LA FEMME DE CLAUDE
Quand de Claude assoupi la nuit ferme les yeux, D'un obscur vêtement sa femme enveloppée. Seule avec une esclave, et dans l'ombre échappée. Préfère à ce palais tout plein de ses aïeux Des plus viles Phrynés le repaire odieux. Pour y mieux avilir le sang qu'elle profane, Elle emprunte à dessein un nom de courtisane : Son nom est l.ycisca. Ces exécrables murs, La lampe suspendue à leurs dômes obscurs, Des plus affreux plaisirs la trace encore récente, Rien ne peut réprimer l'ardeur qui la tourmente : Un lit dur et grossier charme plus ses regards Que l'oreiller de pourpre où dorment les Césars, Tous ceux que dans cet antre appelle la nuit sombre, Son regard les invite et n'en craint pas le nombre. Son sein nu, haletant, qu'attache un réseau d'or, Les défie et triomphe et les défie encor. C'est là que, dévouée à d'infâmes caresses, Des muletiers de Rome épuisant les tendresses, Noble Britannicus, sur un lit effronté.
Elle étale à leurs yeux les flancs qui t'ont porté .' L'auroi'e enfin paraît, et sa main adultère Des faveurs de la nuit réclame le salaire.
Elle quitte à regret ces immondes parvis ; Ses sens sont fatigués, mais non pas assouvis. Elle rentre au palais, hideuse, échevelée : Elle relitre ; et l'odeur autour d'elle exhalée Va, sous le dais sacré du lit des empereurs, Révéler de sa nuit les lubriques fureurs.
JuvÉXAL [trad. de Fontanes).