L'AIR NATAL
Un de nos amis qui veut garder l'anonyme
nous adresse pour le Parnasse médical^ cett consultation pour un jeune Phocéen :
Je veux vous conter une histoire
Qu'on me conta ces jours passés •
Libre à vous de ne pas la croire,
Mais elle est drôle, c'est assez.
Un Marseillais, un pur, un de la Cannebiqre,
Faisant le commerce à Paris,
Y demeurait avec son fils, Jeune homme de quinze ans, aussi laid que son
[père.
Le pauvre enfant dépérissait !
Ce n'était pas excès d'étude, C'était un maître cancre et pourtant il n'avait
Aucune mauvaise habitude,
Car il n'aimait ni les boissons
Ni les filles ni les garçons ;
Mais il dépérissait.
Sa mère, fort inquiète,
Fit venir tous les médecins.
L'un prescrivit le fer, l'autre ordonna la diète, Celui-ci la rhubarbe et celui-là les bains ; On lui mit des moxas, un séton, un cautère,
Il s'en allait toujours en terre, Rien n'y faisait.
Enfin OD entendit parler D'un tout jeune homme de Marseille,
Docteur-expert de Montpellier,
Qui dans son art faisait merveille ; On rappelle.
Il arrive et trouve le moutard
De plus en plus mal à son aise,
Rendant son âme marseillaise.
« On me fait venir un peu tard 1 »
Dit-il, en prenant une chaise.
Il regarde l'enfant, il lui tâte le pouls, Et la mère disait : « Oh ! Monsieur, voyez-vous ? Je n'y survivrai pas s'il faut que je le perde 1 »
Après quelques instants de méditation.
Notre Esculape lui répond :
« Enfermez-moi ce bougre avec six pots de m,..,
ce C'est là votre dernier espoir, « Et dans trois jours d'ici je retiendrai le voir. »
Le père regarde la mère,
La mère regarde le père.
On était en juillet.
On fait ce qu'il prescrit.
Le malade avait de l'appétit.
< Otez deux pots, dit-il, et donnez un potage ! »
La joie entre dans le ménage.
Trois jours après, l'enfant est un peu plus dispos, s Ça va de mieux en mieux ; ôtez encore deux pots,
Mais calfeutrez bien la fenêtre ! »
Enfin, après trois jours, on le voit reparaître.
L'enfant était tout rose et le printemps
N'a pas de tons plus éclatants; Mais la chambre infectait à vous donner la peste, tt Votre enfant est sauvé, qu'on emporte le reste » Lors, la mère lui dit : — Quel était donc son mal ? — Il avait simplement besoin de l'air natal !