‹ Le pâtissier pittoresqueChapitre 12 sur 17 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Je crois ces détails suffisans pour donner à mes jeunes confrères une idée exacte des cinq ordres de Yignole, afin qu’ils puissent exécuter correctement en petit, un temple, une colonnade, une rotonde, et un fronton qui soient dignes d’enjoliver leur état, et en même temps d’être agréables à la vue des amateurs. Si j’avais donné tous les détails dont l’architecture est susceptible, j’aurais inam[ué mon but, m’étant imposé de ne pas .sortir de mon état, pui.sque c’est en

j'aisaiit des reclierclies pour son aniélioralion et perfectionnement que je suis parvenu, j’ose le dire, à me créer un genre de dessin qui m’est particulier.

C’est encore pour mon' état ([ue je vais essayer de donner quelques détails d’ordres peu usités, mais bien nécessaires à l’exécution de mes dessins pittoresques.

Je vais donc tracer, sur la même échelle des ordres précédens, les détails suivans, l’ordre cariatide, l’ordre de Pæstum, l’ordre égyptien, l’ordre chinois, et l’ordre gothique ce qui fait encore cinq ordres distincts.

J’ai choisi ces détails dans le bel ouvrage de M. Durand, intitulé: Parallèle des Monumens antiques et modernes ; j’ai fait quelques légers changgmens que j’ai crus utiles à mon art : la belle cariatide drapée est tirée du dernier ouvrage de M. Charles Normand.

Lorsque j’ai voulu dessiner ce recueil , j’ai été de nouveau à la Bibliothèque royale y passer en revue les Voyages de l’Inde, de la Chine, de l’Égypte, de la Grèce, de la Turquie, de l’Italie, de l’istrie, delà Dalmatie, de l’Allemagne , de la Suisse , et de l’Espagne; puis la Topographie contenant des vues pittoresques de Moscou, de Pologne; de Suède, d’Angleterre et d’Irlande.

Les nouveaux détails que j’ai recueillis m’ont servi à orner mes dessins, afin de leur donner de l’analogie avec les noms que je leur ai assignés.

MON MASTIC.— OBSERVATIOIÏS.

Après avoir fait diverses grosses pièces en pastillage, j’ai trouvé que, dans les temps humides, ce même pastillage se ramollissait, changeait de couleur, et finissait par tomber en lambeaux. J’ai remarqué que, conservé dans un lieu d’une chaleur tempérée, il se gardait plus long-temps; mais alors il se brise et se déjoint aisément dans ses soudures : tout cela ne pouvait me convenir, désirant exécuter quelques grosses pièces qui fussent susceptibles de se conserver un bon nombre d’années sans éprouver la moindre altération. Après avoir fait plusieurs essais sur cette matière, je suis parvenu à composer ce mastic avec lequel j’ai exécuté, il y a vingt-quatre années, deux grands trophées, qui se trouvent aujourd’hui intacts, et tout aussi brillans que le premier jour. Je m’en suis servi avec le même succès pour décorer des bordures de tableaux, des bordures de glaces, et même pour décorer l’intérieur d’une boutique.

Détails de la composition du mastic.

Après avoir concassé menu deux onces de gomme arabique, et autant de gomme adragante, vous les mêlez ensemble dans un grand vase , dans lequel vous versez de l’eau tiède, deux fois le même volume de la gomme; c’est-à-dire , si la gomme n’emplit que le quart du vase, alors vous le remplissez aux trois quarts : vingt-quatre lieures après la gomme étant parfaitement dissoute , vous la passez avec pression à travers un gros linge, au-dessus du mortier, dans lequel vous la broyez avec le pillon; et peu-àpeu vous y joignez quatre onces de sucre, passé au tamis de soie, et autant d’amidon en poudre impalpable, et la même quantité de blanc d’Espagne, puis quatre onces de sciure de marbre, passé au tamis de soie, le tout bien mêlé; vous y joignez des couleurs broyées à l’huile, comme jaune de Naples, noir de pêche, et bleu de Prusse. Ces couleurs sont ordinairement dans de petites vessies, ce qui nous en facilite l’emploi, en perçant ces vessies, et les pressant légèrement, les couleurs en sortent à volonté, ce qui est important, et permet d’en mêler peu à-la-fois. — Pour être sûr de l’opération, vous mêlez donc à-peu-près deux onces de jaune, une demi-once de bleu, et deux gros de noir : le tout, étant parfaitement broyé, doit vous donner un appareil couleur de bronze antique, foncé en couleur. Vous remplissez une petite partie de mastic avec de la sciure de marbre en poudre impalpable mêlée avec l’amidon , passée au tamis

(le soie, autant de l’im c[ue de l’autre; ce ([ui doit le rendre d’une pâte semblable au pastillage ordinaire, et ayant le même corps: après ce remplissage, l’appareil doit se trouver d’un beau bronze antique, sinon vous ajoutez dans le mortier le peu de couleur que vous jugez nécessaire, afin d’atteindre ce but.

Cette opération terminée , vous ôtez du mortier l’appareil que vous mettez dans im vase, et que vous couvrez d’un linge humide; vous le remplissez par petite partie au fur et à mesure que vous l’employez, en y mêlant une égale quantité de sciure de marbre et d’amidon.

Relativement à la manière d’employer, de bronzer et de dorer ce mastic, on procédera selon les détails que j’ai consignés ci-dessus. ( Pastillage.)

J’ajouterai, qu’après avoir tiré des planches les ornemens, il faut les laisser un peu ressuyer avant de'les placer, afin d’éviter la retraite du mastic, qui, en séchant, produirait un mauvais effet.

Remarque. Lorsque l’on voudra dorer ce mastic, on ne mettra dans l’appareil rien que du jaune de Naj)les broyé à l’huile.

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