SCENE VIÎI
JULIENNE , r/u/ SP cache la tête dans ses mairie , M. de PLINVILLE, CÉLIGOUR, en redingote claire, avec une bosse assez saiUnnte sur l^ épaule (jauche.
CÉLICOUR.
Àiîi : Me voilà, quel plaisir. (De la Petite Sœur )
Ciipitlon , Dieu fripon , Me roniluit Va nie ilii ; Une belle Au !<.'in t'appelle; J)épôchi>iis, (julopons,
Et que ton cœur épns
Songe au prix Que l'iiymen t'a jiVDinis.
M. DE PLliVVlLLE.
Satisfait et joysux ,
Je TOUS vois en ces lieux.
CÉLICOUR.
Mon cher oncle JULIENNE, le regardant, et poussant un cri. Ah! grands dieux!
En croirai-je mes yeux?
CÉLICOUR.
Eh bien! qu'est-ce qu'elle a donc, cette petite fille?... et doù vient sou air étouué ?... est-ce qu'elle u'a jamais vu... (le prétendu ? il ine semble cependant qu'ils sont tous iaiti de même...
Cupidon ,
Dieu fripon , etc.
JULiEisNE , à part.
Je n'en reviens pas!... et à moins qu'il ne soit sorcier...
CLLICOUR.
Bonjour donc, luon cher oncle; que je suis content de vous voir, et de me reposer!., voilà-t-il assez long-temps que je roule...
M. DE PLINVILLE.
Ce cher Pichard , le voilà donc!.. ( Le regardant. ) C'est bien lui.
CÉLICOUR.
Oh ! c'est moi... on ne m'a pas volé en route.
JM. DE PLINVILLE.
Eh mais , quand j'y pense ! je ne suis plus étonné de votre arrivée: j'ai reçu, il y a quatre ou cinq jours, une lettre de votre père , qui vous annonçait pour la fin de la semaine; et nous sommes aujourd'hui samedi.
CÉLICOUK.
Gomment!... il vous a dit que j'arriverais samedi? .
M. DE PLINVILLE.
Ah! mon dieu ouij et même je me rappelle en même
iG
temps qu'il me recommandait quelque chose que j'ai to^î^à-fait oiihWé... {cherchant. )Oiiai-ie donc mis cette lettre?
CÉIJCOUR.
Ce n'est pas la peine , cher oncle , cela se retrouvera.
M. DE PLIN VILLE
Non , je l'ai là parmi ces papiers.
JULIENNE;, pendant que PUnville cherche, s approche d€ Cé'icour , et dit à voix basse.
Comment, monsieur, c'est vous?
célicour.
Tu le vois : une nouvelle édition , revue , corrigée ( monîrant sa bosse) et considérablement augmentée.
JULIENNE
Mais qui a pu vous dire?
CÉLICOUR , bas à Julienne,
Parbleu! l'habit du futur que tu m'as fait prendre. . . l'épaule droite matelassée , et la gauche offrant un vide qu'il a fallu remplir... cela sautait aux yeux, et il aurait fallu être aveugle pour ne pas deviner que M. Pichard était.... ( Haut à M. de PUm'ille.) Eh bien, cher oncle, avez-vous trouvé ?
M. DE PLINVILLE.
La voici ( Lisant. ) «Je viens d'écrire de Paris à mon
» fds , pour lui ordonner de m'attendre chez toi , au chapiteau de Plinviile ; et il y sera probablement à la fin de )) la semaine... Je t'annonce en outre, à peu-près po!.r la )) même époque , la vi.^ite de madame de Roselle , une veuve )) charmante, l'amie de la famille. » C'est cela même dont je veux vous parler... Vous connaissez madame UeRoselle?.. CHLicoUR , embarrassé.
Mais... Monsieur...
M. DE PLINVTLLE.
Je n'y pensais plus... c'est juste... vous ne la connaissez pas... son mari l'emmena de si bonne heure dans le fond du Berry... Mais enfin si elle s'arrête ici quelques jours, comme je l'espère, vous eu serez enchanté.
cÉLïcotn. " Ortainfimcnt , mon cher oncle , jo ne rlontc point rjuNlle «e soit fort aimaljlc ; mais je vous as eue que je a'aime point l€S visites , la société.
M. DE FLINVILLE-
Et moi , qui n'ai pas d'autres plaisirs , surtout à la campagne.
CF.LicoLR , à qui Julienne J(iit des signes. Sans tloutf. . je Voulais dire sfulcment qu'on peut se sufllre à soi-même, parce qu'avec de l'esprit et de l'agrément dans la convci'sation , et surtout des talents , parce que, moi , mon père ne m'a jamais gâté, il ne m'a jamais flatté... 11 me disait : « Mon ami, tu es un joli garçon , un » charmant cavalier; mais cela ue suffit pas ; il tant des )^ talents..)) Et oserais-je vous demander quels sont ceux que préfère votre nièce?
M. DE PLIN VILLE
Mais, d'al)ord, le dessin.
CLLICOrR.
Tant mieux : parce que moi j'y excelle. . . j'ai le sentiment du beau... j'aime les belles proportions;, et les belles foruies-
Air : Sur tout ce que je vous dirai.
Le dessin est un art charmant:
Voyez que! bonbeiir en ménage, De son époux , tle son amant Rptra; erla lit:èle iniai^e !
Ku! plus que mui n'est romplaisanî; Et ma t'en nie, aussitôt la noce, Pourra jouir ce l'agrément Ijc dessiner d'après ia bosse.
Ça se trouve à merveille.
M. DE PLi'sviiAX , riant.
Oui , c'est fort heureux... car je doute que ses autres goûts puissent vous convenir., ia danse par exemple...
CLLICOUR .
Comment ! elle aime la danse!. . . c'est charmant : car moi je danse à ravir; j'ai pris des leçons des meilleurs maîtres.,.
on me trouvaille mollet audacieux, et le coup Up "piexï agaçant : eutin , cet hiver, dans preMjue tous iea baJSj j ai été remarqué.
M. DK PLINVILLE.
Je le crois bien.. .
CKLiroUK.
C'est qu en général j'excelle dans tous les exercices qui demandent de l'agilité , de la souplesse, de T. . . . et votre aimable nièce, où esl-elle? car je ne l'aperçois point.
U. DE PLINVILLE.
Mais , elle est dans le jardin , je le supjoose. . . je vais vous y conduire, et en parcourant toutes les allées, il est imposible que nous ne la rencontrions pas.
cÉLicouH , à part.
Cela n'en finirait plus!... {Haut.) Je vous avoue que je n'aime point avoir un jardin allée par allée, ou ne peut pas juger... ce que je préfère , c'est l'ensemble.
M. DE PLlïNVILLE, UVCC Joic.
Et vous avez bien raison... vous êLes donc amateur..
CÉLICOUR.
Amateur... très-fort, très-fort ; j'aime beaucoup les pai'cs^ et les jardins... mais pas eu détail.
m. DE TLINVILLE.
Eli bien, vous allez être satisfait : Julienne, donne-moi sur mon bureau le plan de ma propriété. cÉLicouB, à part, pendant cpie P Li avilie arrancje le plan sur la table.
C'est fait de moi : il est dit que je ne pourrai jamais la voir... {Haut, rejardant le plan.) Dieux !... quel plan de campagne !... que c'est beau !... comme en voilà...
M. DE PLINVILLE, ttiCC Jole»
Mais oui... cent soixante arpens.
CÉLICOUB.
Cent soixante arpens!.. quel agrément de parcourir cela sur le papier 1... qu'est-ce que c'est que cette grande place \erle?...
5T. DE VLINVILin:.
flomment! VOUS ne devinez pas?...
CLLICOUR.
Si vr.Timent... c'nst la pièce d'eau!... c'est charmant. ... parce «jiie moi , j'aime ha ant tout les pièces d'eau... il n y apoint de salut saas cela.
M. DE PiiNviu.E, d'un air piqué.
.Te suis désespéré de n'avoirpas su votre goût ; car malheureusement ]e 11 en ai pas.
CLLICOUR.
C'est-à-dire, vous n'en avez pas, parce que vous ne levoulez jias; ... car sans cela...
M. DE PLINVII.l.E.
Dutout .monsieur , si vous aviez pris la peine d'examiner, TOUS auriez vu que je n'avais pas de place. cÉlicour.
Pas de place, avec cent soixante arpens?... je vais vous- ♦"n trouver une... qu'est-ce que c'est que ce petit rondrïà?
M. DE PLINVILLE.-
Gest une inontagne..
gélicoup. .
Eh hien ! justement une montagne... Qu'est-ce que vous a^ez hesoin de cela?... il yen a partout., ôtez-moi la nionr tagne, et mettez-moi là un petit lac.
M. DE PLIN VILLE
L'n lac ! y pensez-vous?
CÉLICOUB.
Parhleu... un lac... un lac... je n'entends pas le lac dé' Gt'^èie.. mais un jietit lac de société- Aï. DE PLIN VILLE..
Et pour l'emplir?
CELICOUR.
Vous mettez d'abord un bateau, ça tient de la place....
M. DE PLIXVILLE.
Et pour s'y promener?
cémcour.
Vous vous promenez los jours de pluie.,. A la campagn?, on a de l'raa les jours clorayc... c'est toujours connue cela. ( Rcijurdunt à <jauchc. ) Ali \ mon dieu \
M. DE PllNVILLE,
Eli bien ! qu'avez-vous donc?
CLLlCOUn.
Ixien... c'est que j'ai cru voir à travers les massifs.., ( A part. ) C'est elle , c'est Aglaé.
M DE PLIKVILLE,
Oui, à travers les massifs, j'ai ménagé des échappées, voyez-vous , par-là à droite.
CÉMCOUR , ^6' retournanl du coté d\4(jlaê.
IVon... non , il me semble que de ce côté, ta 7ue est, pb'S belle... ( A port. ) 11 faut que je la voie, que je lui parle , que je connaisse mon sort.
il. DE PLINVILLE, sni'.'u/it toujourf sur le plan. Air : Le brujuet frappe la pierre.
Suivez la première enceinta :
X/C labyrinthe est auprès.
CÉLICOUR , à part.
Non je ne pourrai jiimais Sortir fie ce abyrintlie ,
{Regardan: à tranche. ) Et cepeinlant je Toiulrais...
M. DE PLIN^'ILLE , Iv retenant.
Là sont mes bosquets anglais, ]\i.oi-iiiêiiie je m'y péril rais I ■C'est une uouN ("lie moile...
Par tl«»s efiets tle terreiu Vous tlis),iiraisse7, soutlain.
CÉLICOU R , à part.
Cest quelquefois très-commode :
Je n'y tiens plus et je vais Prentlre !es bosquets anglais.
(// <.'' enfuit, et laisse PUrn'iUc qui co/itinuc. J'rnd.int toute cette sccne Julien (ic 11 tnujuurs fait des signes à Célicour, ci dans ce moment elle cher.hc à la retenir )
JULIENNE
Allons, le voilà parti... Il ne peut pas rester en place.
M. PE ri.iTivir.i.r , croyant toujours que Crlicour est là ; et coiuiniia/it. à lui expliquer sur le plan. Votis comprenez , n'est-ce pas ?.. Ici vous vous troiivrz tlans la grande prairie; et là, à gauche... vous suivez toujours... n'est-il pas vrai ? ( Eti ce moment il saisit lu main de Julienne qui se troui-e auprès de lin. ) Eh l)len , f.M est-il donc?.. Qu'est-il devenu ? Pidiard... Pichardl.- Et toi qui es restée là , réponds-moi ; par où a-l-il passé.
Moi ! Monsieur, je n'en sais rien... je ne l'ai pas appcrru.
M. DE PI.INVILl.t.
Allons , il aura disparu comme une ombre... il me semble cependant qu'il est assez visible... et moi qui croyais trouver en lui, un homme sage, posé... Quelle légèreté ? quelle étourderie l 11 n'a rien de son état... et il u était pas plus fait pour être bossu...
ji i.iEKXE , à part.
Dam" ! quand on commence !
ÎI. DE PLIN VILLE
C'est tout-à-fait xm petit-maître, un petit-maîlre dif- forme. Son père, qui m'écrivait que cela ne paraissait presque pas... jusqu'à présent je n'ai vu que cela de saillant dans sa pei'soiuie. Julienne , va dire à ma nièce de venir jne parler à l'instant même.
JULIENNE
Oui , MoiLsieur, j'y cours. (-</ part. ) Il est sûr ( montra nt son èj.aiile ) qu'il l'a l'alte trop grosse... faut que je lui dise de la diminuer.