‹ Le passé à propos du présent; faisant suite à Mes mémoiresChapitre 1 sur 58 · HARVARD UNIVERSITY · texte numérisé non relu

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LIPPARY l DEC t9 1961

— Les a Concerts populaires » ont la mission de prêcher et de propager en France le culte intolérant de la symphonie allemande.

B. JOUVIH.

— Jadis, la musique italienne nous passionnait, aujourd'hui les jeunes sont émus par la musique allemande.

Jadis, c'était Verdi (i). Bientôt, peut-être, se sera Wagner. Toute l'indication du changement opéré dans les esprits français est dans ce fait musical, qui appartient à Tordre nerveux et comme pathologique (8).

laROTDS. ^

(Figaro du li avril 1892

— Pendant qu'une génération sera en exercice, la suivante fera son éducation... et préparera son avènement par la critique de son afnée.

— L'idéal... formulé par la Jeune génération, sera supérieur et, dans une certaine mesure, contradictoire à celui de la génération précédente.

Justin Dromel.

<1) Après Rossinil

(S) Ces jeunes gens ne peuvent-ils pas garder de ces fréquentations avec des idées incomprises de fortes courbatures cérébrales?. . .

GOtfNOD CONTRE WAGNER

La Commission des théâtres, dans sa réunion de mercredi, verra un spectacle délicieux. C'est un endroit où Ton ne s'ennuie pas que cette Commission : déjà on y a entendu M. Garnier insinuer que toucher à sa pâtisserie montée serait outrager la France ; mercredi, on verra mieux encore : M. Gounod se lèvera, et, prenant probablement l'attitude qu'il a dans un portrait de lui, c'est-à-dire serrant une partition de Don Juan sur son cœur avec un air extatique et des yeux égarés, il prononcera un petit discoui*s dirigé à la fois contre Wagner et les candidats à la direction de rOpéra, qu'on soupçonne de vouloir trop wagnériser,

M. Gounod dira donc (je garantis le sens de l'allocution et non les paroles, bien entendu) qu'il proteste d'avance contre une tentative destinée à corrompre la pureté musicale du génie français.

Ce génie, dont la mesure est la caractéristique, a pu parfois accueillir des étrangers comme Grétry, Mozart, Rossini ou Meyerbeer auxquels il donnait sa marque distinctive et son tour d'esprit. Mais, cette fois, l'étranger menaçant c'est Wagner, et M. Gounod ne veut pas que ce sauvage prenne une influence redoutable.

Il est obscur, il est soporifique et surtout il traîne derrière lui (sur sa queue, disait le premier jet du laivis gounodique) une foule de gens sans talent, sans idées, qui compromettraient la splendeur de cet art français qui s'épanouit dans le génie de M. Âmbroise Thomas.

Ce petit discours, qui sera émaillé de quelques citations latines, étant achevé, M. Gounod embrassera la partition de Mozart, et la Commission des Théâtres entonnera le chœur si distingué de Faust : « Gloire éternelle de nos aïeux ».

Après quoi, l'art français sera sauvé, grâce à l'illustre musicien qui, ne pouvant parler dans sa thèse ni du Belge Grétry, ni des Allemands Gluck, Weber et Mendelssohn (et Dieu sait cependant ce qu'il doit à l'influence de ce dernier), ni de l'Italien Spontini, et n'osant vraiment pas incarner ledit art français dans Dalayrac et

Boîeldieu, est obligé de se rabattre sur le « grand Rameau ». C'est Rameau qu'il faut défendre.

Quant à la manifestation en soi, elle est toute naturelle de la part de M. Gounod en faveur de la direction de l'Opéra qui a servi Faust et Roméo au public jusqu'à l'indigestion.

La Reine Mab.

M. Gounod adresse à notre rédacteur en chef une lettre, d'ailleurs très aimable, qui, sous prétexte de la rectifier, confirme de tous points l'article de « la Reine Mab ». C'est dii'e que c'est pour nous un plaisir, encore plus qu'un devoir, de la publier*

Dimanche, 1*' mars 1891.

Mon cher monsieur Magnard,

Le Figaro d'aujonrd^hui publie, sous la rubrique « Gounod contre Wagner» et sous la signature « la Reine Mab», un article dont je néglige les côtés malveillants pour ne m^occuper que de ce qu'il contient de puéril et d'inexact.

L*auteur m'y représente comme devant prendre, dans nos séances de la Commission des théâtres, une attitude qui n'est conforme ni à mes idées ni à mon caractère.

Non, Reine Mab, vous vous trompez, et je crains que ce ne soit pas sans le savoir.

Rien n'est plus facile que de s'abriter sous le drapeau d'un homme de génie; le difficile est d'y faire honneur.

Il ne s'agit pas de se mettre en garde contre le génie qui est un bienfait, mais contre les sectaires^ c*est-à-dire contre le fanatisme aveugle et intolérant qui est un fléau.

Voilà tout ce que j'avais à dire. Je n'ai jamais dit autre chose et c'est ce que je dirai en toute franchise si les débats m'en offrent l'occasion et m'en imposent la nécessité.

Je compte sur votre équité, mon cher monsieur Magnard, pour insérer au plus tôt dans votre journal la présente rectification.

Bien à vous,

Gh. Gounod.

Des maîtres français contemporains protestent, en ce moment, contre l'intronisation en France d'auteurs étrangers, dits de génie, portés aux nues par leurs nombreux admirateurs, leurs sectaires intéressés, qu'ils traînent à leur suite, et avec le concours desquels ils parviennent insensiblement à former école — école des plus funestes I Ces maîtres protestent contre une tentative qui doit les amener, à ce qu'ils prétendent, à faire disparaître les illustres classiques, à détruire leurs œuvres, et qui, après avoir dénaturé le goût, corrompu la pureté du génie français, cherchent à faire triompher 1' < œuvre dite de l'avenir », par de fréquents essais d'initiation tentés de tous côtés, par un mouvement, soi-disant progressif, qu'ils impriment à toutes choses, — même par voie détournée, qui se manifeste par un faux enthousiasme avec lequel ils acc\^eillent des ouvrages anciens , repris et réputés

comme chefs-d'œiïvre — la Messe de Bach, par exemple, — et ne possédant aucun germe, aucun principe, aucun lien qui se puisse attacher à leur prétendue musique de l'avenir.

La protestation exercée est légitime, caries auteurs, ainsi que leurs œuvres, ont une influence qu'on ne peut méconnaître sur le mouvement progressif qui lui-même les fait éclore. Laisser se produire certaines évolutions, certains engouements, des manifestations exagérées, par calcul d'intérêt à leur cause, sans opposer une résistance que le devoir impose; refuser, en un mot, son action, son autorité, son expérience, c'est donner à ceux qui veulent détruire une facilité plus grande...

Mais, arrive une heure, dans la vie d'artiste, où n'étant plus sur la brèche, on ne peut protester qu'en évoquant le souvenir du passé, que l'on a vu s'étendre j usqu'au présent ; ce n'est alors que d'après la route parcourue qu'on peut envisager celle que d'autres parcourront. A l'ombre de tout mouvement, dégagé de toute influence, de cette place — la limite de « ce qui a été » en même temps le point de départ de « ce qui sera » — on peut juger du moins « ce qui a été », en remontant aux époques reculées jusqu'à ce qu'on arrive à « ce qui est » ; ensuite, nous ne pouvons que prévoir « ce qui sera ».

Ce programme est vaste, comme on voit; il présente une étude dont la division seule peut faire comprendre l'étendue.

Nous lui donnerons, par restriction, pour point de départ et point d'arrivée, l'espace du parcours pendant lequel nous avons été acteur nous-même, c'est-à-dire depuis notre admission à l'Opéra, 1833, jusqu'à notre

retraite, 1878; soit quarante-cinq années, près d'un demi-siècle.

En divisant cet espace de temps par des périodes auxquelles nous pourrons nous arrêter, nous ferons défiler les principaux ouvrages (en cinq actes) représentés, et qui ont tenu le répertoire pendant plus ou moins longtemps.

En les comparant successivement entre eux, nous suivrons pas à pas le progrès qui n'a cessé de s'accomplir pendant un demi-siècle. On verra d'où nous venons, où nous sommes et où nous allons.

La lecture ou l'audition d'une œuvre musicale nouvelle éveille inconsciemment dans l'esprit une infinité de rapports, de parallèles, de similitudes, de ressemblances à l'apparition de quelque analogie entre des choses de nature semblable ou quelquefois différente et opposée. La réflexion, l'étude, définissent ce rapprochement évoqué naturellement et lui donnent une raison d'être qui s'explique selon l'individualité agissant. Il résulte de cette opération d'esprit une tendance à la comparaison, s'exerçant continuellement, entre toute nouveauté et tout ce que nous connaissons, c'est-à-dire entre le présent et le passé, d'où ressort la sympathie ou l'antipathie suivant la nature qui commande.

Aussi la similitude d'idées, lorsqu'on la rencontre, est-elle ressentie vivement et avec grande joie.

Nous éprouvons toujours un plaisir extrême à rencontrer une opinion, une appréciation semblables à notre manière de voir, de sentir. C'est pourquoi nous n'hésitons pas à nous emparer de tel ou tel jugement d'auteurs éminents que nous aimons à citer comme partageant leur sentiment. Ces appréciations donnent plus de force aux nôtres — étant mieux exprimées que

nous ne le ferions malgré toute l'érudition technique dont nous sommes capable . Quand elles sont contraires à notre jugement, à notre nature, nous les réfutons de notre mieux, en donnant toutes sortes de preuves à l'appui. C'est alors une critique de la critique.

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