à cette plaquette, c'est son extrême rareté, mais cela suffit bien à combler d'aise le cœur d'un bibliophile.

Le Parnasse burlesque n'a pas en effet été connu d'E. Frère, l'érudit auteur du Manuel du Bibliographe normand; il n'existe dans aucun des grands dépôts de Paris. A ma connaissance, il ne se trouverait qu'au Bristish Muséum, dans un volume factice qui contient plusieurs des suites données à la Muse normande. Ce curieux volume est inscrit sous la cote — ^.q

Cette plaquette n'est pas datée. Dans l'introduction à l'édition que j'ai publiée de la Muse normande de David Ferrand (t. I, p. LXIJ, dans l'Avant- Propos (p. 3J, et dans une note fp. 37oJ du tome IV de ce même ouvrage, je l'ai attribuée à l'année 1664; c'est 4665 qu'il fallait dire. Si la

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première date peut être admise d'après le Sonnet sur la victoire du Chevalier de Lorraine sur un officier turc le 27 de juillet 1664, la dernière est rendue plus probable par les Vers sur une Cornette qm se voit à présent sur nostre Orizon. C'est en effet au mois de décembre 1664 que cet astre est signalé dans une lettre de M'^« de Sémgné. Au milieu des préoccupations que lui cause le procès de Fouquet, la célèbre marquise écrit à M. de Pomponne, le 47 décembre : a II y a une comète qui paroit depuis quatre jours : au commencement, elle n'a été annoncée que par des femmes, on s'en est moqué ; mais à présent tout le monde l'a vue. » Faut-il attribuer la découverte à Philaminte ou Bélise, qui non contentes d'avoir vu clairement des hommes dans la lune, ou, tout au moins, des clochers tout comme je vous vois, auraient braqué sur l'astre vagabond

Cette longue lunette à faire peur aux gens

qui gênait si fort le bonhomme Chrysale ?

C'est seulement le 13 janvier 1665 que le gazetier Loret en parle en ces termes :

J' aurais parlé de la Comète, Dont très-bien le monde caqueté, Mais n'étant (encore qu'Auteur) Ny Philozofe, ny Docteur, Ny sçavant dans l'Astrologie Pour traiter avec énergie, Au gré des Lecteurs curieux, D'un Chapitre si sérieux :

D'ailleurs, sentant bien que ma veine

Ne coule, à prézent qu'avec jieine,

Je n'ay pas voulu hazarder

D'en écrire, ou d'en clabauder.

Que cecy serve de réponce

A ceux qui m'en ont fait semonce;

Ayant d'intervales meilleurs.

Possible parleray-je ailleurs

De ce caprice de Nature,

Mais ce jour trêve d'écriture.

C'est donc, selon toute vraisemblance, dès les commencements de l'année 1665, au plus tôt, que le Parnasse burlesque fut publié, après les Derniers soupirs de la Muse normande qui datent de 4664, et avant la Première partie du restablissement de la Muse normande qui appartient à l'année 1669.

Ce n'est pas sans raison que j'intercale ainsi cette plaquette. Elle présente de frappantes analogies avec les suites de la Muse normande. On y trouve des pièces écrites en langue purinique ou gros normand (1), mêlées à des poésies composées dans ce style burlesque que Scarron et d'Assoucy avaient mis à la mode et dont le goût s'était répandu de Paris dans les provinces. Or, le même mélange se rencontre dans les suites de la Muse normande, à cette différence près que les pièces puriniques y sont plus nombreuses que

(1) Ces deux pièces, la ballade Frère Gervais. . . et le sonnet Colas ayant plaqué . . . , ont été publiées déjà dans l'appendice du t. IV de la Muse normande, p. 288-289.

les pièces burlesques. Il y a encore ce trait de ressemblance que deux pièces du Parnasse burlesque ont été composées, comme quelques chants royaux de la Muse, en l'honneur de la Vierge : la Ballade sur l'Immaculée Conception et le Sonnet sur la victoire du Chevalier de Lorraine; elles furent sans doute lues au concours du Puy des Palinods de

Le succès de la Muse normande avait, naturellement, provoqué bien des imitations. Le libraire Jean Osmont voulut exploiter une veine féconde, comme le fit plus tard Laurent Machuel, comme le firent pe%t-ètre encore d'autres éditeurs dont nous ignorons les noms parce que leurs publications ont disparu. Car ces minces livrets devaient avoir moins de durée que les robustes in-folios. Salis, froissés, usés par les mains populaires, auxquelles surtout ils étaient destinés, négligés en raison de leur minime valeur, ils ne tardèrent pas à disparaître, et de leur naufrage il ne reste qu'un petit nombre d'épaves que recueillent pieusement les bibliophiles et que les curieux s'attachent à reproduire. A quoi bon, dira-t-on peut-être, puisque dans ces débris il est rare de rencontrer une œuvre ayant quelque valeur littéraire ?

Reconnaissons, cependant, qu'ils peuvent fournir d'utiles renseignements sur la langue, les mœurs et les coutumes, quelques faits oubliés par les graves annalistes; ils font en outre connaître le goût, l'état d'âme, à un moment donné, sinon d'une. génération tout entière, du moins d'une classe

intéressante de la population. A cet égard, rien n'eM négligeable.

Mais quel est l'auteur des pièces comprises dans le Parnasse burlesque? /^ crois qu'on tenterait en vain de décou- Tirir son vrai noin, et, d'ailleurs, à l'ignorer, l'histoire littéraire de notre ville perdra peu de chose. Disons, toutefois, pour ne pas lui refuser tout, que les deux pièces consacrées à la Vierge valent mieux, par leur tour facile, qu'un grand nombre de poésies semblables qui nous ont été conservées, et que, le genre burlesque une fois admis, il y a quelque verve dans la pièce A ma Chatte.

Mais quelle distance entre notre anonyme et Joachim du Bellay qui nous a fait cette gracieuse, quoique un peu mignarde peinture dans TEpitaphe d'un petit chat ;

• La teste à la taille pareille, Le col grasset, courte l'oreille, Et dessous un nez ebenin Un petit mufle lyonnin, Autour duquel estoil plantée Une barbeletle argentée Armant d'un petit poil follet Son musequin damoiselet.

Le lecteur délicat regrettera sans doute de trouver dans le Parnasse burlesque quelques mots un peu hardis sans aller toutefois aux extrêmes. Hélas ! le genre le voulait ainsi; voyez plutôt Scarron et ses émules. Il est malaisé de s'arrêter sur la pente glissante, et, au lieu de condam-

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