‹ Le pavé, comédie en un acteChapitre 35 sur 79 · SCÈNE DIX-HUITIÈMi · texte numérisé non relu

SCÈNE DIX-HUITIÈMi

>i tu avais dit. commo moi... mais (u ne pouvais pas dire comme moi! puisque lu uo vi>u\ jMiint de moi.

LOUISE

Ce n'est pas ça, Jean. Voyons, écoute-moi! (L'amenant encore plus en «Tant, lui parlant h demi-roix.) Je f épouserais bien s'il le voulait, et je...

COQUERET, avec joie.

Vrai!... bien vrai, Louise?

LOUISE

Bien vr*i ! mais ça n'est pas si aisé que tu crois ! Il y a des raisons que tu ne devines pas. que je n'ose presque pas deviner moimùme, et que j'ose encore moins te dire. Est-ce que tu ne peux pas faire un effort pour les deviner? Voyons, si monsieur, en me voyant devenir grande, avait pensé malgré lui...

COQUERET, Iinut sans intention.

Louise! ça n'est pas bien ce que tu veux me donner à entendre! comment, tu crois... tu t'imagines!... non, ça n'est pas bien; c'est faux ! monsieur est un homme raisonnable, et tu le prends pour un fou; c'est un homme qui a de l'esprit plus que toi et moi. et tu le prends pour une bt>te; enfin monsieur est le plus honnête homme que la terre ait jamais porté, et tu t'es mis dans l'idée qu'il avait des mauvaises idées sur toi ! Tiens, ça me fâche! ça me met en colère!... si un autre que toi me disait ça, il aurait déjà mon poing sur la figure.

LOUISE, toujours à demi-voix.

Allons, tu ne comprends donc pas encore? Je te dis que monsieur a certainement l'idée de m'épouser! Est-ce que sans ça il serait jaloux de moi? Non, va, je le connais aussi bien que toi; c'est le plus grand cœur d'homme que le bon Dieu ait fait, et jamais il no m'empêcherait d'aimer quelqu'un d'honnête, s'il n'était pas décidé à me prendre pour sa femme.

COQUERET.

Ah! (n reste pensif un instant.) Eh bien, ça n'est pas vrai ! Louise, ça ne se peut pas! Songe donc! Monsieur t'aurait donc élevée comme ça, pour te dire un beau malin : Te voilà jeune fille et me voilà vieux homme; tu vas me payer' mes bontés, mes soins, tout ce que j'ai

(ait pour toi... c'est-à-diro pour moi, puisque je l'ai élevée pour moi... et tu ne pourras pas me refuser, car j'ai été bon pour ta mère, et je te prendrai par le plus sensible de ton pauvre cœur, et encore que tu aimes le petit Jean, faudra l'oublier pour n'aimer que moi ? Non, non, Louise, ça serait d'un égoïste, et mordieu I monsieur ne l'est pasl Va-t'en le trouver, dis-lui que tu m'aimes, et tu verras. Oui, j'en mets ma main au feu, monsieur te dira : Louise, je n'ai eu qu'une idée en te prenant chez moi, c'est de te rendre heureuse, et si tu pensais le contraire, ça serait un affront et une injustice que tu me ferais. Voilà ce que monsieur te répondrait si tu avais le courage de m'aimer franchement; mais tu ne m'aimes pas assez pour l'avoir, ce courage-là, et peut-être que l'ambition te tire par un bras, tandis que l'amitié te retient par l'autre.

LOUISE

Non, Jean, ça n'est pas comme ça. Je n'ai point d'ambition, mais j'étais entre deux amitiés sans savoir à laquelle entendre. Eh bien, ce que tu viens de me dire change mes idées, et je vois que tu n'es en rien au-dessous de monsieur, puisque tu ne veux pas douter de lui. Qui sait même si ce n'est pas lui qui est, pour le moment, au-dessous de toi? Tu as bien parlé, Jean, tu vaux mieux que moi, et c'est pour ça que me voilà décidée. Va-t'en m'attendre au jardin. Je veux lui parler tout de suite, et sois tranquille, je ne craindrai plus tant de lui faire de la peine. Tu m'as fait comprendre que s'il ne surmontait pas cette peine-là, il ne serait plus lui-même, et ne mériterait plus de nous tant d'estime et de respect. Va vite et ne crains rien ! Je t'aime, mon bon Jean ! Je t'aime de tout mon cœur!

JEAN, sautant de joie.

Oh! merci, merci, ma Louise! (au fond.) Comme t'es bonne! Oh! comme t'es mignonne! (n son.)

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