‹ Le parnasse hippocratiqueChapitre 9 sur 149 · LA MORSURE · texte numérisé non relu

LA MORSURE

Gros-René requérait Collette Du jeu d'amour, et Collette craignait...

Quoi donc?... qu'un transport indiscret

Ne lui fît mal, et la fillette

Pas n'avait tort, car elle avait Encor sa fleur : or, cueillez une rose,

Vous faites souffrir le rosier.

Il n'en dit mot, car point ne peut crier ;

Mais jeune vierge est autre chose.

A l'instant qu'on cueille sa fîeur, ^ue le dieu des jardins va boire à la fontaine.

Elle ressent de la douleur :

Il n'est point de plaisir sans peine.

]5hacun sait que ce dieu qui préside au jardin Aime beaucoup cette grotte magique.

Ce doux réduit; mais si, dans son chemin,

Il trouve un autre dieu que l'on appelle Hymen,

Il montre une humeur colérique; Car ce dernier, sur son urne placé, Dieu de ce fleuve, et nouvel argonaute, Défend ses droits, et ce n'est pas sa faute

Si dans la rixe il est blessé, Partant vaincu ; car l'autre aime à se battre ;

Et comme il est un peu brutal, Du premier coup il le pourfend en quatre : Et la pauvrette en souffre. C'est ce mal

Que craignait la jeune Collette :

Mais Gros-René, la rassurant un peu Sur ses frayeurs : « Eh bien ! dit la fillette,

J^j consens ; mais si dans ce jeu,

Comme je le crains, tu me blesse, Je te mordrai. — Soit. » Et de sa tendresse

Il commence à prendre le prix, Puis fait offrande à l'autel de C3'pris, Mais, doucement, crainte de la morsure.

Si qu'il sut mettre à sa fin l'aventure Sans coup de dent. Lors, d'un air amical,

Gros-René regardant la belle.

Lui dit : « Eh bien ! t'ai-je fait mal ?

— Et moi, t'ai-je mordu? » dit-elle.

MONORCHYDIE.

Deux récollets, dont l'un à gorge noire, Et frère Oignon, la fleur des cordeliers,

S'entretenaient un beau jour, après boire, De leurs exploits, de leurs travaux guerriers. Et du vicaire et des deux marguilliers. « Deux marguilliers ! par saint Bonaventure î

Disait père Ange à frère Oignon,

Tout à l'heure je fais gageure,

Qu'entre nous deux, mon compagnon.

Nous en avons cinq. — Comment, diable!

Cinq marguilliers ! la chose est incroyable..,

— Oh ! je gage.., — Ne gage pas,

Disait frère Etienne tout bas.

— Que je ne gage pas ! reprit tout haut père Ange, Que je ne gage pas ! le conseil est étrange !

Quand de mon fait je suis certain...

Eh bien, gageons, lui dit le franciscain. Qui se doutait, à l'air troublé du frère, Que là-dessous était quelque mystère.

— Tope, allons, soit. Six bouteilles de vin.

— Ne gage pas, répète frère Etienne.

— Va-t'en au diable avecque ton antienne.

Dit le gageur Avec humeur.

As-tu peur de rester avec ta courte honte ? Tiens, maraud, pour ma part, j'en ai trois de bon

[compte.

Et n'engage, ici, rien du tien...

— Cela se peut, mon très révérend père ! Répondit humblement le frère :

Mais, moi, je n'en ai qu'un. — Ah ! chien ! Que la peste t'étouffe, avorton de nature,

Est-il permis de perdre une gageure] Quand on y met autant du sien ! »

\VlLLEMAIN d'ABANCOURI

LE VAGINISME.

Lucas épousait Fanchonnette.

Neufs tous les deux au doux jeu d'amourette,

Ils s'épousaient pour s'épouser, Ne connaissaient que le prix d'un baiser, Et rien de plus. Au retour de l'église, Dame Catelle, en femme bien apprise, Prend Luc à part, lui donne des avis,

Et voit dans ses yeux ébahis Se peindre le désir ainsi que la surprise. On soupe, on danse, on se couche, et Lucas Ne fait qu'un saut du pavé dans les draps,

Puis sur le sein de Fanchonnette...

Ce fut en vain : le diable assurément

S'en mêla : la jeune fillette Avait encor (chose rare à présent) Certain oiseau qui, dit-on, ne s'envole Que quand il est pourvu d'une queue, et l'oiseau A coup de bec blesse le jouvenceau.

Ce pauvre Luc ! c'est en vain qu'il accole Son épousée, en vain il est en eau.

Il ne peut pas passer la banlieue.

Messire oiseau fait le petit mutin, Messire oiseau ne veut point de sa queue. Messire oiseau mord comme un vrai lutin. « Oh ! qu'est ceci ? dit à part soi le drôle, Le vilain mord ! on ne m'avait instruit Qu'il eût des dents, et si l'on me l'eût dit, One d'un mari je n'eusse fait le rôle. Voyez un peu le vilain comme il mort ! » ela dit, maître Luc se retourne et s'endort. Le lendemain, à madame Catelle Lucas se plaint : « Vous ne m'aviez pas dit Que votre fille eût des dents... — Quoi, dit-elle,

Mon gendre, mais tu perds l'esprit.

N'en as-tu pas aussi, toi ? — Dans la bouche.

— Hé bien ? — Hé bien ! Fanchonnette, elle, en a Ça m'a mordu jusqu'au sang tout par là ;

Aussi, si jamais j'y retouche !

— Vous êtes fou. — Non, parbleu ! le voilà, 'oyez si j'ai menti. — Benêt, reprit Cateile,

C'est un signe qu'elle est pucelle.

Tu te plains d'être trop heureux.

Viens avec moi, dès cet instant je veux

Te faire voir ta balourdise. »

Ils vont au lit, où Fanchon en chemise Dormait encor, ayant passé la nuit

Fort mal, sans doute. « Or çà, sans bruit,

Dit la maman, relève un peu ce voile. » Et Lucas dit, en soulevant la toile :

Après. — Entr'ouvre un peu, bon, regarde dedans.

— Eh bien î voyez, avec votre harangue.

J'ai bien dit qu'il avait des dents, Ne v'Jà-t-il pas déjà la langue ? »

PLA^'CHER DE VaLCOURT.

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