‹ Le passé, le présent et l'avenir de la républiqueChapitre 94 sur 112 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

N’y a-t-il aucunes autres garanties à lui demander?

Je suis convaincu qu’il y en a quelques autres encore.

Je suis convaincu que la société républicaine a d’autant plus le droit de demander ces garanties morales au suffrage universel, qu’elle a renoncé sagement à lui demander des garanties matérielles, brutales, de fortune, de propriété, de cens électoral ou d’impôt.

La société républicaine ne doit pas être, comme les démagogues se le figurent, une société désarmée de gages et de prudences. Elle cherche ses gages et ses prudences dans les conditions morales, au lieu de les chercher dans des conditions matérielles. Elle est spiritualiste au lieu d’être matérialiste. Elle s’arme d'autres armes, voilà tout; mais elle ne s’abandonne pas plus au hasard que la société aristocratique ou monarchique.

Ainsi, la loi électorale a renoncé à exclure aucune classe de citoyens, riches ou pauvres, du droit personnel de concourir à la souveraineté et à la direction de la société, dont tout homme est membre. Mais elle a le droit et le devoir de demander à tout homme qui se présente pour exercer ce droit : Êtesvous homme dans toute l’étendue et dans toute la dignité de ce mol ? *

Êtes-vous Français?

Êtes-vous citoyen?

Êtes-vous libre?

Avez-vous l’âge de raison politique?

Avez-vous l’instruction générale obligatoire à tout citoyen pour comprendre ses droits et ses devoirs?

Avez-vous une résidence fixe?

Êtes-vous fils ou père de famille ?

Avez-vous une responsabilité morale quelconque et d’une certaine durée commune avec la partie du pays, avec le groupe du peuple dont vous, allez exprimer la volonté et engager l’avenir ?

Exercez-vous une profession infâme?

Êtes-vous nomade par dérèglement de vie?

Êtes-vous mendiant par oisiveté volontaire et habituelle ?

Êtes-vous flétri par quelques condamnations léa es qui donnent un mauvais préjugé au peuple sur vous?

Il est évident pour tout homme de sens que la société républicaine a le droit de poser et de résoudre toutes ces questions, avant d'admettre le citoyen à l’exercice du droit électoral, ce sacrement de la souveraineté nationale.

Le suffrage universel n’est pas le suffrage des premiers venus; c’est le suffrage du citoyen.

Page 1