UN DISCIPLE DE MALTHUS
Je cherche un petit bois touffu Que vous portez, Aminthe,
Qui couvre, s'il n'est pas tondu, Un gentil labyrinthe.
Tous les mois on voit quelques fleurs
Colorer le rivage ; Laissez-moi verser quelques pleurs
Dans ce joli bocao:e.
Allez, monsieur, porter vos pleurs
Sur un autre rivage.
Vous pourriez bien gâter les fleurs
De mon joli bocage.
Car. si vous pleurez tout de bon,
Des pleurs comme les vôtres Pourraient, dans une autre saison,
M'en faire verser d'autres.
Quoi ! vous craignez l'événement
De l'amoureux mj^slère ?
Vous ne savez donc pas comment
On agit à Cythère?
L'amant, modérant sa raison, Dans celte aimable guerre, Sait bien arroser la gazon
Sans imbiber la terre.
Je voudrais bien, mon cher amant,
Hasarder pour vous plaire; Mais, dans ce fortuné moment,
On ne se connaît guère ; L'amour maîtrisant vos désirs,
V^ous ne seriez plus maître De retrancher de vos plaisirs
Ce qui vous donna l'être.
V^OLTAIRE.