L'INCONVÉNIENT D ÊTRE BORGNE
Dans sa chambre Dorine était avec Léandre, Quand son mari, qu'elle croyait bien loin, A la porte se fit entendre.
L'amant n'eut que le temps de se mettre en un coin Où l'on pouvait aisément le surprendre.
Quel incident! quel embarras 1 Dorine habilement se tira de ce pas.
Par je ne sais quelle aventure,
Son cher époux ne vo3'ait que d'un œil. Avec lous les dehors d'une tendresse pure
La perfide lui fît accueil.
V'- Vous voilà, mon ami, mon Dieu, que je suis aise De vous revoir déjà! je dormais sur ma chaise : Vous m'avez éveillée en montant l'escalier. Ah ! que je viens de faire un rêve singulier ' J"en ai l'àme encor tout émue :
Je rêvais que de ce coté Vous aviez recouvré la vue :
Que j'éprouve à l'instant si c'est la vérité ! »
Aussitôt, i'adroite Dorine Ombrage de sa main le bon œil du mari ^ Et faisant signe au favori De dénicher à la sourdine, Elle demande à ce crédale époux :
a Eh bien ! Damis, que voyez-vous?...
— Rien. — Tout de bon? — Non, rien; quelle
[folie Non, je ne fas jamais plus borgne de ma vie ! — Ah 1 dit-elle, affectant une vive douleur, Pourquoi faut-il qu'un songe si flatteur A mon esprit n'ait offert qu'une fable? Hélas! au gré de mon amour, Damis, puissé-je voir un jour Vos yeux l'un à l'autre semblable 1 »
Harduin.