‹ Le Patronage des LibérésChapitre 11 sur 37 · CHAPITRE PREMIER Fondation d’une société de nee · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER Fondation d’une société de nee

Pour la fondation d’une société de patronage, il est un grand principe absolument établi par une longue expérience : c’est que cette fondation doitétre opérée par Flinitiative privée. L'Etat a toujours échoué dans ses essais de patronage. Il suffit de rappeler les tentatives fâcheuses de la Belgique en 1835 et 1848, où l’on avait voulu confier le patronage aux commissions administratives, et de l’Italie en 1876. Cela se comprend facilement. Le patronage officiel parait aux libérés une nouvelle forme de la surveillance de la police. Ils s’en éloignent avec empressement. De plus, cette nouvelle organisation administrative grèverait lourdement le budget de l'Etat. Enfin, et la raison la plus grave nous semble ceile-ci, une œuvre de charité et de moralisation ne

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peut être efficacement accomplie par des fonctionnaires salariés : il faut surtout pour cette œuvre du dévouement et de l’abnégation (1).

C’est donc à l'initiative privée que revient la charge de la création du patronage. Dans notre chère France, le succès dépendra égalementbeaucoup de linfluence sociale des fondateurs et aussi de leur granüe largeur d'esprit. Le plus sûr moyen de faire échouer le patronage, serait de le faire verser dans une coterie confessionnelle quelconque.

Dès que plusieurs personnes se sont réunies pour organiser un patronage, elles doiventimmédiatement soutnettre leur projet de création au Préfet, aux Magistrats, aux Membres de la Commission de surveillance, aux Avocats dont l’appui est nécessaire. Une fois que l’assentiment de toutes ces influences est obtenu, il s’agit d'aller au grand public. Pour cela, les deux moyens les plus rapides, sont les conférences etles articles de journaux. Cela paraittoutsimple. Mais ceux qui se sont occupés d’une œuvre quelconque, savent que le seul moyen d'arriver à un résultat sûr, est la propagande individuelle. Ce n'est que par les‘démarches personnelles, les visites, lesentretiens particuliers, que l’on peut obtenir des adhésions. Les conférences et les articles de journaux ne peuvent servir qu’à préparer le terrain.

(1) Le patronage officiel a cependant réussi dans quelques cantons suisses, quelques Etats de l'Amérique du Nord et dans le grand duché du Luxembourg. Cela se comprend, étant donné le peu d'étendue de ces Etats. La surveillance du patronage y est rendue très facile. Mais, cependant, la moralisation y est-elle sérieusement entreprise ? (CI. Coutant, les Sociélés de Patronage, pages 59 et 60).

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Les nouveaux adhérents seront présentés par les Membres fondateurs. Il est excellent d'admettre des ouvriers (1). C’est surtout parmi eux qu’existe de la répugnance pour les libérés. On peut arriver ainsi, en les introduisant dans le patronage, à diminuer cette répugnance. Dona Conception Arenal, quis'est beaucoup occupée de ces questions, le disait expressément:1lfautquele peuple fasse partie du Patronage.

Une chose à recommander aussi, c’est d’adjoindre au comité d'hommes un comité de dames qui peut aider très utilement à répandre le patronage et à organiser pour Jui certaines œuvres de lingerie et de vestiaire. Il en est ainsi'en Galicie, au Comité central de Lemberg.

Lorsque toutes ces mesures préparatoires ont été prises, on convoque une Assemblée générale, où l’on précise le but de l’œuvre, où l’on nomme un Conseil de direction sur la présentation des organisateurs. Ce Conseil doit comprendre, au moins, un président, un vice-président, un secrétaire, un trésorier et quelques membres. Puis, on discute les statuts. On vote sur chaque article spécialement. Puis, sur l’ensemble des statuts.

Cette Assemblée tenue, la Société est constituée.

Nous allons nous occuper de la question des statuts en un chapitre spécial. Mais nous nous contenterons d'indiquer les grandes lignes de cette question, renvoyant pour les détails à l’étude très complète de M. Coutant sur /es Sociétés de Patronage.

(1) On peut citer, dans ce sens, la Société de Neuchâtel: sur 1800 adhérents, elle compte au moins 1,200 ouvriers. Cette Société a accompli une œuvre excellente ; elle a contribué à abaisser la récidive, dans le canton, de 40 0j, à 120/.

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