OU TROUVER LE GAGE ET LA GARANTIE ACTUELS OU SUFFRAGE UNIVERSEL
Nous avons vu que le matérialisme politique consistait à chercher le gage et la garantie de l’électeur dans la propriété seule, dans le chiffre de son impôt, dans le cens; nous avons vu, de plus, que ce procédé de hasard et de brutalité tendait inévitablement à créer deux classes de citoyens dans l’Étal : une classe de souverains, appelés électeurs, et une classe de sujets, composée de tous ceux qu’un centime de moins exclut de toute souveraineté; nous avons vu, enfin, que cette division de la nation en deux catégories de citoyens, les uns souverains, les autres sujets, était destructive à la fois de la démocratie, qui est essentiellement l’unité du peu-pie, et de la paix entre les classes diverses de la société, qui ne peut se fonder que sur la justice et sur l’égalité des droits.
C’est donc ailleurs que dans le cens qu’il faut chercher le gage et la garantie de l’électeur; c’est-à-dire, qu’au fieu de gages matériels, il faut lui demander des gages moraux. Et la société est en droit de lui demander d’autant plus ces gages moraux , qu’elle renonce plus complètement à lui demander des gages matériels de richesse, de cens, de fortune.
C’est dans cette transformation du gage de richesse en gage de moralité que consiste toute la transformation qui s’opère dans le monde, de la société ma-
térialisle en société véritablement spiritualiste. La République est précisément chargée de cette transformation. Voyons comment elle peut l’accomplir , sans compromettre ce qu’elle est chargée aussi de conserver et de transmettre aux générations qui nous suivent: la société.