MATHILDE, GUSTAVE
MATHILDE
Co:nment, monsieur! voilà l'accueil que vous me faites, moi qui arrive de Paris pour vous délivrer. GUSTAVE , interdit.
Non... non... ma bonne amie... Vous arrivez à l'instant même... n'est-ce pas?
MATHILDE , lui prenant la main.
Pourquoi donc cette question ?
GUSTAVE, regardant sa main.
Mais pour... Mathilde, où est votre anneau?
MATHILDE
Mon ami... est-ce à vous de me le demander!
GUSTAVE
Comment, madame... il me semble que c'est assez naturel. MATHILDE , tendrement.
Ingrat, puisque je ne le porte pas... vous savez bien qu'il n'y a qu'une personne qui puisse l'avoir. ( le voyant à sa main) cil ! tenez , le voici.
GUSTAVE
Comment, madame... il est donc vrai... c'est vous qui celle
nuit...
MATHILDE
Vous en doutez encore... oui, monsieur, j'étais venue hier au soir, je croyais que vous n'étiez occupé que de voire Matliilde.
GUSTAVE
Ail! je devine tout... (à part) C'est ce petit coquin là... qui sans s'en douter... ah! il a une étoile malheureuse. MATHIDE , m'cc honte.
Ne vous désolez pas, mou ami , je ne vous ferai pas de reproches... je sens trop que voire situation mérite des ménagemeus.
GUSTAVE
Vous êtes trop bonne... mais moi , je ne me le pardonnerai jamais... écoutez, INIathilde , je ne vous deuiauda qu'une chose pour ma punition... c'est de me répéter bien exaciement tout ce que je vous ai dit cette nuit.
MATHILDE , baissant les yeux.
Vous le dire... quand je voudrais l'oublier? GUSTAVE , à part.
Ah! mon dieu !.. (haut) Je crois me souvenir d'abord que vous m'avez repoussé.
MATHILDE
Oh! non... quoique je fusse bien en colère.
Air : // n'est pas temps de nous quitter.
Pour moi j^igez quelle douleur.
Vous voir aimer une autre belle :
Heureusement qu'en votre ardf ur Vous m'êtes demeuré fidèle.
GUSTAVE , à part avec joie.
J'ai été fidèle.
MATH'LDE.
Jamais je ne vous a urais vu ,
Si vous aviez plus loin porté l'audace.
GUSTAVE, transporté.
Ah ! quel bonheur ! ( à part ). j'étais perdu , Si j'avais occupé sa place.
(// se jette aux genoux de Mathilde^ et lui baise la main),. Ma chère Mathilde... vous me pardonnez.
SCÈiNE XV et dernière.
Les Mêmes , LEON.
LÉON
Colonel, qi^and vous voudrez partir... eli! bien... qu'est-c* que vous faites doue? voilà où j'en étais resté.
MATHILDE
Un ofFicîer!
GUSTAVE , sans se déranger.
Mon cher Léon, c'est ma femme que je vous préseule,
LÉON, confondu.
Sa femme... (bas') Ah ! colonel , si je l'avais su. GUSTAVE , se levant^ et lui serrant la main.
C'est bon... c'est bon... {haut) Ma chère amie, c'est mon compagnon d'infortune, un jeune sous-lieuienaut que vou* avez vu deux ou trois fois avant notre mariage.
MATHILDE , saluant.
Oui , dans un bal , je crois.
GUSTAVE , à part.
Elle s'en souvient... (haut) C'est un jeune homme qui promet... mon élève.
LÉON, timidement.
Qui tâchera du moins , colonel , de vous faire honneur.
GUSTAVE , à part.
Me faire honneur... joliment... ça commence bien.
MATHILDE , à Léon.
J'espère que monsieur n'oubliera pas le colonel , et s'il vient jamais à Paris...
GUSTAVE , l'interrompant.
Oui... oui... nous songerons à son avancement , je lui ferai avoir une lieulenance... dans quelque garnison... à Perpignan.
LÉON , soupirant.
A Pei*pignan !.... c'est un peu loin... tuais c'est dgal..,.' ( à demi-voix , à Gustave. ) Colonel , je vous remercie de la leçon.
GUSTAVE
Je crois bien.... c'est moi qui l'ai payëe. VAUDEVILLE.
Air : Vaudeville du Piège.
GUSTAVE , prenant son manuscrit et le déchirant*
Oui, je renonce à mes anciens projets ;
Et vous, si vous voulez m'en croire, Sages époux, jadis mauvais sujets,
N'écrivez jamais votre histoire. ^
A votre Luuneurces feuillets imprudens
Pourraient bien être attentatoires, Si votre femme allait à vos dépens
S'instruire en lisant vos mémoires.
LÉON
Plus d'une femme au printemps de ses jours
Conçut le dessein téméraire De retracer ainsi de ses amours
L'histoire complette et sincère; Mais ces projets trop inconsidérés
Devenaient bientôt illusoires, Presque toujours on trouvait déchirés
Les derniers feuillets des mémoires.
GUSTAVE
Quoique gravés sur l'airain le plus dur ,
Que de noms le temps sut détruire !
Mais nos exploits eut un registre bûr,
Qui des ans peut braver l'empire.
Tous ces pays, ces cités et ces champs.
Illustrés par tant de victoires , .Voilà le livre où, sans craindre le temps.
L'honneur écrivit nos mémoires.
(54) aiATHlLDE , au Public,
Vous devinez, messieurs, en ce moment
Quelle crainte nous inijuièie ; Ce droit fatal , qu'on achète en entrant,
Nous impose à tous une dette.
Sur ce chapitre on pourrait, je le sens.
Signaler des erreurs notoires; Mais siins compter, créanciers indulgens,
Daisuez acauitter nos mémoires.
FIN
LE
PARADIS DE MAHOMET