SCÈNE IL
GROGNAG, FANCHETTE.
l'ANCHETTE.
Eh bien , mon père ! vous avez vu Francœur que nous ne devions plus revoir , disait Monsieur Galippe : que vous en semble ?
GROGKAC.
Qu'il est toujours le même ; et que , malgré cinq ans passés en Russie, eommç prisonnier, il À encore fort bonne mine.
FANCHETTE
Vous vojez donc qu'on ne meurt pas pour mal avoir , et qu'on a tort de se désoler pour une mauvaise année , quand Francœur , qui en a éprouvé cinq de suite , ne s'en esjt pas , m'a-t-il dit , désolé un instant.
Air : Mon père éto'tt pot.
Tout ce qu'un soldat peut souffrir j Il l'a souffert sans plainte ; Toug les dangers qu'on peut courir , II les a vus sans crainte ,•
Et jusqu'aujourd'hui ,
Je n'ai , comme lui , Jamais eu qu'un système ;
C'est qu'en général
La crainte du mal Npit plus que le mal même.
GROGISAC.
Tout cela est fort beau et très- facile à dire, à Totre âge ; mais moi qui , comme vous savez , ai une fille à marier et un garçon blessé à M^aterloo , je ne suis pas disposée tout voir, couleur de rose.
FAKCHETTE.
Allons , mon père , puisque Francœur en est revenu de si loin , nous en reviendrons aussi ; je ne sais quoi m'annonce que le diable ne géra pas toujours à notre port©.
GROGNAC.
Il y a un an que tu me chantes la même chose.
FAWCHETTE.
Oui , mais Francœur n'était pas revenu ; vous a-t-il conté ses aventures ?
GROGNAC.
Parbleu , y manque-t-on , quand on revient de cinq cents lieues? si je l'avais laissé dire, nous y serions encore.
rAlNCHETTE.
Il m'en a conté aussi ; et je vous avouerai que je l'ai entendu jusqu'au bout avec plaisir.
GROGNAC.
Je le crois bien.
AiR : Eh ! ma mère , es t-c^^ue jasais f4v
De ces grands faiseurs d'histoires ,-> . Depuis long-temps oa est las ,*
On est las de leurs victoires , De leurs éternels combats ; « Mais la beauté complaisante ,
Moiilb prompte à se rebuter , Dès qu'un brave se présente , Aime à s'en laisser conter.
Quoiqu'il en soit , je ne me soucie pas que Francœur vous en conte davantage ; c'est un Jbon enfant^ mais il n'a rien; nous sommes pauvres ; les temps sont durs ; c'est Gaiippé qu'il faut que vous écoutiez.
FàNCHETTE.
Air : Bouton de. roses
*' Que je l'écoute ,
Hélas ! mon père , qiiel chagrin J A ce qu'il conte on n'entend goutte; Et quand il parle , c'est en vain Qije je l'écoute.
GllOGNAC.
Je yois bien qu'il ne sait pas d'aussi jolies historiettes que Francœur ; mais aux historiettes près
TANCHETTE.
Quoi ! vous préférez
GROGNAC.
Je préfère un homme qui a quelque chose , à un homme qui n'a rien.
Air ; Du fiaut en èas^ Çuand on n'a rien , Ob évite le mariage ; Quand dn a'a xlop ,
On reste senl et l'on fei^ bien ; S'aimer est beau , mais d'un ménage^ L'amitié bientôt déménage , Quand 00 c'a lieo.
FAJNCHETXE.
Sans doute , quand on n'a rien ; mais Francœur a quelque chose ; d'ailleurs , il est jeuqe ^ je le suis aussi ; nous travaillerons.
GROGWAC.
Ne travaille pas qui v€ut.
FAWCHETTE.
Et puis, qu'ai-je à craindre avec un homme si gai , et que tant de fatigues , tant 4e nialheurs n'ont pu abattre.
Aa t Du Curé de Tamponne»
Dan» tous les temps , dans tous les lieux.
C»xdaQt son caractère Pauvre , mais jamais soucieux,
Francœur a fait la guerre; L'homme j^ui fqt toiviours heiiretUC^
Peut craindre la misère j.
Mais quand on s'en moqua ,
Larira , On ne la cra|at plus guàre.