PAR UN ÉCHAUDÉ
Dès le matin, au jour levant, On sonne à votre appartement :
C'est votre doucheur vigilant Qui vous aborde en souriant, Et d'un drap mouillé, fraîchement, Vous couvre le corps promptement, Puis vous frictionne rudement, Sans trop vous écorch'^r pourtant; Vous vous recouchez grelotant, Et vous dormez à Tavenant.
Le lendemain, c'est différent, Autre exercice intéressant :
Dans un maillot, comme un enfant, On vous enferme artistement, De façon à rendre impuissant
Toute espèce de mouvement. Du matelas le plus pesant, On vous couvre encor prudemment.
Ainsi logé commodément.
Vous restez ordinairement Trois à quatre heures seulement.
La chaleur, bientôt agissant Et vers la tète s'élevant, Trouble le cerveau tellement, Qu'on pense littéralement Toucher à son dernier moment.
Chacun en soi-même rentrant S'interroge timidement :
Celui-ci fait son testament ; Celui-là, fidèle croyant, S'adresse aux saints dévotement ; Un autre, pécheur moins fervent.
Exhale son ressentiment.
Mais l'heure arrive cependant
Qui met fin à l'amusement;
Tiré de Tétui haletant,
Cuit à point, et bien ruisselant,
Dans Teau glacée, au même instant,
On vous enfonce brusquement.
La piscine, au sein complaisant,
Qui reçoit indiscrètement
Plus d'un visage différent,
Vous procure encor l'agrément
Que le nez aspire en plongeant Le parfum du préoccupant.
Sorti de l'eau rapidement, On vous frotte gaillardement.
Vous vous habillez lestement Pour réactionner vivement.
Chacun au jardin va courant Avec ardeur gesticulant, Pour voisin vous donne souvent Le bavard le plus assommant Ou l'enfant le plus turbulent.
A table, on sert discrètement, Pour -vous soutenir seulement, Mais ce n'est pas, assurément, Par calcul ou ménagement, C'est histoire de règlement ; Car on peut boire atout moment, Et sans payer de supplément, De l'eau pure à contentement, On s'imaginerait vraiment Des aliénés gambadant Loin des regards du surveillant.
]\Iais, du repas, l'heure sonnant, La salle ouvre un double battant, Chacun prend sa place et son rang Comme on fait dans un régiment.
Et le hasard intelligent Depuis l'heureux avènement De ce joli rêve allemand, Qu'on prend au sérieux bêtement.
De la fin au commencement C'est tout aussi divertissant.
Les bains froids à triple courant, Douche à tuer un éléphant, Le maillot qui vous cuit le sang, La friction au premier rang, Car, on peut le dire en passant, On est prodigieusement Frotté dans l'établissement.
Pour tout malade se soignant Hydrothérapeutiquement Voici quel est le dénoùment :
Après deux mois de traitement, D'ennuis, d'angoisse et de tourment Quinze cents francs payés comptant.
On s'en retourne constamment Plus malade qu'auparavant.
(Anecdotes médicales).