L'HEUREUSE CHASSE
Arfcutn«Ot.
Voici un épithalame dialogué entre deux bardes appelés dans un château , à la fin d'un dîner de noces , pour chanter le mariage du châtelain ; malheureusement il est incomplet , et ne présente , dans son état actuel , qu'un lieu commun populaire fort usité dans la poésie basque.
On le retrouve dans ce couplet d'une vieille chanson du Labourd, rapporté par M. Germond de Lavigne 1 :
Gouatçan laguu, gouatcan bada Allons ensemble, allons donc tous Biac Arthizanera. deux à Arthizana. Une palombe
Urizo chouribat elkitcen bai ta blanche parait sur la place d'Artlii- Arthizaneco plaçala , zana , et je voudrais la prendre dans
Houra nahi nouke arrapi mes filets.
Neuren saretara.
Un autre chanson se termine ainsi :
Gure herrian berlsu berriac amotlioarcn gainian Berri berriric emanac dire iragan ihautirian. Urzo colomba pollit bat bainuen sarien barnian; Eta s;iriac urzoric gabe miratu nituenian, Harritu nintran joan uthe cen hegalic gabe airian.
Ces vers nouveaux sur l'amour ont étii faits
Nouvellement le carnaval dernier dans notre village.
J'avais une jolie colombe dans mon filet;
Mais quand je vis mes filets sans tourterelle ,
Je fus pétrifié et je me demandai si elle s'était envolée sans aile.
Il existe, à ma connaissance, une autre pièce qui se rapproche bien davantage de celle que uous allons voir : c'est une petite ydillc romaïque qui finit comme l'autre commence, et qui (il faut bien l'avouer ) lui est de beaucoup supérieure :
KaXûf TÂvf ttjv niprSixu t Kt av ixecus xat xôkqv,
"OtTOV pQt X tVOTTtUïJtfS TÔV CCr^V TÔV TQ7T0V.
1 Autour de Biarritt, rte, ebap. VU, p. 133.
CHANTS FINÈBBES.
Bien venue soit la perdrix ! elle m'a donné de la peine ; mais enfin elle est arrivée, et elle a embelli ce désert *.
IHIZIf.0 PARTIDA UROSA.
(8ub«roUrr«.)
Jaun baroinac chedelac ountsa hedatu çutian , Choribat hanitch ejerra hetan beharrez atoeman ; Orai harekin dago, nahituric aspaldiân.
— Chedera baliz halaco mercatuetan saltceco, Aitorcn seme gueiee eros litzazkete oro, Clioritto ejer holaco cembaiten atzemaiteco.
l'heureuse chasse.
Monsieur le baron avait d'une main heureuse tendu ses lacets1,
lin très- joli oiseau il désirait y prendre;
Maintenant il le possède , après l'avoir longtemps convoité.
Si lacets aussi avantageux se vendaient les jours de marché , Tous les fils d'Aitor» les achèteraient jusqu'au dernier, Pour de si jolis oiseaux y prendre.
l'oiseau dans la cage.
Arguaient.
Cet autre fragment, que le général Saint- Yon donne comme faisant partie d'une vieille chanson populaire sur les deux versants des Pyrénées 4, porte l'empreinte de la passiou dominante de la population qui les habite B, et rappelle ces vers charmants de Jean de Meung :
1 Chants du peuple en Grèce, par M. de Marcelin*, t. Il, p. 358, 350.
* Petits pièges en crin pour prendre les oiseaux do passage.
* On désigne ainsi les nobles.
* Us deux Mina, etc. A Paris, chez Derqnet et Pélion, 1840, trois volumes in-8°, 1. 1, p. 00.
* J'aurais pu dire de tous les montagnards. Victor Hugo a dit de ce» de la Grèce :
Le klephtc a pour tout bien l'air du ciel , Teau des puits,
LE PATS BASQUE.
Li oisillons du vert boscage ,
Quant il est pris et mis en cage ,
Norris moult ententivement
Leans délicieusement,
Et chante, tant cum sera vis ,
De cuer gai,, ce vous est avis,
Si desire-il les bois rainés,
Qu'il a naturelment amés ,
Et vodroit sor les arbres estre ,
Jà si*bien ne 1' saura l'en peslre :
Tous jors i pense , et s'estudie
A recovrer sa franche vie, etc.
(Le Roman de la Rose, ëdil. de Méon, tom. III , p. «, y. 14147.)
Je me sens encore venir à la mémoire ces vers touchants de Théodore Lebreton, le pauvre ouvrier de Rouen. Sous l'image d'un oiseau que Dieu fait naître libre, mais qui, à peine éclos, se voit saisi par la main sévère de l'homme et privé pour toujours de la liberté, le poëte y fait allusion à sou sort :
Que je plains son destin! il est captif... Sa cage Est pour lui l'univers : il ue verra jamais Tout l'éclat d'un ciel bleu , ni l'ombre du bocage , Les fleurs que le printemps jette sur son passage, Ni l'arbre immense des forêts.
Il ne s'unira point à la troupe joyeuse Des siens , que nous voyons s'élever dans les airs ; Et lorsqu'ils chanlerout la nature amoureuse , Il ne mêlera pas sa voix mélodieuse A leur délicieux concert.
Il connaîtra bientôt sa funeste disgrâce; Son aile faible encor commence à s'agiter :
Un bon fusil bronzé par la fumée, cl puis La liberté sur la montagne.
Voyez dans le recueil de M. de Marcelin», t. I, p. 280485, un chaul grec d'un jeune poète civilisé , qui s'est peut-être inspire de l'auteur des Orientales. — Un chansonnier parle ainsi des Écossais :
The slave'» spicy forçais, and gold-bubbling fountains,
Tbe brave Calcdonian views v»i" disdain : Ile wanders as frec as tbe wind on bis nonntains , Save love's willing fetters — ihe ebains of bis Jeau.
• The Calédonien musical Repoailory,eit. Edinburgb : printed by Oliver and Co. 1806, in-8°, p. 9.)
11 rùvo ses accords, et chaque jour qui passe Lui révèle que Dieu le jeta dans l'espace Pour être libre et pour chanter.
L'oiseau prisonnier chante cependant ; mais , comme on l'a remarqué ailleurs que dans le Pays Basque, c'est avec tristesse :
We think cag'd birds sing, when indeed they cry \
vieux vers que Sir Walter Scott paraphrase ainsi en deux :
Who shall say tlie bird in cage Sing for joy, and not for rage?