MA CHATTE
MAdame receuez pour gage Ces vers d'vn éternel hommage, Ces vers remplis de mots plaifans, Qjui ne feront pas defplaifans :
Car eflant d'vne illuflre race, l'aurais ma foy mauuaife grâce.
De les faire, maiflre Minon, Imprimer fous vn autre nom.
Antiquité de fa race.
Voflre ayeule eftoit chez Anchife, Qjui la portoit fous fa chemife, Q,uand fur fon cou, fon fils le mit, Fuyant de Troye dans la nuit.
OEnée ayant l'ame Royale, D'vne façon tres-liberale.
Offrit cette befle en pur don A la belle Reyne Didon :
Didon après, Dame galante,
Enuoye au marché fa feruante Auec Cafcaret fon Laquais, Pour acheter au chat du fais, Vne mulette & du gras double.
Tirant de fa pochette vn double :
Difant qu'il falloit efpargner L'or & l'argent pour bien régner :
Quand elle fut apriuoifee, Trois iours après fon arriuée, DelTus fa Juppé elle chatonna, Dont tout le monde s'eftonna :
Elle en eut cinq d'vne ventrée :
Dont l'vne encor fuiuit Œnée Dans vne gribanne fur mer, QjLii me la fit bien eftimer :
Mille ans après de mère en fille Elle engendra bien neuf cens mille, lufqu'au temps du Roy Guillemot, Dont les autheurs n'en difent mot :
Mais régnant le Roy Charlemagne, Vne le fuiuit en Efpagne :
Qui toft après par Perpignan, Vint loger droit à Lufignan Dans le Palais de Merlufine Qui ne luy fit pas laide mine.
Si nous voulons croire en Latin Le dode Archeuefque Turpin,
Comme vn Autheur tres-veritable dui n'efcriuit iamais de fable.