Le pavé; aphorismes ... album intérieur
Et dire qu'il y a des {i,ens capables d'intituler un livre : le Tableau de Paris.! Il n'y a cependant pas de photographe assez bête pour se camper devant une bataille rugissante et lui crier : — Attention! IVe bougeons plus!
TI
Auteur d'une monographie de Paris, provincial incurable.
Rappelez-vous bien ceci : pendant que vous regardez là une chose curieuse, il s'en passe, tout autour de vous, une inflnité d'autres non moins curieuses et que vous ne verrez jamais.
Prendre des notes, c'est vouloir conserver des Ilots en bouteilles.
Les souvenirs doivent se cristalliser d'euxmêmes en vous comme les grains de sel au fond d'un coquillage, où l'on retrouve ainsi, longtemps après, toutes les voix et tous les parfums de la mer.
Qui a le mieux senti la campagne? Est-ce le botaniste, qui classe des plantes sèches dans un herbier? xN'est-ce pas plutôt le rôdeur, qui rentre avec du foin plein ses cheveux et des queues de pâquerettes entre les dents?
Le statisticien ramasse les mégots des cigarettes fumées par le tlâneur.
Pouvez-vous reconnaître, les yeux fermés, un quartier de Paris à son odeur? Non? Alors, taisez-vous !
APHORISMES l'RELIMINAlRES
Le moineau de Montmartre n'est point pareil au moineau de Montparnasse. Savoir les distinguer, tout est là.
Ciel de Paris, ciel de lil.
Vous avez baisé cette femme sur les lèvres, et vous croyez la connaître! Moi, j'ai bu de sa salive, de ses larmes, de sa sueur, de son sang, et je ne sais pas encore au juste de quelle couleur sont ses yeux.
Il y a dans les rues des fleurs délicates qui ne peuvent être cueillies que par les poètes, comme il y a dans les cathédrales des ciselures qui ne sont vues que par les hirondelles.