‹ Le pâturage en forêtChapitre 64 sur 89 · LS · texte numérisé non relu

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l'ouest. Si le parcours n’est pas abusif, la forêt progressera, grâce a ses accrues, dans la direction du nord. Au bout de trente, quarante ou cinquante ans, on pourra exploiter les bandes boisées, et entourer les accrues d’un cordon de ronces artificielles. La partie découverte, enrichie par l'humus de la forêt, se couvrira d’une abondante végétation herbacée, et, si l’on prend soin de réserver les plus belles cepées de bois dur, on aura transformé la pâture rase en une pâture boisée, aussi riche en arbres qu’en herbes.

En laissant aux intervalles le double de la largeur des bandes, el en donnant à celles-ci de 80 à 100 metres, on se placera dans d'excellentes conditions. Dans l'exemple ci-dessus, qui suppose une chaume de 1,200 mètres de développement, il y aurait quatre bandes boisées, que l’on pourra exploiter successivement ou en bloc.

Reboisement des combes. — Les combes des coteaux jurassiques, bourguignons et comtlois, sont formées d’éboulis rocheux et de clapiers absolument stériles. Le bétail n’y accède qu'avec peine. Ces combes sont ordinairement garnies d’une végétation arbustive assez drue de buis et d’autres morts-bois, et la simple mise en défens ferait promptement surgir la forêt de rapport, constituée: en chêne, charme, frêne et tilleul. Cette transformation offre un. à grand intérêt au point de vue hydrologique. Nous regrettons de ne pouvoir, faute d'espace, développer cette idée. Mais on n'aura qu’à comparer, dans la même chaine et sur une tranche géologie que identique, la distribution et le débit des eaux dans deux combes voisines, dont l’une sera boisée et l’autre déboisée, pour cons- «

les forêts et les sources. | ; Vs FAURE

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Mise en valeur des bas coteaux attenants aux vignobles. — Les bas coteaux attenants aux vignobles sont généralement dans un effrayant état de nudité. Et l’on s'explique que les hannetons soient parfois obligés de dévorer les feuilles de la vigne, faute de trouver d’autres aliments.

Le reboisement, envisagé comme remède aux souffrances sans nombre de l’agriculteur et du vigneron, deviendrait bien vite populaire. Il suffirait du concours dévoué de nos instituteurs, de quelques conférences et de démonstrations sur les lieux faites par des agents forestiers. Les esprits cultivés sont en majorité ralliés à cette idée. Voici même, à titre d'exemple, l'extrait d’une leltre que nous adressait dernièrement M. le docteur Guyenot, de Césancey (Jura). A |

« Je viens aujourd'hui demander quelle serait la meilleure « marche à suivre pour reboiser une partie de nos communaux. « Nous avons environ 400 hectares de landes, et ilme semble qu’en « en réservant la moitié comme pâturage, cela suffirait grande-

« ment. Nous pourrions donc disposer d’environ 200 hectares, ce

« qui en vaut bien la peine. Je me suis laissé dire qu'actuellement « l'administration des eaux et forêts faisait des efforts pour encou- « rager les communes au reboisement. On m'a dit qu’elle se char- « geait de la plantation, des frais de culture et de la garde, ne « demandant qu'un tant pour cent raisonnable une fois les bois en « rapport. Quelle serait donc la meilleure combinaison à adopter ?

< Ce serait, en aboutissant, rendre un réel service à la commune, « non seulement en raison du revenu créé, mais à cause du régime « des eaux et au point de vue de la défense de nos vignobles. « C’est le seul moyen, en effet, véritablement pratique, de provo- « quer le retour des oiseaux destructeurs des insectes malfaisants, « et d'atténuer les ravages des hannelons, qui, au lieu de dévorer « nos vignes, préféreraient s’en tenir au bois. »

Le reboisement des flancs rocheux de ces bas coteaux, souvent a l’état de lande armée ou de lande de buis, et la transformation en prés-bois de leurs dos d’âne, généralement peu fertiles, seraient donc des opérations aussi simples que désirables et lucratives. « Choix des essences. — Les chénes rouvres, les charmes, les alisiers, les tilleuls et les érables doivent être les essences constitutives des présbois en coteaux calcaires bourguignons et franc-comtois. On leur adjoindra seulement quelques résineux, épicéa et pin noir ou larico. L'introduction de ces derniers aura pour but d’accroitre la

population des oiseaux insectivores, et spécialement des mésanges a longue queue. C'est ce qui ressort, en effet, clairement des admirables observations de Darwin, qui constate que l'introduction d’une seule espèce d'arbres, dans le Slaffordshire, a provoqué l'apparition de cinq espèces nouvelles d'oiseaux insectivores. Devra-t-on semer ou planter ? Cela dépendra évidemment des ressources financières de la commune ou du propriétaire. La plantation de chênes et de résineux réussira bien en plein découvert, si elle est faite de bonne heure-et à l’automne. Mais, le plus souvent, on devra se borner à imiter les procédés de la nature, décrits tout au long dans la première partie de cet ouvrage. La clôture et la mise en défens des parties à reboiser seront suivies d’un semis de graines ou de baies d’arbustes primordiaux, qui édifieront la brosse au sein de laquelle les végétaux longévifs ne tarderont pas à faire irruption. Il sera d’ailleurs bien rare que la pâture n'offre pas déja, cà et là, l'espoir d’une forêt, sous forme de buissons et d'arbres épars ; on n’aura plus, dès lors, qu’à receper les brins broutés et à corder les bouquets feuillus de ronces artificielles.

Les plantations résineuses devront surtout être réservées pour la création des lisières et des bordures.

Dans le cas de pâtures rases on peut économiquement semer à la volée 5 kilos de graines de pin sylvestre et pin noir mélangées avec la plus grande quantité possible de graines de genèêt poilu ; on enterre les graines, après coup, en trainant sur le sol un fagot d’épines chargé d’une grosse pierre. On complète ce semis, qui peut revenir à 40 fr. l’heclare, en faisant récolter quelques doubles de glands, d’alises, de graines de charme, de baies d’arbustes spontanés dans le pays. Un ouvrier, armé d’un bâton ferré, parcourt la lande, et ouvre de petits trous, dans lesquels il glisse quelques-unes des baies récoltées. L'effet est prompt et certain.

Si la lande est à l’état de lande de buis, le mieux est souvent de la laisser évoluer naturellement ; si l’on veut planter, il faut agir avec circonspection et prudence. On plante à l'automne, dans les endroits les plus fertiles, chênes rouvres, pins noirs et épicéas ; mais on a soin de verser dans les potets et de distribuer parmi la

mousse des glands, des alises, des baies d’épine noire, de mahaleb,

de nerprun des Alpes, d’amélanchier, de cotoneaster, des noïsettes, des cupules de charme, des capsules de buis, etc. Rien de tout cela n’est inutile, la brosse étant toujours l’état larvaire de la forêt.

Celle-ci étant enfin constituée par plages, par bouquets, l'humi-

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dite etant rendue au sol, la pâture, rénovée, peut rendre 1,500 à 2,000 kilos de fourrage vert à l'hectare. C’est un rendement brut de 30 à 40 fr. Ce n’est pas le Pérou, assurément ; mais cela vaut mieux que rien. Sans être abondants, les produits ligneux ‘auront bien aussi leur prix, et les vignerons, en particulier, pourront s'approvisionner facilement en échalas, en cercles, en piquets, en bonshommes, etc., tirés de ces jeunes forêts.

En ce qui concerne les rideaux d’abri à établir dans les vallées, on devra choisir exclusivement les résineux, en raison de leur rôle particulièrement efficace de paragréle ; les essences à recommander sont l’épicéa et le mélèze.

2. Région montagneuse jurassique. — Le haut Jura, avec son taux de boisement voisin du taux normal, forme une région particulierement riche et ferlile. C’est la terre classique des prés-boiïs. L'épicéa et le hétre constiluent les principales essences forestières ; l’épine blanche et le coudrier en sont les plus précieux adjuvants.

Par la création des prés-bois, on parvient aisément à doubler le revenu des pâturages inégalement fertiles, où les parties rocheuses el accidentées allernent avec les parties profondes et mollement tourmentées. On donne aussi une assise plus solide à sa fortune. Le proverbe dit qu'il faut toujours avoir deux cordes à son arc. Rien de plus vrai. Le bois a pris de la valeur jusque sur les points les plus élevés de la chaine jurassique, et la culture forestière remédiera facilement aux éclipses partielles de l’industrie fromagère. Celle-ci, d'ailleurs, ne peut se développer sans combustible.

La constilution des prés-bois ne demande qu’une faible avance de capitaux, à peine 90 fr. par hectare boisé, en supposant l'emploi de ronces artificielles. Le montagnard supprime généralement cette dépense et se contente de préserver le jeune plant de la dent du bétail en enfonçant à son pied une ou deux épines blanches. | |

Le choix de la variété d’épicéa à employer n’est pas à dédaigner. Pour les stalions inférieures à 800 mètres, nous conseillons l’épicéa pleureur (Picea pendula, Christ) ; pour les stations supérieures, on s’adressera aux autres variétés ; la forme colonnaire (Picea columnaris, Wahl) convient tout spécialement aux plateaux découverts et ventés.

En général, on devra s’efforcer de donner aux bouquets résineux une étendue de 25 ares au moins, el la place du hêtre se trouve sur les bordures. Cette dernière essence est toujours très

utile dans les boisés montagneux, d’abord pour donner du bois de feu, ensuite pour fabriquer un terreau doux, celui fourni par les aiguilles de la pesse étant plutôt acide.

3. Région cévenole. — Il faut distinguer avec soin, dans la région cévenole, les terres volcaniques des terres granitiques. Les premières conviennent spécialement à l’herbage, les autres au bois.

Dans son ensemble, le plateau central n’a guère qu'un taux de |

boisement de 10 à 12 °lo3 cela mesure sa pauvreté. Reboisé êt couvert de forêts et de prés-bois, il deviendrail PES PEER un magnifique pays d'élevage.

Création de prés-bois en terrains volcaniques. — Sur ces terrains éminemment ferliles, un herbage bien tenu peut rendre jusqu’à 8,000 kilos de fourrage vert à l’hectare. Les légumineuses y sont abondantes et représentées par le trefle blanc, le trèfle des prés, la gesse des prés et le lotier corniculé. La prairie a toutefois tendance à se salir de chrysanthèmes, mauvaise plante fourragère, qui décèle ordinairement par sa fréquence l’appauvrissement du

terrain.

Ce qui manque le plus aux terres de ces régions volcaniques,

c’est la fraicheur. Le sol, naturellement très coloré, absorbe facilement toutes les radiations calorifiques; il se dessèche à la surface et ne fournit plus aux fonctions d’évaporation des plantes; le gazon brûle, et la composition de l’herbage va en déclinant sans cesse. On comprend ainsi facilement de quelle importance peut ètre, pour les prairies, la présence d'arbres et de forêts qui entretiennent autour d'eux une humidité constante. Par le fail seul de la chlorovaporisation, un chêne isolé, portant environ 700,000 feuilles, a vaporisé de juin à octobre, c’est-à-dire en cinq mois, la quantité presque fabuleuse de 111,225 kilogrammes d’eau (Van- Tieghem) (1). Or, cette eau, ne provenant que des parties profondes

du sol, est rendue à l’atmosphère, surtout pendant les périodes de |

sécheresse, sous forme de bienfaisante rosée.

Le boisement des mauvais herbages s'impose donc comme un moyen simple et pratique de les améliorer. Deux essences devront

(1) En rapportant cette expérience de M. Van Tieghem, nous n'avons d'autre but que de montrer l'importance de la chlorovaporisation. Mais les faits doivent, être différents dans la nature et dans le laboratoire. L'intensité du phénomène

est néanmoins fort grande. On en à le très vif sentiment quand on pédale par 4 :

une soirée d'été : trempé de sueur dans la plaine, on sent, au ris de la forêt, comme une douche d’eau glacée tomber sur ses épaules.

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être surtout employées dans la création de ces prés-bois; ce sont le mélèze et l'épicéa. Le prémier, pivotant, à terreau doux, peu être disséminé dans la pâlure à raison de mille à quinze cents plants à l'hectare, le second, traçant, à lerreau acide, sera planté en bordure ou consliluera des bouquets sur les plages rocheuses. Le hêtre, introduit plus tard sous le massif, donnera de l’assielle à la jeune forêt, et assurera sa pérennité. De tels prés-bois sont susceptibles de rapporter à l'heclare 5,000 kilos de fourrage vert, valant brut 100 fr., etenviron 60 fr. en produits ligneux, à réaliser par une vente de 3,600 fr. tous les soixante ans. Les frais de fournilure et de plantation de 5,000 plants peuvent s'élever à 80 fr.

Création de prés-bois en terrains granitiques. — Nous avons établi, chiffres en mains, dans la première partie, la possibilité de décu: pler le revenu de la lande granilique, en substituant la culture. fo: reslière à la cullure pastorale agonisante. Celte culture forestière, lemporaire ou permanente, permet aussi de régénérer l'herbage et de rendre au sol sa fécondilé perdue.

Le pin sylvestre, var. d'Auvergne, constitue rapidement des futaies, qui, convenablement, éclaircies, offrent, dès leur 25° année, des ressources appréciables au pâlurage.

Si la lande est à l'état de lande rase, on sème le pin sylvestre à la volée, à raison de cinq kilos par hectare. On mélange un kilo de graines de genèêls à balais, dans le but de créer un abri au jeune plant. On herse avec un fagot d’épines. Coût total : 35 à 40 fr. l'hectare.

Si la lande est couverte d’un manteau peu élevé de callunes ou d'airelles, on sème encore à la volée, à raison de six kilos de graines pures. On fait ensuite passer un troupeau de moutons pour secouer la bruyère el enfoncer la graine. Coût Lojal : 40 à 45 fr. l’heclare.

Ces semis se font au printemps.

Mais, si la bruyère et les airelles sont très hautes et très fournies, on substitue le semis par potels au semis à la volée. On défriche, pendant l’élé qui précède le semis, environ 5,000 carrés de 0"30 à 040 de côté à l'heclare; on cullive à 0"25 de profondeur et on ré4 jetle au fond du polel la lerre acide de la surface. Au printemps suivant, on sème une douzaine de graines dans chaque carré, on donne un léger coup de ràteau et on recouvre avec quelques liges de bruyère verte. Il faut de 4 à 5 kilos de se à res et la “el te semonte à 80 fr..environ.., 0: {41.40 50 unit 6 rieur

Les plantations sont en général plus onéreuses que les semis. Effectuées au printemps, aussitôt après la fonte des neiges, à raison de 5,000 plants à l’heclare, elles reviennent à 80 fr. (plantalion au coup de pioche) ou à 120 fr. (plantation par potels).

Les semis ou les planlalions ayant convenablement réussi, la bruyère disparait entre quinze. el vingl ans. À ce moment, les éclaircies commencent à devenir rémunéralrices, et l’on peut disposer pelit à pelil le peuplement en un massif clair, apte à produire des herbes spontanées. On aura soin toutefois d’envelopper la pàture d’un cordon continu et plein, large de 15 à 20 mètres, dont la densilé sera augmentée par des plantalions de sapin effectuées en sous-élage. Mèmé précaulion sera prise le long des-chemins ouverts à travers la pineraie. Le pré-bois est ainsi divisé en un cer: tain nombre d’enclos naturels (quatre dans la figure ci-contre),

qui facilitent singulièrement la garde du troupeau, la repousse de l'herbe et la régénération des boisés. Il faut cependant éviter de donner une trop faible étendue à ces parcelles, car on a consalé que,le bétail aime les grandes espaces et ne profile bien que la. ANS De Lels prés-bois peuvent rendre à l'hectare, entre vingt-cinq et cinquante ans, 2,500 kilos de fourrage vert, valant brut 50 fr., et 2 m. c. d’étais à 18 fr. l’un, ci 36 fr. Mais la fertilité du sol diminuant de plus en plus, la lande de bruyère tend à reconquérir l'herbage après vingl-cinq ans. C’esl pourquoi, à celle cullure ex-

tensive du bois, nous préférons la cullure foreslière volante. La

pineraie, une fois créée, est parcourue jusqu'a quarante ans en coupes périodiques d'éclaircie, puis elle est divisée en un certain nombre de lots, dix par exemple, que l’on exploile successivement à blanc estoc. Sur le sol dénudé, mais enrichi par un humus

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abondant, la végétation herbacée se développe avec vigueur et peut donner facilement, pendant quinze ans, 5,000 kilos de fourrage vert à l’hectare. Une montagne ainsi trailée est susceplible de rapporter un revenu net de 100 fr. par hectare et par an, el le fonds, loin de s’appauvrir, va en s’améliorant sans cesse.

- Il existe dans la région granitique du plateau central d’assez grands espaces tourbeux et qui ne sont peuplés que par de rares pins sylvestres rachiliques, autour desquels croit un mauvais gazon de laiches, d’ériophorums, de parnassies des marais el d’airelles. Les hypnes et les sphaignes occupent les parties les plus humides. Pour meltre en valeur de semblables terrains, absolument improductifs, il suffit de répandre à la surface du sol des remananis provenant d’exploilalions forestières, et de planter sur molles des épicéas dans les endroits affermis. L’épicéa et le saule à oreilletles sont les végélaux les mieux adaptés à ces stations lourbeuses. |

4. Région alpestre. — Pour plus de simplicité, nous diviserons les Alpes en trois zones, savoir : | $ __ 1° La zone calcaire des Préalpes extérieures; taux de boisement : 12 à 18 °/.; : \

20 La zone subalpine inférieure; taux de boisement : Alpes vertes : 23 à 25 °/,; Alpes sèches : 10 à 12 °/..

3° La zone subalpine supérieure ; Laux de boisement : 5 à 10 °/..

1. Zone des Préalpes supérieures. — Celle zone, naturellement sèche, a élé imprudemment déboisée et manque d’eau. La cullure de la vigne occupe le fond el les premiers contreforts des vallées; au-dessus s’élendent de vastes landes de buis, à peu près improductives, et ne nourrissant qu'une pelile quantité de chèvres et de brebis. Leur reboisement intégral ou partiel modifierait de fond en comble l'aspect de ces régions. Les prés-bois peuvent ètre conslilués soit avec des essences feuillues, — et il suffit d'utiliser les forces gratuites de la nalure et d’enclore le terrain à reboiser, — soit avec des essences résineuses : pin noir dans les sols les plus stériles, épicéa pleureur dans les fonds un peu meilleurs.

Tout ce qui a élé dit pour les basses vallées jurassiques s'applique aux Préalpes calcaires; nous n’y reviendrons donc pas. |

2. Zone subalpine inférieure. — C’est, à proprement parler, la zone: des forêts. Riche et fertile dans les Alpes vertes, qui ont conservé: leurs bois, elle devient stérile et désolée par les torrents dans les

Alpes sèches, qui les ont perdus. Elle n'offre guère d'intérêt, au point de vue sylvo-pastoral, que dans les vallées, où sont de nombreux prés-bois. Ceux-ci sont peuplés tantôt d’aune blanc ou d’aune pubescent (Chamonix, Les Conlamines), tantôt d’aune blanc et d’épicéa pleureur (Bonneville, environs d'Annecy, elc.), tantôt d'arbres d’émonde, chêne principalement (Ugines, Sallanches). Ces prairies sont fauchées dans les basses vallées, — reégions du chêne; — elles peuvent alors rendre deux ou trois mille kilos de foin sec à l’heclare dans les années humides; elles sont pâlurées dans les hautes vallées, — régions de l’aune, — et leur production est à peu près de 2,500 à 2,700 kilos de fourrage vert à l'hectare. Un hectare suffit donc pour nourrir une pelile Neub de la vallée de Chamonix pendant quatre où cinq mois.

Des irrigations tripleraient le rendement de ces prairies et de ces herbages, généralement mal lenus et composés surtout de graminées médiocres et de laiches. L’aune blanc est ici l'essence fondamentale du pré-bois; sa feuille, recouverte d’un enduit cireux, est dédaignée du bétail et conslilue un bon engrais; mais si sa croissance est très rapide dans le jeune âge, son bois est, en revanche, peu recherché. En lui associant l’épicéa pleureur, sur les bordures; à raison de 300 à 400 pieds par hectare, on pourrait réaliser, après cinquante-cinq ou soixante ans, pour 5,000 à 6,000 fr. de

produits ligneux, sans nuire beauconp au gazon. Une pâture bien

aménagée renferme environ 2,000 plants d’aune à l’hectare. L'hippophaé rhamnoïdes conslilue, dans ces régions, d'excellentes bouchures (haies nalure, non soumises à la taille), et ses épines protègent merveilleusement l'épicéa contre la dent du bétail -

Quelle est l’action de l’arbre dans ces hautes vallées ? Elle est

énorme. En l’absence de vignes, le montagnard lire sa boisson des pommes et des poires. Toules les maisons sont entourées de ver-

gers herbeux, envahis par la berce (Heracleum spondylium), et

plantés de nombreux arbres fruitiers. Or, ces vallées sont parcou-

rues par des vents alisés, diurnes et nocturnes, qui nuisent aux arbres par leur continuilé, qui aiguisent le froid et rendent parti=

culièrement fréquentes et funestes les gelées de mai et de juin. Il est d’observalion banale que les vergers les plus productifs sont: les mieux abrilés. Cet abri est fourni gratuitement el en grand par; les arbres des prés: bois, dont le rôle de protection: ne: saurait être méconnu, : | SR CT

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ment dans les Alpes la ruine du dessous. Or, la ruine du dessus commence par le déboisement des alpages et la dégradation corrélalive de leur œazon ; de même que dans les friches calcaires, le mouton est seul en état d'utiliser les hauts pâlurages de la région alpestre, appauvris et garnis d'une herbe épaisse, mais lrop courle pour la vache ou la génisse. Il suffil de l’arbre pour donner naissance à un gramen plus abondant et plus élevé. Les pâturages déboisés de cette région fournissent 500 à 600 kilos d'herbes vertes, équivalant à une possibilité de 3 à 3.5 moutons par hectare. Or, pour mesurer

l’aclion fertilisante de l'arbre, il suffit d'évaluer la production

herbagère des prés-bois dans la zone qui nous occupe..Ceux-ci sont divers, comme les stalions et comme le sol; nous distinguerons donc : |

4° Mélèzeins des terrains calcaires. — Le mélèze constitue dans la haule montagne, et particulièrement dans les Alpes sèches, l'arbre par excellence des prés-bois. On le lrouve abondant surlout dans

les stations fraiches et abrilées. Les tempéralures basses ne lui sont pas contraires, et ses jeunes feuilles décomposent déjà l'acide

carbonique entre 0°5 et 25, alors que les herbes des prairies ne le

font guère qu'entre 1%5 et 3°5. Ses dépouilles se décomposent rapidement en donnant naissance à un terreau doux, non acide, qui favorise beaucoup la végétation herbacée. Il est moins sensible que les autres essences résineuses à l’abroulissement, et si les allaques ne sont pas trop fréquentes, il parvient à se reconstiluer assez rapidement une flèche. Son bois est eslimé à l'égal du chêne dans la plaine, el il n’est pas rare de trouver des chalels construils avec celte essence et remontant à plusieurs siècles. IL vit bien solitaire, mais mieux encore quand il est mélangé avec l’aune blanc ou: avec l'épicéa. Ce dernier a cependant tendance à envahir dans les forêts de la haule Maurienne que nous avons visilées. A Albane (Savoie), la forêt communale est consliluée par des canlons épars, isolés au milieu de parcours boisés, non soumis au régime forestier. Les parcours ne renferment que des mélèzes; les cantons foresliers contiennent une proportion notable d'épicéa, deux ou trois. dixièmes. En septembre 1892, le bélail n'avait pas accès dans la

forêt communale, et la production herbacée pouvait se monter à

environ 3,000 kilos d'herbes vertes par hectare; elle était manifestement: moins serrée, moins riche, dans les parcours non soumis, où elle pouvait atteindre 1,800 à 2,000 kilos sur la même conlenance. C'était, néanmoins, trois fois plus que ne donnait l’alpage

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= 450 = découvert. Et, tandis que la forêt fabriquait environ 2 m. c. de produits ligneux par hectare et par an, le:parcours n’en donnait guère que 0500. Moins d'herbe et moins de bois, telle est la conséquence d’un pâturage ininterrompu. De là découlent : 1° l'utilité du boisement des alpages; 2° la nécessité d'établir une rolalion dans les cantons ouverls au parcours. | L'arbre agit sur la pâlure par sa dépouille, source d'humus, et par l’eau qu'il enlève aux parties profondes du sol pour la rendre aux parties superficielles sous forme de rosée. Un mélèze de 150 à

200 ans doit certainement dégager, aux heures chaudes de l'été,

plus d'un mètre cube d’eau par vingt- -quatre heures. C'est donc

une véritable pluie, douce et bienfaisanle, qui est versée par

l’arbre sur le sol toujours alléré des Alpes méridionales. Celte aclion fertilisante et rafraichissante sera d'autant plus

énergique que le peuplement sera plus dense, et c’est ce qui ex-

plique la richesse du tapis végélal sous les forêts bien pleines et sa pauvrelé croissante sous les massifs qui se délabrent.

Celle nolion de couvert alleint dans le pré-bois une grande importance, el, pour uliliser completement le sol et l’espace, créer la forêt et le massif complet, il faut au moins 300 ou 400 pieds d'arbres par hectare.

: La possibilité herbagère des mélèzeins dépend surtout du taux de boisement. Si une forêt pleine el reposée peut nourrir une: vache de montagne pendant cent soixante-six jours, un clair pré-bois, ne renfermant qu'une centaine d'arbres à l'heclare, n’assurera plus celte subsistance que pendant quatre-vingt-dix ou cent jours.

M. Broilliard, au témoignage duquel il faut toujours recourir, a constaté qu’en été le troupeau de Puy-Saint-Pierre (Hautes-Alpes) n’a pas d’autre nourrilure que l’herbe de la forêt communale; or,

celle-ci nourrit une petite vache à l’heclare pendant Fe mois. C’est là le Lerme moyen.

- Quant à la possibililé en produits ligneux, elle variera Het suivant la population forestière. Faisant abstraction des mélezeins

silués. sur les récentes moraines glaciaires, à de basses alliludes

(1,000 à 1,300 mètres), et dont la production ‘est très élevée, nous ne croyons pas que les autres rapportent plus de 2 m. c. par hectare et par an, donnant ainsi un revenu de 20 à 50 fr.

. Quant au pré-bois, sa production, pour ainsi dire insaisissable,

peut êlre fixée approximalivement, aux lieux où nous l'avons étudié et dans de vieux peuplements, à

2m, c. pour une population de 300 à 400 arbres par hectare.

(Ce — 15 à 100 — —

Ce n’est là, bien entendu, qu’un sinple aperçu.

La régénération du mélèze se fail bien sur un sol cultivé, gratlé ou mis à nu. Par suile, l’exlension de la forêt ou du pré-bois's’opérerail facilement et de proche en proche, par pieds isolés ou par bouquets, si n’élaient la chèvre et le mouton. De grandes étendues de terrains pourraient êlre ainsi reboisées sans frais, par le simple établissement d'une clôture.

Mais, si la création de prés-bois, par semis naturels ou par plantalions, est chose facile et peu onéreuse dans les endroits abrités, il n’en est pas de même dans les lieux découverts et venlés, sur les sommets en pente où la neige coule et froisse le jeune plant. Là, il faut procéder comme nous l'avons indiqué dans la cinquième parlie, et la constitution d’un large rideau d’äbri en feuillus parait

écessaire. On peut utiliser l’aune blanc, le sorbier el l'ahisier faux

xéflier. Ce dernier offre au Llétras bon gite et.bon souper.

. de Mélèzeins des terrains siliceux. — Le décor est bien différent quand on passe des Alpes calcaires aux Alpes siliceuses. La, plus d'herbes sous le mélèze, mais une lande stérile el monotone de rhododendrons, qui progresse avec une rapidité foudroyante, émigrant des pâturages ruinés du sommet dans la forêt éventrée du dessous. Cette lande est un fléau; elle s'oppose a la régénéralion nalurelle, enserre et étouffe le jeune semis, édifie avec ses déchets une tourbe acide, vérilable terrain mort. La forêt qui surplombe est misérable; les arbres sont rares, jaunes, envahis par la Peziza Wilkommii, et si frustes d'aspect, qu’un de nos jeunes camarades, faisant ses premières armes dans les Alpes, ne pouvail se résoudre a conserver ces fantômes, si drôles avec leur barbe pendante d'Usnées. Dans loute la chaine du Mont-Blanc, la forêl de mélèze disparait sous la triple influence du pâturage, de la lande acide et des avalanches. De pâlurage, il n’y en a pas, en dehors de quelques cuveltes, de quelques crases abritées et défendues par l’aune vert; de forêt, il n'y en a guère plus. En 1895, nous fûmes appelé, par accident, à marleler les coupes de Chamonix, et nous garderons longtemps le souvenir de celle assise dans la parcelle I du canton de .Chosalet. Au-dessus d’alluvions torrenlielles et glaciaires, peuplées d’admirables prés-bois, se présentaient des cargneules tuffacées et des schistes noirs du lias; là, la forêt était assez pleine et la lande

peu vigoureuse. Mais, dès que l’on abordait les gneiss granulitiques, les fourrés de rhododendrons, cà et là tressés d’aune vert, s’épais-

sissaient et l'on se hissait plus qu’on ne marchait. A perte de vue s’égrenaient des mélèzes de 3 à 4 mètres de tour, distants de 9%5 a 40 mètres, avec quelques épicéas mal venants en mélange. Il fallait prendre la dedans une centaine de mètres cubes. Grave question ! .l’avalanche fondant de partout et les semis faisant absolument défaut, en dehors des places où l'on avait. arraché les souches. Le marteau brülait la main, mais il était pénible de coucher pareils

colosses. Le garde nous ayant dit que sur le plaleau « nous au-

rions beau faire, » nous monlâmes. Le plateau élant à peu près désert, il fallut redescendre. Constatons que le volume a masqué complètement, dans ce canton, l’indigence de la forêt; celle-ci court à sa perte, c'est sûr. C’est là un exemple de la dégradation provos quée par la lande. DE

Entre le glacier des Bossons et celui des Pl tout en oi |

se trouve un coin énorme de mélèzeins emporlé par l'ouragan. C'était superbe. La forêt, faisait mur contre le pâlurage. N’étant plus protégée par ies feuillus, elle s’est écroulée; c'était inévitable.

Enfin, au-dessus du hameau du Praz, la forêt résineuse est crevée; un large ruban d’aune vert court à travers, c’est le passage obstrué d’une avalanche détachée de l’Aiguille du Midi. Notons bien ces fails de cantons de forêts détruits, faute de FE d’autres reconstitués par ce mème feuillu. Ré

. À Pormenaz, sur les Ouches, au Prarion, sur Saint- GeraiS le Bains, en sol de Bésimaudiles, le deuil est le même. La lande

de rhododendrons envahit tout : pâturages et mélèzeins.: JE y: |

Tr me AE tes Sté rés SAONE

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__ 453 — avait pourtant là, ‘autrefois, des taillis d’aune vert, au-deésous desquels poussaitl un court gazon de nard raide. Le montagnard à détruil l’aune pour faire monter le gazon; au lieu de cela, il l’a tué.

Ayant passé une parlie de notre carrière en contact avec la lande alpine siliceuse, nous avons depuis longlemps cherché le moyen économique de la combattre.

La première idée qui vient à l'esprit de l’ Ut c’est de dé- fricher. Or, le défrichement est possible dans les propriélés particulières de faible étendue ; mais, dans des pâturages communaux, renfermant jusqu'à cinq cents hectares et parfois plus, il est absolument impraticable. Autant vaudrait tisser la toile de Pénélope. En voici la preuve. Les locataires du chalet Poor, commune de Saint-Gervais-les-Bains, sont tenus de verser chaque année à la caisse municipale une somme de 24 fr. pour le défrichement de la lande du Prarion. L'ouvrier qui a cette entreprise, tout en choisissan! soigneusement les places les moins touffues, ne peut netloyer plus de 15 à 20 ares de terrain. En pleine lande, il ne défricherait que 8 à 10 ares, d’où une dépense de 240 fr. par hectare, de

24,000 fr. pour 100 hectares. C’est trop. Et cela d'autant mieux que, :

si le sol n’est pas fumé copieusement après LArraGRese: la lande se reforme derrière l'opérateur. |

On a ensuite conseillé le feu : c'est un auxiliaire toujours res reux. On peut bien, d’ailleurs, brüler la bruyère et le genévrier, mais le rhododendron est plus difficile à alleindre. En admettant que l'on y réussisse, on n'aura rénové que pour quatre ou cinq ans le lapis végélal, car, sur ce sol déjà trop pauvre et epuisé par l’incendie, l'airelle et les bruyères feront bientôt, comme nous l'avons déja dit, un retour offensif et victorieux. |

Reste l'irrigation. L'irrigation donne d'excellents résultats

quand on peut jeter Sur la lande acide des eaux calcaires; mais si ce sont des eaux siliceuses, l'effet est nul. Nous connaissons maints endroits où le rhododendron croît le pied dans l’eau. | Aucun des moyens préconisés ne peul donc conduire économiquement à des résultats durables. Pour arriver à une solution satisfaisante, il suffit de remarquer. que :

.… 1° L’aune vert est la seule essence tbe qui ail PEAR DACINRES raison de la lande de rhododendrons;

- 2° Les genévriers nains épars au milieu des rhododendrons don nent naissance à un terreau neutre, qui permet aux graines d’épicéa, toujours, et à celles de mélèze, quelquefois, de trésir et de grandir;

.8° Les landes renferment constamment des teppes gazonnées, disséminées de loin en loin et reliées entre elles par des sentiers herbeux, frayés par le bétail.

: S'il s’agit d'entreprendre la mise en valeur d'une lande sténdue, renfermant des vides enherbés A, B, C, D, E, on commencera par

relier les vides au moyen de chemins de 10 mètres de largeur, en s’alttachant à suivre les veines de bon terrain. L'emplacement de ces chemins sera soigneusement défriché : c’est le canevas de la prairie. En passant et repassant, le bélail use et lime les touffés de rhododendrons, éclate les buissons et étend la tache d'herbe. , Parallèlement à ces travaux de défrichement, on cherchera à étouffer la lande en créant de loin en loin, dans les parties les plus touffues et les mieux prolégées contre les incursions : du bétail, des bouquets boisés se protégeant mutuellement. Dans les buissons de genévriers, on jellera des cônes d'épicéa ; sur les hauteurs, on plantera de l’aune vert par potels, ou mieux, on sèmera de la graine de cette essence, après avoir arraché à la main quelques touffes de rhododendrons. L’aune vert, plié par les neiges, se marcotle avec une merveilleuse facilité et conslilue une forêt qui marche. I suffira ensuile d’éclaircir légèrement les laillis pour voir le mélèze surgir spontanément et le gazon apparaitre comme par énchantement. Une commune possédant 500 heclares … de landes, volant chaque année 250 fr., et recevant une subvention d’égale somme de l'Élal, peut, en vingt-cinq ans, reconqué:-

rir 50 hectares de pâturages et garnir 100 hectares de taillis d’aune vert et de bouquets d’épicéa. La lande, une fois brisée et émiellée, disparaitra en cinquante ans. Les ressources de la nature sont infinies.

3° Pessières des schistes du lias. — Les Sommels liasiques des Alpes verles sont peuplés d’ombres de prés-bois jelés au milieu de pàturages plus ou moins écorchés et ravinés, plus ou moins éventrés par les eaux indisciplinées et sauvages, qui, au lieu d’engendrer la fertilité, ne sèment que la désolation. L'épicéa, — et le plus sou-

vent l’épicéa colonnaire, — est l'essence fondamentale de ces prés. |

bois. A peine y lrouve-t-on encore quelques pieds très précieux de sorbier des oiseleurs entre 1,700 e12,000 metres, quelques laches d’aune vert le long des ravins et quelques hèêtres, au port lourmenté, entre 1,250 et 1,660 mètres.

- Tous ces débris de.forèts plus opulentes ne se régénerent plus et s’en vont. Le pâturage en est seul cause. Pour fuir les grosses chaleurs, le bélail se réfugie à l'ombre des arbre. Il broute, màâchonne et fait disparaitre les rares semis qui ont pu se produire sur un sol malelassé d’airelles, labouré d'ornières ou pélri comme du ciment. De son côté, le berger entaille la forêt, s’altaquant lou- . jours aux gros arbres, aux ciladelles qui sont la sauvegarde du massif. Il est de toute nécessité, si l’on veut sauver ces prés-bois, qui ne rapportent plus rien en fait de produits ligneux, tous les arbres étant tarés, blessés ou pourris, de réglementer séverement le pâturage et d'établir un roulement de parcours. Et ce n’est plus cinq ans qu'il faut pour assurer la régénéralion en ces lieux élevés, mais vingt ou vingl-cinq ans. Comme il serait peut-être difficile de mettre en défens pour un laps de temps aussi grand moilié de la forêt, on peut arriver à reconsliluer progressivement le massif par bouquels en créant des enclos de régénéralion, entre lesquels le bétail peut circuler à son aise. Plus les bouquets seront étendus, moins seront élevés les frais de clôture.

La première chose à faire dans un pré-bois schisteux, c'est de reconnaître les sources et les ravines; de capter grossièrement les premières el de corder les secondes de ronces artificielles. C'est ensuite de rendre le berger responsable des dégäts commis en forét et de supprimer radicalement le parcours pour cinq ou six ans dans les parcelles où des délits auront été constatés.

En ce qui concerne plus particulièrement le reboisement, il n’y a pas à s'inquiéter. On peut, si l’on veut, jeter sur le.sol effrilé quel-

te. Von

ques kilos de graines d’épicéa, d’aune vert et de genévrier näin (t); mais, s’il y a un arbre fertile dans le voisinage, il suffira à lui seul pour régénérer le vide, pourvu toutefois que l’on ne se trouve pas au-dessus du niveau des forêts, c’est-à-dire à plus de 1,800 ou 2,000 metres.

Le pré-bois d'épicéa, constitué par bouquets denses, est d'un bon rapport, même aux altitudes élevées, pourvu que l’on donné moitié du sol au bois et moilié au gazon. Cela étant, il peut rendre : | |

OMS à 1 m. c. de produits IsRdaRe VERS 2 fr. 90 à 5 fr. par hectare;

4,000 à 1,200 kilos d'herbes vertes, valant 4 fr. 40 à 5 fr. 20 do | hectare. 2

Le revenu de l’herbe balance donc à peu près celui du bois:

Si la forêt n’occupe pas la moitié du terrain, on risque de voir les myrtilles et les genévriers envahir le sol et détruire ces beaux et riches gazons de phléole des Alpes que nous avons lant de fois admirés.

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