CHAPITRE VL
Quant à l’organisation définitive du gouvernement républicain paisible et régulier, c’est une œuvre successive et de temps. Les dangers à prévenir, les vices à corriger, sont visibles principalement à î’œit de l’homme d’Etat, dans ceci:
L’action de la presse,
Les clubs,
Le mode des élections,
La durée du pouvoir exécutif.
l.IVRE DEUXIÈME.
Si.
La presse? Il n’y a qu’un remède à ses erreurs et à ses excès sous un gouvernement libre: l’institution de la publicité sincère et universelle par le gouvernement lui-même. Le grand jour de la vérité répandu tous les malins sur toute chose pour combattre et faire évanouir le faux jour des sophismes et des factions.
Que penseriez-vous d’un gouvernement vivant de lumière, qui laisserait à ses ennemis le monopole des torches et des flambeaux? Vous diriez: il périra dans sa démence. C’est la situation de tous les gouvernements depuis quarante ans en France. La République doit faire faire ce progrès à la société.
Cette institution de la publicité îles faits par l’Etal ne coûtera pas plus de deux millions à la République. Les révolutions coulent plus cher. Je demande ee progrès depuis dix-huil ans. C’est la seule loi de la presse à faire.
Les clubs ? C’est l’état sauvage d’attroupement , de tumulte, de violence matérielle, d’intimidation, de tyrannie du nombre contre la liberté et la sécurité du citoyen isolé. Il faut les séparer par une ligne infranchissable du droit paisible de réunion limitée et d’association régulière des opinions dans un pays libre. L’Amérique a su le faire par bon sens; l’anarchie des clubs y a péri par désuétude, en France elle
doit tomber devant la loi. Il faüt choisir entre la République et les clubs; la société a déjà fait son choix.
§ ni.
Le scrutin de liste comme mode du suffrage universel? Je l’ai combattu dès qu’on l’a présenté. Je l’ai nommé de son nom, l’élection des ténèbres.
Le gouvernement provisoire l’avait exclu; il avait divisé la France en autant de circonscriptions électorales qu’il y a de fois quarante -cinq mille âmes dans les trente-six millions. Chacune de ces circonscriptions assez large pour que l’élection ne fût pas municipale, assez restreinte pour que les électeurs connussent de vue, de nom ou de renommée leur candidat, devait nommer un représentant. Une fausse vue de ce gouvernement et une loi précipitée de l’Assemblée constituante ont vicié et aveuglé la souveraineté du peuple, en instituant le vole confus irresponsable et ténébreux du scrutin de liste, où nul ne sait qui il nomme, où l’on vole entre deux feuilles de papier, au lieu de voter entre deux hommes connus. Quand l’heure constitutionnelle de corriger ce mensonge public aura légalement sonné, on rendra sa moralité, sa vérité, sa responsabilité à l’élection et au suffrage universel, en faisant voter le peuple sur des noms réels, et non sur des fantômes anonymes évoqués des clubs par les factions.
Enfin, la durée plus ou moins étendue du pouvoir exécutif et la rééligibililé ou la non rééligibilité du président de la République ?
Question toute de personne, de situation et de circonstance dans deux ans et demie, sur laquelle l’opinion publique serait aussi téméraire de dire non que de dire oui avant le temps, car c’est le temps seul qui prononcera.
Je passe à la situation de la République à l’extérieur.