L. VIVES, LIBRAIRE-ÉDITEUR
rue Cassette, 23
Ecrites pour répondre à une agression injuste , elles ne sont recueillies que parce que l'agression -elle-même Ta été.
Nos amis nous demandent, et nous leur devons plus encore qu'à nous-mêmes celte justification d'une œuvre qu'ils ont si longtemps et si persévéramment encouragée.
« Vos adversaires, nous écrit un prê- » tre éminent, ont-ils bien compris la » portée de leurs accusations contre » vous? J'en doute, car elle aurait dû » les faire hésiter. S'ils ont raison, il faut » admettre que depuis huit ou dix ans, » l'Univers a eu le secret de fasciner une » portion considérable du clergé, à tous » les degrés de la hiérarchie, au point de » lui faire croire qu'elle soutenait unor- » gane de la publicité dévoué à l'Eglise, » intelligent autant que gelé pour la sainte
» cause qu'il avait embrassée ; tandis » qu'en réalité , par son emportement » et son ignorance , cet organe aurait » été plus nuisible à la cause qu'il » prétendait défendre que ses ennemis » les plus acharnés, le Siècle, par exem- » pie, dont il se trouvait l'auxiliaire sans » le savoir. Les évoques et les prêtres qui » vous Usent ne s'en doutaient pas, jus- » qu'à ce que ces Messieurs soient venus » leur révéler ce mystère effrayant. Ils » avaient des yeux pour ne point voir !
» Une pareille conséquence outre passe » l'absurde. S'il y a des aveugles en tout » ceci, ils ne sont certes pas dans les » rangs de vos lecteurs. Pour eux, vous » êtes les défenseurs sincères et dévoués » de l'Eglise et des doctrines romaines.
» Si vous n'êtes pas infaillibles et im- » peceables, ils ne vous en font pas un
» crime : ils sont convaincus de voire en- » tière bonne foi et de voire désintéres- » sèment. — Faites, je vous en prie, ti- » rei- à part voire réponse à M. de Fal- » loux. Tous vos amis vous en sauront » gré. Ils aimeront à vous relire, et dans » le journal c'est difficile. Il faut d'ail— » leurs qu'on puisse vous mettre sur le * rayon de la bibliothèque h côté de vo- » tre adversaire. L'impartialité viendra » avec le temps, et Ton rendra justice à » Y Univers. » •
Nous n'aurions qu'à publier une faible partie des lettres que nous avons reçues depuis le commencement de cette polémique, pour composer une réfutation complète et solide de tous les griefs qui nous sont imputés. Ce sont nos plus^ anciens lecteurs, qui viennent ainsi spontanément prendre notre défense déVant
nous-mêmes , comme s'ils craignaient que la passion qui nous poursuit triomphât non pas de leur raison, mais de noire courage. La plupart de ces amis si honorables nous sont personnellement inconnus. Qu'ils trouvent ici l'expression de notre reconnaissance. Nous ne saurions assez dire quelle force leurs vives sympathies nous communiquent pour soutenir une lutte dont ils devinent les amertumes, mais dont ils ne connaissent pas également les consolations. On en jugera en lisant une seule de ces lettrés, aussi remarquable par le fonds que par la forme.
« Bordeaux, 16 juillet.
» Les sympathies d'un inconnu vous * importent peu, et grâce à Dieu vous
» ne les allendez pas pour remplir voire » rude tâche; mais vous ne pouvez Irou- » ver mauvais que je soulage mon cœur.
» Merci donc. Rien ne rafraîchit et ne » réconforte l'âme au milieu des déiail- » lances de l'époque, comme de rencon- » trer ce que l'on rencontre parmi les » rédacteurs de votre estimable feuille , » des intelligences capables ée porler la » vérité, des cœurs dignes de l'aimer, » des volontés dévouées à la défendre » contre ceux qui l'attaquent ouverte- » ment ou la dénaturent en la diminuant; » ce qui est pire, sauf les intentions. Di- » minuer, décolorer, bigarrer son dra- » peau, c'est le rendre méconnaissable.
» Le drapeau de tout le monde n'est le » drapeau de personne. Arborer les cou- » leurs de toutes les nations est le fait » d'un pirate. Je comprends à merveille
vu
» que les méchants défigurent là vérité » pour la rendre odieuse; mais que les » bons la défigurent pour la rendre ai- » mable ! Il y a dans ce procédé beau- » coup d'aveuglement. Votre adversaire » a travaillé contre lui-même... Vos ar- » me$ sont de meilleur aloi, et la mode- » ration esl de voire côté.
» Quel dommage que des esprits
» d'une certaine élévation , trop sages » pour s'arrêter à l'erreur, trop faibles » pour s'élever jusqu'à la vérité sans mé- » lange, restent au milieu, vrais calboli- » ques et royalistes à la Chateaubriand, » qui oublient que l'impartialité, néces- » saire entre les hommes, est impossible » quand il s'agit de principes. Ils se » croient modérés, parce qu'il* sont mi- » toyens, disaient de Donald et de Mais- » Ire, lesquels ont mal dit, au jugement
» de M. de Fa Houx. Je regrette que vous » n'ayez pas relevé ce trait de suffisance.
» Eh quoi! ces deux grands hommes » n'ont pas parlé pour notre temps? C'est » ineffable! Cela méritait une mention » honorable. Pour juger les hommes, a » dit l'un d'eux , il faut les peser. Peser » de Maistre et deBonald serait une opé- » ration un peu lourde aux doigts de nos » académiciens.
» Je bénis le bon Dieu que vous, ne » soyez pas fusibles ; ce serait la mort du » journal. El la Fusion, si elle était pos- » sible, serait la mort des doctrines mo- » narchiques. Si par fusion on entendait » la conversion du principe révolution- *> naire incarné en 4830, à la bonne » heure ! Mais l'union de deux doctrines » contradictoires, c'est une absurdité.
» Réconciliation dés personnes , biert !
» Amalgame des principes, impossible.
» Ceux qui parlent d'amalgamer leurs
* principes veulent mettre en commun » ce qu'ils n'ont pas.
» Laissons faire le Ciel. Gardons-nous » d'être ingrats, mais n'enjambons pas » sur la Providence. Attendons « que le » premier ministre de Dieu au départe- » ment de ce taondo, le temps » ce grand » faiseur de miracles, ail dit son dernier » mot, qui doit être le nôtre. Est-ce que
* le torrent deviendra un fleuve régula lier, et fera éprouver le sort du voya-
* geur de la fable à tous les prudents » restés sur l'autre rive, attendant que » toute l'eau soit passée? Il y a des rai- » sons pour le désirer et même pour le » croire; mais j'en reviens toujours là :
» le dernier mot manque. Le dernier mot » du grand de Maistre est toujours là
» aussi : « Quand l'impiété est libre, c'est » un grand anathéme. » Imitons la sagesse » de l'Eglise qui ne s'inféode à aucun » homme, à aucun parti, à aucune dy- » naslie, et qui maintient intacts les vrais » principes dans le monde. Votre œuvre » est une œuvre catholique avant tout; » conservez-lui ce caractère, condition » de sa durée et raison de sa force. Si » elle ne valait pas ce qu'elle vaut, elle » serait moins attaquée. On sent que vous » êtes forts, et vous l'êtes, comme vous » dites, plus encore qu'on ne le sent; car » le sceptre ne sortira plus de Juda et la » lumière ne s'éteindra jamais en Israël.
» On est fort «quand on défend la Vérité, » et surtout quand, en la défendant, on » n'allcnd d'autre retour que le regard et » la bénédiction du Dieu qui est mort en » disant la Vérité. Pour des chrétiens, il
» y a même quelque douceur dans celle » situation , et je suis persuadé que vous » ne l'ignorez pas. »
Telles sont les lettres que nous recevons et les voix qui nous soutiennent.
Les politiques ne nous aiment point; mais nous osons le dire , nous sommes avec les âmes qui ont su se désintéresser des petites combinaisons de ce monde, et qui n'y voyant rien que d'éphémère et de douteux , s'attachent à cette vérité certaine qui seule peut tout sauver et seule ne peut périr.
Aucune force, aucun entêtement ne pourrait résister aux attaques dont nous sommes l'objet de tous feé côtés à la fois; mais il n'y a pas de faiblesse qui ne puisse combattre dans ce sentiment profond de la vérité, perpétuellement confirmé par le résultat même de la lutte. Les rédacteurs
de VUnivêP* ne sont que des écrivains isolés, sans position officielle, sans fortune, sans appui dans le monde. Mais l'opinion qu'ils expriment est celle dé la grande majorité des catholiques , et cette opinion ne les abandonne pas, parce qu'eux-mêmes n'abandonnent pas la vérité.
Un mois s'est écoulé depuis que la dernière partie du travail que nous publions a paru dans YUnivers. Plusieurs journaux des départements, rédigés par les amis de notre adversaire ou recevant ses inspirations, ont exercé sur nous la critique la moins impartiale. Aucun n'a essayé de contester un seul des faits que nous avons établis.
Le complet silence de notre adversaire nous a étonnés. 11 s'était sans doute promis de clore la polémique, mais nous ne
pwâons pas qtrit dût se croire lié par cet engagement lorsque, contredit sur tant de points où il avait avancé sa parole, il était encore pressé de s'expliquer sur une question qui louche à l'honneur. En pareille matière , l'on affirme , ou l'on se rétracte. Ces débats sont de ceux qui ne se justifient qu'en s' épuisant.
Après ses allégations louchant les alliances de la presse religieuse, et après nos propres observations (Page 188) sur le caractère de ces attaques, M. de Falloux devait sentir que le débat n'était pas épuisé. Nous attendions ou une affirmation du gentilhomme, ou une rétractation du chrétien. Ni le chrétien, ni le gentilhomme n'a répondu.
Une dernière fois, dans V Univers (2 août 1856), nous avons provoqué une contestation, s'il y avait lieu. « Il nous
» reste, disions-nous, te temps d'ajouter » une note.Aucun intérêt, aucun sentiment » ne nous porte à déguiser la vérité, et » nous désirons n'imiter en rien les pro- » cédés dont on use contre nous. Nous » voulons donner au public un docu- » ment, non un pamphlet. » Toujours Jes mêmes déclamations outrées et injurieuses des amis de M. de Falloux; quant aux faits, toujours le même silence.
Cet écrit peut paraître. L'exactitude des faits qu'il expose est vérifiée et confirmée.
Prochainement nous donnerons les pièces justificatives de l'histoire du parti catholique et du journal Y Univers, sommairement exposée ici. Elles formeront plusieurs volumes, composés des principaux articles que nous avons publiés depuis 1842.
Le premier volume de ces Mélanges, intitulé : Questions controversées entre les catholiques, 1848-1856, contiendra les polémiques avec le Correspondant el a\ec l'école plus libérale encore de Y Ère Nouvelle. On y verra : 1° Que notre ligne politique n'a pas varié dans son ensemble , et qu'à travers les modifications de lan- .
gage imposées par les changements extérieurs que tout le monde a subis, nous avons toujours professé la même doctrine et formulé les mêmes vœux; 2° Qu'envers les catholiques nous avons toujours, et presque toujours seuls, donné l'exemple de l'équité et de la modération.
Il est sans doute fâcheux que des discussions s'élèvent entre catholiques; il est infiniment regrettable qu'elles prennent un ton d'aigreur et d'injustice. Mais, puisqu'il y a matière à discussion, il serait
plus fâcheux qu'une seule opinion parlât; et puisqu'il y a discussion, il serait plus regrettable que les accusés ne se justifiassent point. Du reste , les ennemis de la religion triomphent inutilement de ces inévitables discordes : elles ne vont pas jusqu'au dogme, et dans la plus grande cha- . leur de la dispute, les combattants « toujours unis dans la même foi , savent toujours parfaitement sur quoi ils sont d'accord. » C'est la parole d'un éminent évêque , dont nous reproduisons en appendice une lettre que les catholiques reliront avec fruit. « Conservons, dit-il , » cet accord admirable qui n'est possible » que pour nous. Passagers renfermés dans » la barque de Pierre, qu'importe que » nos pieds ne louchent pas au même » point du sol, pourvu que nos regards » se portent vers le même ciel! » Que
ce soit lu le dernier mol de loulcs nos querelles !
Paris, 9 août 1856.