CHAPITRE TI
Systèmes de peuplement. — Les premières tentatives. — Pourquoi elles devaient échouer. — Préjugés sur la possibilité du peuplement par des blancs, -- Mise à profit des bras indigènes. — L'Indien comme médiateur plastique. — Rôle des Indiens dans le passé. — Le marquis de Pombal et les Indiens. — Le
peuplement de la zone chaude.
Le Brésil a dépensé jusqu’à présent des sommes considérables pour
attirer chez lui ies bras européens. De 1846 à 1882 seulement, il avait
déboursé pour ce service public la somme relativement élevée de 46,000 contos ou millions de réis, et, cependant, de 1855 à 1882, il n'avait guère recu qu'un demi-million d'immigrants, à peu près le chiffre que les Etats-Unis de l’Amérique du Nord en recevaient dans une seule année. C’est seulement depuis 1888 qu'il s'est établi un courant sérieux d'émigration européenne pour le Brésil méridional : le Nord de ce pays n'en a reçu qu’un nombre insignifiant.
Ces maigres résultats tenaient à plusieurs causes-
Nous sommes de ceux qui pensent qu'un Etat neuf ne saurait trop dépenser pour ce service. Nous voudrions que la première préoccupation des hommes qui gouvernent et administrent le Brésil portãt sur ce point capital : la nécessité urgente de faire fructifier le pays par des bras européens. Tout l'avenir du Brésil est là. Le reste viendra par surcroît.
La situation actuelle du Brésil est déja meilleure que celle des Etats-Unis en 1830. En ce temps-là, la République américaine ne recevait par an qu’une moyenne de 15,182 immigrants.
Le Brésil en reçoit présentement une moyenne de 80,000. Il ne faut donc pas désespérer de le voir suivre le même chemin que la
grande république, malgré les quelques préjugés qui pèsent encore
sur sa colonisation. Tout dépendra des efforts des gouvernement des Etats brésiliens et de leurs agents à l'étranger.
La plupart des sommes dépensées par le Brésil en faveur de Pimmigration ont été appliquées, presque exclusivement, à la colonisation. des provinces méridionales; le Nord, et spécialement l'Amazonie, n’en ont reçu que quelques miettes. =
Cependant, vers 1855, on fit une tentative de colonisation dans la province de l’Amazone, par l'entremise de la « Compagnie de navigation à vapeur de l’Amazone », qui avait alors à sa tête le vicomte de Maua. Cette compagnie était intéressée évidemment à ne pas la faire aboutir. Elle recevait de grosses subventions du gouvernement central
et des deux provinces de Pará et de l’'Amazone. Hâtons-nous de dire.
que ces faveurs avaient alors leur justification dans la nécessité d'encourager une entreprise à son début, et qui, d’ailleurs, a rendu à. son heure de très réels services.
Elle installa, en vertu de son contrat, deux centres coloniaux dans la province de "Amazone. L'un de ces centres, appelé « Mauá », fut établi près du chef-lieu de la province, à l'embouchure du rio Negro; l’autre, nommé « Serpa », s'organisa sur l’une des rives de " Amazone,
au-dessus de la petite ville qui porte aujourd’hui le nom d’Itäcoatiara.
La première de ces colonies devait être un centre agricole et la seconde un centre industriel. C'était peut-être trop vouloir à la fois et ne pas assez consulter le goût des premiers intéressés qui sont toujours les colons. On ne décrète pas ainsi la colonisation.
On organisa ces colonies avec beaucoup d'apparat (1), mais sans aucun sens pratique. Toutes deux périclitèrent au bout de quelques mois, et furent dissoutes après avoir causé de sérieux préjudices à la Compagnie. Celle-ci, cependant, se consola, car elle recevait du gouvernement central 720 contos de réis, quelque chose comme 1,800,000 francs par an, au change de l’époque, pour faire 526 lieues.
(1) Voir : O Amazonas — seit Commercio e Navegação. — Manäos, 1877.
de parcours sur l’'Amazone, 139 lieues sur le rio Negro et 56 sur le Tocantins.
Ces tentatives devaient fatalement échouer pour beaucoup de raisons.
Tout d'abord, les colons engagés pour la colonie agricole n'étaient pas ceux qu'il aurait fallu y appeler, et quant à la colonie industrielle, on y avait installé, à côté d'une machine à fabriquer des briques et carreaux pouvant en fournir 120,000 par jour, un seul four qui ne pouvait en cuire que 8 ou 10,000, de sorte que le four fonctionnait pendant tout un mois, tandis que la machine se reposait.
En second lieu, la Compagnie avait tout intérêt à développer l'extraction primitive des produits forestiers, qui chargeaient ses paquebots sûrement et d'un seul coup, tandis que l’agriculture, au contraire, n'aurait donné des résultats qu’au bout de quelques années et progressivement.
L'échec de cette colonisation découragea de toute tentative ultérieure.
D'ailleurs,un préjugé s'estenraciné dans l'esprit d'un grand nombre d'habitants du Brésil et d’ailleurs, d’après lequel l'Européen ne peut pas coloniser des terres situées sous les tropiques. En vain leur objecterait-on l'exemple de Sumatra et de Bornéo, ils ne veulent rien entendre.
Il est certain que l'Européen ne pourrait guère être employé du premier coup comme extracteur dans les forêts, bien que nombre d'Italiens s'y emploient déjà. Son éducation, ses mœurs, sa constitution physique paraissent s'y opposer. Mais il est non moins certain qu'il peut être excellent cultivateur, excellent industrielsous cette zone. L'avenir de ce pays ne peut pas rester emprisonné dans les forêts ; l'industrie forestière elle-même, avec le temps, se transformera. Déjà les seringueiros sont contraints d'aller chercher les arbres à caoutchouc chaque fois dansdes forêts pluslointaines. Le jour viendra — il est plus proche qu'on ne le croit — où les seringueiros avisés planteteront le caoutchouc au lieu de l’aller chercher si loin.
= Ce sera une économie de temps, de bras et un gain véritable pour « Fan la civilisation. Qui empèchera les nouveaux venus, par exemple, dé
laisser debout, dans les concessions qui leur seront accordées,
teurs.
M. l'ingénieur J.-M. da Silva-Coutinho affirmé, avec son autorité
considérable (1), que l'arbre à coutchouc commence à produire au
sorte que les deux cultures peuvent marcher de pair.
Il serait, en outre, indispensable, sur un grand domaine, de ne pas s'adonner à la culture spéciale, mais d'imiter ce qui se fait en Europe et de multiplier le plus possible les variétés de production agricole, selon que le terrain s’y prête. C'est une expérience à faire qui ne peu
rnanquer de réussir.
Le préjugé contre l'aptitude de l'Européen à coloniser ce pays tombe donc de lui-même. Nous sommes convaincu, au contraire, qu
celui-ci apportera dans nos contrées son intelligence, son travail obs
dans l’ancien monde.
(1) Voir: Annexos au « Relatorio sobre a exposição universal de 1867 ».
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Us agriculture remplacera peu à peu l'industrie forestière actuelle
ne fait que disperser nos forces vives. C'est elle qui transformera u q |