Archives dép., K. Arrêtés, II
â6 LE PAS-DÈ-CÀLAIS DE 1800 A 1810
« la prison est en fort mauvais état et très peu sûre, comme l'évasion toute récente d'un prisonnier l'a prouvé ». Et le nouveau sous-préfet ajoute : « Je n'ai pu trouver ici de maison nationale et viens en conséquence de prendre un loyer ; les maisons sont chères ici et les dépenses de premier établissement très fortes; me permettez-vous de demander quelle sera la somme allouée pour mes frais de location et d'établissement, du moins pour ceux des bureaux? la somme déterminée pour mes frais de bureaux est d'une mesquinerie révoltante » ^ A ce point de vue la situation devait être à peu près la même dans les autres arrondissements. La notice personnelle de Masclet, rédigée en 1811, et insérée dans son dossier aux Archives Nationales 2, contient les renseignements suivants. « Né à Douai, le 17 novembre 1760, employé dans l'administration de la marine au Port-au-Prince, isle Saint- Domingue, en 1784, reçu avocat au Parlement de Paris et admis au stage en 1788, sous-lieutenant, puis lieutenant de carabiniers en 1791, ensuite adjudant aux généraux de l'armée du Rhin Luckner, Lamalière, Biron, Victor, Broglie ; proscrit après les événements des 10 août et 2 septembre, rattaché aux services publics par sa nomination de sous-préfet ». Il suffît de parcourir la correspondance de cet administrateur pour se persuader qu'on se trouve en présence d'un homme de valeur, honnête, énergique et dévoué. Il donna notamment la preuve de sa fermeté et de son intégrité en dénonçant de mauvais fonctionnaires et des concussionnaires. On lira plus loin la lettre qu'il écrivit au préfet du Pas-de- Calais, à propos des agissements louches du conseiller de préfecture Demohr. Il poursuivit avec courage, malgré les calomnies auxquelles sa belle conduite le mit en butte, un commissaire de marine tout à fait indigne. La lettre qu'il adressa au Premier Consul, le 28 ventôse an X, au sujet de ces incidents,
1. Archives dép. K, correspondance du sous-préfet de Boulogne avec le préfet, vol. I, fol. in-12.
2, Archives Nationales, F l*» 1 1672.
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est doublement édifiante ^. On l'accusa en 1809, d'avoir épousé une Anglaise, et d'être secrètement dévoué aux ennemis de la France. Il n'eut aucune peine à établir que sa femme était
1. Lettre du sous-préfet de Boulogne au Premier Consul, 21 ventôse an X : « Le Ministre des relations extérieures m'a fait prévenir par le sénateur Perregaux qu'on était parvenu à accréditer à Paris une calomnie atroce, dont il importait de nie disculper sans délai : on m'accuse d'avoir recelé chez moi à Boulogne l'éditeur du Morninçf Chronicle, Perry; d'avoir concerté avec lui le plan d'attaque que, depuis quelque temps, il a dirigé contre votre administration et votre personne, enfin d'alimenter la feuille de l'opposition de ces paragraphes si virulents et si absurdes qui la déshonorent. Les auteurs de cette calomnie n'auraient pu en imaginer une plus perfide. J'ai été il y a quelques années un des collaborateurs du Morning Chronicle : M. Fox et le général Lafayette pourront vous dire à quel titre. Je suis resté particulièrement lié avec le propriétaire de cette feuille, M. Perry; n'étant séparé de rAngle(.erre que par le Pas de Calais, j'ai de fréquentes occasions de correspondre avec lui, et j'en ai quelquefois, quoique rarement profité; enfin, je reçois sa feuille, qu'il veut bien m'envoyer gratuitement. Toutes ces circonstances présentent une réunion d'éléments bien favorables pour combiner une calomnie. On a su de plus, qu'il y a environ six mois, j'ai reçu chez moi, sur la recommandation du commissaire général Mengaud, M. Perry, éditeur du papier anglais Le Courrier, venu en France pour y rétablir sa santé ; que depuis j'ai de même accueilli son frère ; l'un et l'autre sont en ce moment à Paris. La similitude de nom et d'emploi a paru un moyen infaillible d'accréditer la calomnie, et on en a tiré bon parti.
« J'avais pensé d'abord que cette intrigue n'était qu'une manœuvre de rivalité, et que la répétition de celle qui m'a écarté en l'an VIII du Tribunal, en faisant croire au citoyen Sieyés que j'étais né anglais. J'ai découvert depuis que le trait empoisonné a été forgé à Boulogne, et qu'il l'a été parla peur et par la vengeance.
« La voix publique et celle de ma conscience m'ont obligé de dénoncer officiellement le citoyen Labrouche, sous-commissaire de marine de ce port, comme coupable des plus criantes concussions. Le commissaire auditeur Bergevin a été chargé d'informer sur les faits imputés à ce citoyen : près de deux cents témoins ont été entendus, et jamais concussions, actes arbitraires, extorsions de toute espèce n'ont été prouvés par un plus grand nombre de dépositions unanimes, par une réunion plus frappante de preuves morales et de preuves matérielles.
« On sent que le commissaire Labrouche est perdu, s'il est traduit en jugement. Ses amis de Paris emploient tout leur crédit pour étouffer l'affaire. Le citoyen Labrouche n'a point d'amis à Boulogne, mais il y a des complices. L'un d'eux est un intrigant consommé, il a contribué à lui faire obtenir sa place, il veut soutenir son ouvrage ; il craint d'ailleurs à juste titre d'être compromis. J'ai les plus fortes raisons pour croire qu'il est l'auteur de la calomnie dont les amis du citoyen Labrouche à Paris se sont rendus les colporteurs.
« Citoyen Premier Consul, les citoyens Maret et Talleyrand, et tous ceux qui connaissent ma conduite et mes principes politiques, savent que je ne suis ni un lâche ni un traître, et que si ma patrie était assez malheureuse pour que je fusse réduit à attaquer le Premier Consul de la République dans les feuilles de l'opposition anglaise, je commencerais par lui renvoyer l'écharpe de souspréfet de Boulogne que je tiens de sa confiance, et que je ne pourrais plus porter sans la trahir et me déshonorer.» (Archives départementales du Pas-de- Galais. Correspondance du sous-préfet de Boulogne, Reg. 1, foh 94).
française et même apparentée à Monseigneur Fesch, et son préfet prit vivement sa défense, et attesta son patriotisme et son zèle. Il quitta la sous-préfecture de Boulogne pour celle de Douai, sa ville natale, le l""" vendémiaire an XII.
Comme on le voit, les sous-préfets choisis par le gouvernement consulaire, à l'origine de l'institution, sont en général des hommes ayant donné des gages à la Révolution ; leurs successeurs sont moins nettement classés.
Masclet fut remplacé par Duplaquet dont voici la notice personnelle : « En 1790, 1791, 1792 et premiers mois de 1793, il a été successivement chef des bureaux ecclésiastiques et des contributions du district de Saint-Quentin (où il est né le 28 juillet 1767) et secrétaire greffier de la municipalité de cette ville. En 1793, chasseur à cheval au G** régiment afin de se soustraire aux poursuites auxquelles il était en butte, pour avoir composé, signé et fait imprimer un écrit contre la Convention. Arrêté aux avant-postes de l'armée du Nord, en vertu d'un ordre du soi-disant représentant du peuple, du 29 brumaire an II, et de la loi du 17 septembre précédent, mis en liberté après le 9 thermidor.
« Du 28 fructidor an II au 21 frimaire an III, secrétaire du Commissaire ordonnateur par réquisition, jusqu'au 29 floréal an III élève à l'école Normale, ensuite chef de bureau des domaines au district de Saint-Quentin.
« Du mois de brumaire an IV à la fin de l'an V, commissaire du gouvernement près l'administration municipale de Saint- Quentin.
« Du 27 prairial an VI au l"^"" vendémiaire an VIII, souschef de bureau au Ministère de la police générale.
« Du 6 frimaire an VIII au IS floréal suivant, contrôleur de contributions directes à Saint-Quentin.
« Le 13 floréal an VIII, nommé secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher ; le 13 germinal an IX, sous-préfet de
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Porentruy (Haut-Rhin) ; le 6 vendémiaire an XI, sous-préfet de Boulogne ^ ».
Duplaquet se plaint, comme son prédécesseur, en prenant possession de son poste à Boulogne, des difficultés financières auxquelles il se heurte dans l'exercice de ses fonctions : « Le travail que les réquisitions exigent est immense, et va devenir encore plus considérable ; cependant les deux principaux employés de la sous-préfecture vont occuper d'autres places et je ne puis en trouver d'autres ici, car les chefs des administrations maritimes et militaires enlèvent tous ceux qui ont quelque capacité, et comme ils les payent fort cher, je ne puis soutenir la concurrence; d'après cela, je vais en faire venir de Paris, sans avoir la certitude de les conserver, parce qu'on leur offrira de suite un meilleur sort que celui que je puis leur procurer. Dans ces circonstances, Général Préfet, je vous prie de venir à mon secours et de m'accorder au moins 2.000 francs, comme supplément de frais de bureau, à prendre sur les fonds affectés cumulativement aux dépenses de préfecture et sous-préfectures du département. » Duplaquet fut à plusieurs reprises, en 1809 et en 1810, l'objet de plaintes de la part de ses administrés. On l'accusait d'inconduite, de cupidité, d'arrogance. Le préfet La Chaise lui-même donna alors de mauvais renseignements sur sa moralité et sa probité, et il ne paraît pas que le sous-préfet parvint à se disculper ~.
Poultier resta sous-préfet de Montreuil jusqu'en 1813, époque de sa retraite ; il eut pour successeur un noble, M. de Saint-Céran.
Bénard-Lagrave, le sous-préfet de Saint-Omer, mourut, comme nous l'avons dit, le 10 septembre 1808 ; l'intérim fut rempli par Garon-Senlecq, membre du conseil d'arrondisse-
1. Archives Nationales, F'" I 1583*. Cette notice, rédigée en 1817, se termine ainsi :« Le ITavril 1813, sous-préfetde Béthune, le 1" juillet 1815administrateur provisoire du département du Nord, le 22 du même mois secrétaire général provisoire du Nord, le 31 du même mois secrétaire du Nord, et enfin le 30 avril 1817 sous-préfet de Douai ».