VOIX PLUS LOINTAINE DE JESUS
Ma petite brebis,
Jésus t'appelle dans la nuit.
Voici mon âme, reçois-la.
Sois-en la gardienne. C'est tout moi-même que voilà Porte mon âme dans la tienne.
Celui, le fier, que je me veux
Et que je te confie But avec toi l'eau de la vie, Celui que nous sommes tous deux.
Mais s'il advient que je déchoie.
Ne me connais un jour Que pour une ombre au fond de toi.
Sois-je embaumé dans ton amour !
La Toute Pure, sois en peine.
J'ai le mal du soleil.
Ma chair est pleine de sirènes Qui s'étirent et se réveillent.
Le premier jour du monde, A même les halliers touffus, Dans un flot de lumière blonde, Eve a passé nue.
Elle allait devant elle Par la forêt et les prairies, La voluptueuse mortelle, Htlaubeasouri.
Et la châtaigneraie Et les halliers et les collines
En sont restés à tout jamais Des choses câlines.
Et l'herbe garde encor De son passage dans la plaine Le tiède parfum de son corps,
Les fleurs de son haleine
Et bien des jours après, Je suis venu dans le soir rose, j'ai senti qu'Eve m'étreignait
Dans toutes les choses !
J'étais assis dans le sable d'or.
Le soir croulait en rougesdécombres,
Une inconnue est venue alors
Et son ombre a passé dans mon ombre.
Dans l'air aux lueurs musiciennes, C'était un corps plein de volupté, Celte ombre qui traversait la mienne, Le fantôme de mes chastetés.
De toutes parts, entre les yeuses.
Dans la bruyère aux parfums cruels, Je vois des ombres silencieuses Qui se croisent et puis qui se mêlent.
Je vais lassé dans l'enlacement
Des ombres qui s'allongent, qui sombrent.
J'ai peur, j'ai peur désespérément
Que nous fassions comme ont fait nos ombres.
Et ainsi où vais-je, en m'en allant, Vers quelle ville, en disant des mots, Vers quelle maison d'ombre, en suivant Ces pas moelleux sur le sable chaud ?
Maître,
Que vous tardez à paraître !
Le fruit crève d'amour : il est mûr.
J'ai peur des mains des créatures.
Je ne confierai pas ma honte à Marthe, non ! Profanation ! !
Je ne sais pas quelle autre a passé, lente et belle, J'ai eu peur d'elle.
Oh ! lui laisser ravager
Le trésor solitaire et saignant du verger !
Aimer un oiseau frêle une heure avec un peu D e l'impossible amour exaspéré vers Dieu !
Seigneur, Seigneur,
Je ne peux plus calmer mon cœur !
MARTHE
D'où viens-tu?
LE PAU y RE PÉCHEUR
Je m'en vais Mâchant le goût mauvais De l'acte que j'ai fait.
MARTHE
D'où viens-tu?
LE PAUl^RE PÉCHEUR :
Je m'enfuis Devant ce qui me suit :
Mon ombre est une nuit.
MARTHE
D'où viens-tu?
J'ai marché Sur ton cœur arraché.
MARTHE
D'où viens-tu?
Du péché,
J'ai péché contre toi, la Toute Sage Et tu l'as vu sur mon visage.
MARTHE
Je ne suis plus d'ici.
Je suis au loin dans un htrbage une brebis.
J'ai péché n'importe avec laquelle.
Je voulais, jetais fou !
Me libérer du poids de mon cœur n'importe où.
MARTHE
Qu'est-ce que ça peut faire à un mouton qui bêle ?
Oh ! ne raille pas.
J'étais dévoré par le feu.
J'ai tenté Dieu.
J'ai voulu l'étreindre avec mes bras.
J'ai soulevé en moi toute la mer.
J'ai tendu, j'ai brisé la lyre de mes nerfs.
C'était trop d'amour pour une créature.
J'ai péché,
La Toute Pure,
Pour ne plus aimer!
MARTHE
Le dimanche,
On baigne la brebis blanche.
LE PAUVRE PÉCHEUR Par pitié ! De grâce î !
MARTHE
Vois-tu ce nuage qui passe ^ C'est ma laine qui vole, qui vole.
Marthe, serais-tu folle?
154 LE PAUVRE PÉCHEDR
MARTHE
A mon cou des angelots
Attachèrent avec soin
Une cloche sans grelot,
Une bulle
Qui ne tintinnabule
Point.
Et j'ai beau remuer la tète, rien ne sonn(
Elle est vide: personne !
Marthe, Marthe, orna douce insensée!
MARTHE
Je sais, je sais.
Je suis blanche pour toi.
Marthe, écoute-moi.
MARTHE
Quoi?
Je ne suis plus
Qu'une bête des champs, couleur de la vertu! Continue à conter quand même ton histoire Si j'allais retrouver une heure de mémoire.
Marthe! Marthe!
MARTHE
Vite, allons ! N'atten ds pas que mon âme reparte !
Eh bien, voici.
Et puissé-je,
En te disant mon sacrilège,
Ressusciter dans la colère ton esprit!
MARTHE
Vite! Continue!
Lt PAUVRE PÉCHEUR:
Comme j'avais suivi la femme survenue, Tandis que je baisais la fleur de sa chair nue, j'ai fc^rmè les yeux pour un mensonge mental. C'est toi que je pressais sur mon cœur triomphal !
MARTHE
Au fait, je suis sotte!
Joubliais de te dire:
Ce matin les anges vont revenir.
Ils friseront ma laine avec des papillotes
Et puis ils baiseront les yeux de la brebis...
LE PAUVRE PtCHEUR:
O Jésus, prenez-la dans votre Paradis!
JbSUS:
Je te dis vraiment
que c'est la Noël
qui luit cette nuit.
Qu'il te faut revivre
une vie avec
l'enfant que je suis.
Et bien renoncer
aux dilections
des matins passés..
j6o le pauvre pécheur
Faire sans gémir
ton petit devoir,
tout recommencer,
Rentrer au bercail
monotone, étroit
de ton rôle obscur.
Palpiter, agir,
imiter en toi
toute la nature.
Etre uniquement
la Création
que bénit le Père, Et le grain de mil
qui prie en vivant
la grande prière, Vivre humble et soumis,
poussière et péché,
le cœur plein de ciel,
Dans la vertu simple
et dans les douceurs
pénitentielles,
LE LIVRE DE LA FOLIE l6l
Ne plus me chercher
dans la terreur blanche
et dans le délire.
Tu n'es pas élu.
Je rirais de toi,
si Dieu pouvait rire!
Mon petit enfant,
va, viens, sois le juste
avare du temps, Et sois bon à tous,
ainsi que ton Dieu,
ce petit enfant.
Sois ton frère, et sois
le dernier venu.
Ne crois pas qu'il faille S'affranchir de soi...
Me voici naissant
sur un peu de paille.
Deux bons animaux
avec leur haleine
échauffent mon corps.
Sois naïf avec
les petits du peuple
et ta sœur qui dort.
Prends la par la main
et fais la sourire
au bord de ma crèche.
Incline vers moi
le grand lys fané
de son âme fraîche.
Mêle au ciel candide,
unis aux bontés
de la fête blanche Sa morne douceur,
ses peurs d'égarée,
et son front qui penche...
Tu te souviendras,
car je suis passé,
du Seigneur, ton hôte.
La raison de Marthe,
un peu de toi même,
a payé ta faute.
J'emmène avec moi
vos âmesd'hier,
frêles de matin, Celles qui priaient
et qui m'ont parlé
dans le grand jardin...
Je m'en vais avec
le silence d'or
des heures heureuses.
Naissez de nouveau
pour d'humbles devoirs
dans l'aube frileuse î
MARTHE
... Elle amène au bercail deux âmes, la brebis ! Tous les saints du bon Dieu,chantei le vieux Credo! Cest V agnelle qui court, bêlante, au Paradis Et qui saute en portant le pécheur sur son dos...