‹ Le pavillon canadien [microforme]Chapitre 3 sur 6 · HÉTAES SES APT EE · texte numérisé non relu

HÉTAES SES APT EE

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gigantesque, comparé à l'érable européen. Sa feuille, gracieusement dentelée, est d'un vert tendre qui semble briller et, quand vient l’automne, elle passe par toutes les couleurs du prisme, surtout l'écarlate. En septembre et octobre, une pente de terrain boisée d'érables nous présente une corbeille de fleurs aux dimensions de trois ou quatre kilomètres, et je vous prie de croire que c’est beau! Personne ne se douterait que cinquante jours plus tard il y aura là un champ de neige.

La feuille d'érable, la plus grande que nous avons, mesure cinquante centimètres en travers comme en longueur; elle est de la Colombie Anglaise, sous un climat humide. Celle du vieux Canada est de la dimension d’une main d'homme ouverte et les doigts écartés.

Nous verrons ce qui résultera de la présente difficulté, mais j'aimerais à voir triompher la feuille d'érable.

Parlant de pavillon, vous pensez peut-être à me demander quel est le drapeau des Ciinadiens-Français en particulier ou s'ils ont un étendard quelconque. Depuis l'année 1760 jusqu'à 1855, nous n'avons connu que les couleurs anglaises, que nous décorions de feuilles d'érable le jour de la Saint-Jean-Baptiste.

Au printemps de 1854, un traité d'alliance fut signé entre la France et l’Angleterie ; en même temps la compagnie de paquebots Allan obtenait ses lettres patentes et choisissait pour marque de ses vaisseaux le pavillon tricolore posé chacune des trois couleurs à la hampe. Durant l'été, ces nouveaux navires commencèrent à remonter le Saint-Laurent et je me rappelle la surprise que la vue de ce pavillon causa partout. Bientôt il fallut célébrer les victoires de Crimée, et alors on arbora autant de drapeaux français que d'anglais. La coutume s'en établit dans toutes les localités en moins d’un an, aussi lorsque /a Capricieuse entra dans le port de Québec, l'été de 1855 trouva-t-elle le pays entier pavoisé et enguirlandé de tricolore. Le fait est que les Anglais y mirent tant de zèle que nous nous laissimes imposer ce drapeau. La situation se continua ainsi jusqu’à 1870 où, brusquement, les Anglais cessèrent l’emploi du drapeau français. Pour le coup, les Canadiens-Français crièrent au scandale et se promirent de le conserver côte à côte avec le drapeau anglais, tel que par le passé, c'est-à-dire depuis 1854-55. Les choses en sont là encore à présent. Les Anglais n'ont pas l'air de s’apercevoir de leur abandon de 1870, et trouvent naturel que les Canadiens-Françaïis se servent du drapeau français. Singulière anomalie, n'est-ce pas?

J'ai commencé par vous parler de la marine. Laissez-moi vous dire que nous en avons deux, l’une océanique, l’autre de l'intérieur et cette dernière dépasse de beaucoup les marines lacustres ou fluviales d'aucun pays. Je pense bien que toutes ensembles elles ne produisent pas un total comparable à la nôtre.

Voilà quelques milliers de navires sur lesquels je voudrais voir flotter la feuille d'érable.

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